Pr Théodore Ekoudou, Réaction à l'article de Jeune Afrique, à propos du «malaise» au sein de l'armée camerounaise

 

Dans l'édition n°2749 du 15 au 21% septembre 2013, le panafricain Jeune Afrique a placé le Cameroun sur sa grande couverture, tout en barrant sa «Une» par un titre pour le moins allusif: «Cameroun, malaise dans les rangs».

 Dans l'édition n°2749 du 15 au 21 septembre 2013, le panafricain Jeune Afrique a placé le Cameroun sur sa grande couverture, tout en barrant sa «Une» par un titre pour le moins allusif: «Cameroun, malaise dans les rangs». Le chapeau de cette couverture est d'autant plus pérorant que la photo, illustrant des soldats lourdement armés qui la constituent, parle d'«insécurité aux frontières [du Cameroun]», d'«incertitude de l'après-Biya», d'une armée matériellement et moralement en berne... Bref, d'une «armée qui traverse une vraie crise d'identité». Et le journal de Béchir Ben Yahmed d'inviter les lec¬teurs à un long voyage à l'intérieur de «la Grande Muette...». De la page 20 à 26, l'article en question s'obstine à démontrer, au forceps, que rien, manifestement, ne va pour le mieux au sein même de l'armée camerounaise, bouclier imparfait dans un pays qui est «officiellement»... gouverné. Dans cet article au vitriol, le journal de la rue d'Auteuil traite le Cameroun et son armée comme l'étuve de toutes les insuffisances structurelles. Du coup, face à ces insuffisances, ledit journal affirme que «le pire est à craindre».

De manière globale, les desseins inavoués qui sous-tendent la rédaction de cet article infamant laissent à croire que les troupes sont en colère au Cameroun, qu'un malaise couve, à défaut de détonner ouvertement, tant le stress que décrit Jeune Afrique est grand. Plus grave encore, selon le rédacteur de l'article querellé, «ce stress général attise la crainte de voir apparaître un nouvel Amadou Haya Sanogo (capitaine malien putschiste) ou un Moussa Dadis Camara».

L'allusion aux deux putschistes qui ont connu des fortunes diverses dans leur pays respectif est plutôt pernicieux et truffé de non-dits. En réalité, Jeune Afrique qui joue les mauvais devins, incite à la sédition, à la mutinerie, si ce n'est au putsch. L'astuce de la litote usitée consiste à démontrer que le malaise est grand et qu'en cas d'impasse politique, l'armée sera-t-elle le dernier rempart face à un éventuel dérapage? JA pense que «le vrai danger, c'est la frustration des jeunes officiers mécontents, qui ne sont pas promus au grade auquel ils pourraient légitimement prétendre», et que le traitement des questions de sécurité — celle du Cameroun, mais aussi celle de son propre pouvoir, Paul Biya cherche des solutions pour éviter qu'un tel scenario ne se produise b ses dépens. « Les insatisfactions liées aux questions de confort et de carrière sont prises au sérieux». On n'a pas besoin d'être sorcier pour insinuer que JA argue de la possibilité d'une insurrection de l'armée tant, écrit-il, nombreux sont les militaires à souhaiter que leur armée soit plus professionnelle. Toutefois, les actes d'indiscipline se multiplient, y compris au sein des unités d'élites (Bataillon d'intervention rapide, Garde. présidentielle), pour des questions de primes non versée. L'idée d'une armée à deux vitesses s'est par ailleurs installée». Selon JA, on a d'un côté, «les unités d'élites, mieux équipées, mieux entrainées; de l'autre, les unités régulières, accusées de brutalité et corruption». Bien plus, d'après le même journal, «la multitude des programmes de formation et d'équipement (Etats-Unis, Chine, Israël, France...) s'est soldée par la superposition de doctrines différentes, l'incompatibilité des matériels de transmission et pénibilité des matériels de transmission et la naissance de rivalités entre les corps. Cette situation est inquiétante, alors que la menace prend de l'ampleur. Face à des frontières devenues poreuses, la réactivité de l'armée est critiquée. Enfin, les fuites depuis les sources sécuritaires lors de l'affaire des otages français, entre février et avril 2013, démontrent qu'il existe des lacunes en matière de respect du secret, élément pourtant crucial dans le domaine de la défense».

