Réaction - Droits de l'Homme au Cameroun: Amnesty International répond à Paul Biya

Après la sortie médiatique du Chef de l'Etat à Paris lors de sa visite de travail qui s'est achevée le 2 février 2013, l'organisation pense que les autorités camerounaises font preuve de mauvaise foi.

Répondant aux journalistes au sortir de la rencontre avec François Hollande, le Président camerounais a laissé entendre qu'il n'y a pas de violations de Droits de l'Homme dans son pays. Une réaction qui a suscité un tolet d'inquiétudes au sein de l'opinion, puisque lorsqu'on parcourt l'univers carcéral et d'autres couloirs de la justice, l'impression qui se dégage est que tout est mis en ouvre pour que certains individus crèvent pendant que leurs bourreaux circulent librement. Et pourtant la charte des nations unies sur les Droits de l'Homme, ratifiée par le Cameroun, il est stipulé que tous les citoyens sont égaux en droits et en nature. Mais la réalité est tout autre. Dans les différents pénitenciers de la République, il y a des prisonniers dits Vip qui bénéficient d'une attention particulière (soins de santé assuré, alimentation suivie etc.) et d'un autre côté, il y a ceux qui meurent de suite d'un manque de comprimé. La dernière scène en date est la présence de Marafa Hamidou Yaya à l'hôpital de la CNPS quoique reconnu coupable par la justice d'avoir distrait quelques millions dans le cadre du dossier concernant l'achat de l'avion présidentielle BBj-2.

On signalait qu'il souffrait de problèmes oculaires. Polycarpe Abah Abah, ancien Ministre de l'Economie et des Finances lui aussi avait l'habitude de se rendre chez son dentiste; et puis un jour, il aurait tenté de détourner l'itinéraire pour se retrouver dans son domicile privé. Pendant ce temps, Enoh Meyomesse, incarcéré à la prison militaire éprouve du mal à rencontrer un ophtalmologue afin de réajuster sa paire de lunettes. Michel Thierry Atangana, un français d'origine camerounaise est écroué au sous sol dit Secrétariat d'Etat à la défense (Bad) depuis 1997, pendant qu'il était Président du Comité de pilotage et de suivi des projets de construction des axes routiers Yaoundé — Kribi et Ayos Bertoua. Le 4 octobre 2012, il a écopé à nouveau d'une nouvelle condamnation de 20 ans d'emprisonnement ferme. Depuis lors il est réduit dans un espace étroit où parfois, il lui est interdit des visites comme c’était le cas lors du passage de François Zimeray, Ambassadeur français aux Droits de l'Homme. C'était du 26 au 28 novembre 2012.

Pendant que le Chef de l'Etat s'apprêtait à se rendre en France, l'Ong Transparency International avait publié un rapport sur l'état des Droits de l'Homme au Cameroun. Un document critiqué par le régime au pouvoir. Ceci à travers le quotidien gouvernemental, l'on parlait du «faux rapport de Transparency International». Et la réaction des responsables ayant participé à la publication de ce climat ne s'est pas faite attendre. L'expert que nous avons joint, tient à préciser d'abord que «Les rapports d'Amnesty International qui dénoncent les violations des Droits de l'Homme sont rarement appréciés par les autorités concernées». Et de poursuivre que «les autorités n'apprécient pas souvent leur rapport parce qu'elles ne sont pas souvent d'accord avec eux.» Pour confondre le pouvoir en place, incriminé dans les dénonciations contenues dans le document querellé, Godfrey Byaruhanga, chercheur à Amnesty International pour le programme Afrique, tranche: «Comme nous le soulignons dans le rapport nous avions soumis un mémorandum sur les violations des droits humains aux autorités camerounaises et nous en avons aussi discuté lors de notre visite au Cameroun au mois de décembre 2012».

Et pourtant martèle-t-il «Leurs réponses ont été incorporées dans le rapport». Une manière de reconnaître qu'il s'agit de la mauvaise foi de la part des autorités qui ont pourtant fourni les éléments ayant concouru à «l’accouchement» de ce rapport qui fâche. Lors de son passage au Cameroun il signalait que: «les conditions de détentions sont épouvantables, les violences faites aux femmes et à la jeune fille continuent, les citoyens sont incarcérés pour leur opinion et les journalistes ont du mal à exercer dans leur pays». Il en voulait pour preuve la surpopulation carcérale, notamment le cas de Kondengui, un pénitencier visité en 2010 (date de leur première visite), qui contenait déjà une surpopulation carcérale de plus de 3 000 détenus, alors que cette fois-ci, le chiffre avoisinerait les 5 000 détenus. «Et ce n'est pas normal dans un Etat qui se dit soucieux du bien être des populations», soulignait le chercheur.

© Dimitri Amba | Aurore Plus

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