RDPC: L’échec de Jean Nkueté

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Quatre listes du parti au pouvoir aux sénatoriales rejetées par Elecam. Absence de fond de dossiers pour se pourvoir au Conseil constitutionnel. Le Comité central dans un bourbier.

«En vue de désigner des candidats crédibles, gage d'une victoire honorable du RDPC à cette consultation, il est de la plus haute importance que les camarades impliqués dans la procédure d'investiture à tous les niveaux, fassent preuve de rigueur, d'objectivité, de probité, de discrétion et de patriotisme. Le Secrétaire Général du Comité central est chargé de veiller à la stricte application des directives contenues dans la présente circulaire».

Au regard de ce texte rendu public le 1er mars par le Président national Paul Biya dans la perspective des sénatoriales du 14 avril, le Comité central du Rdpc a échoué. La publication par Elecam des candidatures présentées par les partis politiques à cette élection met hors jeu quatre des dix listes soumises par le parti au pouvoir. Quasiment assuré de remporter la totalité des sièges mis en compétition au cours de ces sénatoriales, au moins dans neuf régions sur dix, le RDPC pourrait voir filer les 28 Sénateurs des régions de l'Est, de l'Extrême-Nord, de l'Adamaoua et de l'Ouest. Bien qu'un recours soit possible devant le Conseil constitutionnel, mais au regard du motif des rejets des 28 candidatures du RDPC, le parti au pouvoir a fait montre d'une légèreté qui frise l'amateurisme.

Des pièces manquent dans les dossiers, notamment l'attestation d'inscription sur la liste électorale ou de déclaration sur l'honneur pour deux candidats dans l'Adamaoua. Un candidat dans la région de l'Est n'a pas l'âge requis. Fayçal Mourad, candidat RDPC dans la liste de l'Extrême-Nord, n'est pas d'origine camerounaise comme l'exige l'article 220, alinéa 2 du code électoral. A l'Ouest, des documents non légalisés ou légalisés par la mauvaise autorité ont été introduits dans les dossiers de candidature. Des erreurs de débutants? On n'a pas tout vu. Depuis le rejet de quatre listes RDPC, c'est le branle-bas au sein de l'état-major du parti au pouvoir. Chacun redoutant la colère du Président national, mais il y a pire. D'après nos sources, le Comité central n'avait pas conservé par devers lui les copies des dossiers transmis à Elecam. Excès de confiance sans doute. Elecam a bien sûr été interpellé par le parti présidentiel pour obtenir copie des précieux documents, mais l'organe électoral s'est refusé à toute collaboration, conscient des risques désastreux qu'une telle démarche pourrait avoir sur la crédibilité engrangée après le rejet des listes du parti au pouvoir.

Le 22 mars, le parti au pouvoir «tapait encore les mains» à Elecam pour avoir les précieux documents. «Qu'un parti ne garde pas par devers soi une copie de ses dossiers est quand même scandaleux. Elecam voulait avoir l'assurance que le Rdpc ne modifierait pas en chemin ses dossiers litigieux avant de les déposer, bien que hors délai, à la Cour suprême qui fait ici office de Conseil constitutionnel. Les éléments constitutifs des rejets à l'Ouest par exemple pouvaient être tranquillement remplacés en chemin et nous nous serions retrouvés dans une position peu enviable. Nous sommes finalement tombés sur un compromis», explique une source à Elecam. L'institution avait déjà fermé les yeux lors du dépôt des listes du Rdpc, car manquait à l'appel le dossier de l'actuel Maire de Kousseri, Mahamat Abdoulkarim. Celui-ci n'ayant pas fait acte de candidature, et surpris par sa désignation, a bien eu du mal à faire parvenir à temps son dossier au siège du Comité central.

RESPONSABILITÉS

Autant dire que le plus difficile est à venir pour l'équipe réunie autour de Jean Nkueté, le Secrétaire Général. Cette boulette du RDPC aux sénatoriales est une responsabilité collective et en cascade, qui dévoile un manque de rigueur incompréhensible pour un parti au pouvoir constitué de tant de ressources de qualité et qui gère le pays depuis de longues années. C'est bien dans les Commissions régionales que commence la négligence. Dans l'organisation mise sur pied par la circulaire signée de Paul Biya, cette instance était chargée de la réception des dossiers de candidature et de la vérification de leur conformité avec les critères prévus par la loi et ceux édictés par le Président national. Ainsi, quand les plus de 900 candidatures enregistrées arrivent le 9 mars sur la table de la Commission centrale de supervision, certaines sont déjà sujettes à caution.

Cette instance, présidée par Jean Nkueté, et composée des pontes du Comité central, planchera pourtant pendant deux jours sur les listes et élaborera les propositions d'investiture à soumettre au Président national. Manifestement, les critères politiques et partisans ont éclipsé la vérification élémentaire qui consiste à passer au crible les listes à l'aune des exigences du code électoral. On ignore si les propositions acheminées par la Commission centrale à celle chargée des investitures, le 13 mars, étaient constituées de l'ensemble des éléments des dossiers.

Par contre, on sait que cette Commission des investitures ne s'est jamais réunie. Ses membres sont restés en attente, mais n'ont jamais reçu la convocation pour statuer sur les investitures. Mais le 14 mars, à quelques minutes de la fermeture, c'est un Grégoire Owona paradant qui va conduire, en grande pompe devant caméras et flashs, l'équipe du RDPC au siège d'Elecam pour y déposer les candidats fraîchement investis par Paul Biya en personne.

«A ce moment-là, personne ne s'est intéressé à la conformité des dossiers, personne n'a pensé qu'Elecam pouvait franchir le seuil des rejets de candidatures Rdpc. Nous avons été défaillants et avec le recul, je pense même que peu d'entre nous avaient lu le code électoral sur la sénatoriale», indique un haut responsable du parti au pouvoir. En rejetant quatre listes du Rdpc, Elecam a dévoilé de nombreux manquements dans la conduite de l'opération de sélection au sein du parti au pouvoir, la toute première de Jean Nkueté, nommé Secrétaire Général le 9 décembre 2011.

Par exemple l'absence d'expert en questions électorales, dont la tâche aurait été de s'assurer que les dossiers-soumis par les militants pour l'investiture sont conformes à la loi électorale. Tout comme on demeure dans l'incompréhension devant l'investiture de Fayçal Mourad, certes militant engagé du RDPC et citoyen irréprochable, mais qui a acquis la nationalité camerounaise, car d'origine libanaise comme en témoigne son physique, et qui n'aurait même pas dû concourir. Le RDPC est peut-être plus vermoulu qu'on ne le pense.

Quoi qu'il en soit, le raz-de-marée annoncé du Parti au pouvoir aux sénatoriales est en train de se transformer en une amère expérience. Et beaucoup se demandent si Jean Nkueté est vraiment à la hauteur pour relever les défis de transparence du nouvel environnement politique national dans lequel l'on peut situer les rejets des listes du parti au pouvoir par Elecam. En tout cas, moins de deux années après sa nomination, son bilan est déjà contesté de toutes parts: malaise du personnel au Comité central, affairisme, manque de leadership...

© Raoul GUIVANDA | L'Oeil du Sahel

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