Toujours selon le diagnostic de Jeune Afrique, l'armée camerounaise est comparée à un autoclave gangrené par des divisions internes et la métastase de ce cancer en fait «un grand corps malade». L'auteur de l'article pousse le bouchon en décryptant la force de feu et de frappe de notre armée, allant des effectif humains au matériel militaire, que le journal juge obsolète, en passant par une logistique et ,d'une base navale transformée en cimetière de ferrailles... tout y passe. Tout ça pour dire que le Cameroun n'a pas une armée efficiente capable de protéger le pays, et le peuple. C'est ce que pense et dit Jeune Afrique au terme d'une enquête partiale irriguée par les commanditaires larvés; des pyromanes qui rêvent voir le Cameroun brûler et se consumer dans le chaos. Mais ce que dit le journal parisien n'est qu'un rêve et émane de la chimère. Ce que dit ce journal et ses sources anonymes relève du fantasme satanique de voir, pourquoi pas, un jour, le Cameroun être dirigé par des hommes en treillis. Heureusement, ce que dit Jeune Afrique et ses informateurs est loin de correspondre au vrai cliché de notre pays et de notre armée. L'article empesé qui porte sur l'état de santé de notre armée est truffé de mensonges subjectifs, tant il est que le fameux spécialiste consulté par Jeune Afrique est un... opposant. On comprend hâtivement qu'il s'agit d'une approche subjectiviste dont la principale motivation contenue dans le propos de Victorin Hameni Bieleu est de calomnier son adversaire politique, et de dénigrer son pays. C'est ce Hameni Bieleu, spécialiste déconnecté qui ne connait plus notre armée, qui affirme mordicus que: «l'armée [camerounaise} n'a plus les moyens de défendre le pays». La vérité est contraire aux assertions du Président d'un parti qui n'a jamais décollé; du verbiage gratuit et irréel pour ne dire que du mensonge!

La vraie armée du Cameroun

Le cliché falsifié que décrit grossièrement JA en parlant du Cameroun et de notre armée, la «vraie», me pousse à réagir, pour rabattre le caquet aux pyromanes du dimanche dont l'unique velléité se résume à saper le moral des troupes, à jeter le discrédit, à créer la confusion dans une armée disciplinée, loyale et républicaine. L'armée dont parlent JA et ses marionnettistes n'est pas l'armée du Cameroun... loin d'affirmer que tout est rose chez nos militaires ou que même des murmures d'inconfort ne se chuchotent pas dans certaines casernes serait être en porte faux avec la réalité du milieu militaire, tel qu'il se présente partout dans le monde entier. Seulement, notre armée sait se montrer républicaine, responsable, discrète et non moins efficace. Au demeurant, et pour leur gouverne à JA et compagnie, voici la réalité du Cameroun que devrait retenir un bon reportage en mission chez nous, loin des surfaces délétères qui ont débilement opté de dénigrer te Cameroun, notre beau pays à tous. Que JA retienne que:

1) Le Cameroun n'est pas (officiellement) gouverné... il est gouverné. Le Président de la République du Cameroun s'appelle Paul Biya. Il est démocratiquement élu par le peuple et il est de loin préféré aux politiciens pourfendeurs et boutefeux qui font du persiflage leur principale idéologie, leur assurance-vie politique.

2) Celui qui gouverne le Cameroun est un humaniste, un pacifiste et non un va-t-en-guerre. Ce sont des qualités d'un grand démocrate qui privilégie le dialogue à la rixe gratuite, meurtrière et ruineuse. L'arrangement à l'amiable, avec le Nigéria, pays frère et ami, au bout de l'option judiciaire à la CIJ à La Haye, et la rétrocession de Bakassi au Cameroun illustre la grandeur du dialogue et de la paix. A Bakassi, justement, il n'y a eu ni vainqueur, ni vaincu, mais l'autorité absolue du droit international et le triomphe de la sagesse africaine incarnée par les Présidents Biya et Obasanjo.

3) Sans avoir une vocation expansionniste, l'armée camerounaise n'a jamais cédé le moindre périmètre de notre intégrité territoriale. Bien plus, l'armée est au service de l'intégrité nationale et de la défense des valeurs républicaines.

4) L'homogénéité de l'armée moderne et compacte est sans cesse réaffirmée devant l'impartialité et la neutralité commandée de nos forces de défense dans le tourbillon que représentent la liberté d'expression et la mondialisation. Qu'on le sache. Notre armée est forte, et elle n'a pas besoin d'étaler la modernité de sa logistique militaire sur la place publique. Il s'agit d'une armée multiethnique parfaitement structurée et disciplinée. La proximité du Cameroun avec des grands foyers de tension pose le problème du grand banditisme transfrontalier. Grace à notre armée, la façade maritime jadis confrontée au piratage en mer, ainsi qu'aux attaques des agglomérations a considérablement diminué. Et la multiplication des unités polyvalentes (BIR et GEPIG) apparaît donc, non comme une rivalité des corps, mais comme une solution à ces menaces qui ont baissé du fait de l'efficacité de notre armée.

5) L'analyse des éléments géopolitiques de puissance de notre armée permet de réaliser, à l'évidence, que le Cameroun dispose d'atouts pour prétendre être le leader en Afrique centrale: sa position géographique dans le golfe de Guinée, sa population, ses richesses, ses institutions stables font de lui, une locomotive naturelle dans la sous-région.

6) L'armée camerounaise est confrontée au grand banditisme avec des prises d'otages et des demandes de rançon émanant des pirates. Sur ce terrain, notre armée s'est montrée efficace, autant qu'elle a participé à la création d'un système sous-régional de surveillance avec la mise à contribution des patrouilles en mer comme sur terre. Dans le même ordre d'idée, les troupes camerounaises ont très souvent pris part aux opérations de stabilisation de la paix à l'étranger, à la demande de l'ONU et de l'Union africaine. L'armée camerounaise est l'un des meilleurs atouts de la FOMAC.

7) La participation au développement économique et social de la nation constitue l'une des missions principales des Forces de défense camerounaises. Tout en garantissant la paix, la sécurité et la stabilité de notre pays qui sont des conditions indispensables à tout développement. Les Forces de défense qui ont célébré leur cinquantenaire en décembre 2012 à Bamenda, ne connaissent pas de malaise et participent au développement du Cameroun à travers le Génie militaire, la Santé militaire, le Corps national des Sapeurs-pompiers. Ces entités sont des acteurs directs du développement et apportent une énorme contribution à l'essor économique du pays. Le Génie militaire construit des routes et exécute des chantiers de développement prioritaire. La Santé militaire au Cameroun est un autre organe spécialisé de développement. Tous les centres de Santé militaire (les infirmeries et les hôpitaux), accueillent sans discrimination, civils et militaires, cela sans aucune restriction pour toutes sortes d'affections ou d'accidents.

En définitive, d'ici 2035, moment crucial où le Cameroun entend accéder à l'émergence, l'armée camerounaise y joue d'ores et déjà un rôle de leader dans la sous-région d'Afrique Centrale et participe plus activement aux missions de la CEEAC, en étant présente dans ses structures de planification des opérations de maintien de la paix. L'armée nationale est souple, harmonisée et modulaire et fait jusqu'ici face à toutes formes de menaces asymétriques ou conventionnelles, tout en restant républicaine et en participant au développement de la nation. C'est donc une armée proche du peuple qu'elle secoure régulièrement en cas de sinistre. Qui n'a pas vu l'armée porter secours aux populations sinistrées et aux victimes des inondations du Nord et de l'Extrême-Nord en 2012? Non, Jeune Afrique, notre armée n'est pas «un grand corps malade». Elle va bien, merci!

Pr Théodore Ekoudou Spécialiste en géostratégie militaire.

© Pr Théodore Ekoudou (Corresp.) | Le Jour

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