Pourquoi la carte d'identité ne fait pas courir

Incroyable, mais pourtant vrai. Il existe, à travers l'étendue du territoire national, des centaines de milliers de cartes nationales d'identité en souffrance. Dans les commissariats de police et autres postes d'identification, ces pièces officielles encombrent l'espace. Les armoires de rangement sont surchargées.

Les cartes s'empilent dans certains commissariats, des cartes nationales attendent depuis 2002. Evidemment, elles ont eu le temps d'atteindre la date d'expiration de leur validité. Question: comment et où vivent les potentiels propriétaires? Difficile d'imaginer que ces centaines de milliers de demandeurs soient des fantômes ou alors qu'ils aient quitté le pays. Les Camerounais brillent de plus en plus par un penchant à négliger même ce qui est important. Les prétextes se multiplient donc pour esquiver la carte nationale d'identité.

Sauf lorsque pour une transaction financière, on se trouve contraint de montrer le précieux sésame. Les exemples sont légion sur nos axes routiers. A la faveur d'une vérification des pièces personnelles, il se trouve toujours un passager qui perd l'usage de sa langue devant l'insistance de l'agent de police ou d'un gendarme qui veut l'identifier. Le plus souvent, ce sont les quolibets des autres occupants du véhicule contre les agents publics qui mettent un terme à la confrontation. Le voyage se termine dans certains cas au poste de police. Parfois, on donne des conseils et la randonnée peut reprendre.

Tout se passe en tout cas comme si certains citoyens avaient horreur d'être en règle. A un moment, lorsque la sécurisation de ce document a opéré le passage du simple carton à la version informatisée, des voix se sont élevées pour pointer du doigt, le coût élevé de la CNI La version miniaturisé a ensuite été introduite, sans forcément que les mauvais habitudes changent. Puis, il y a eu les années électorales. Les politiques ont pu demander et obtenir de la plus haute autorité du pays, la gratuité de la CNI. Le chef de l'Etat a accédé à cette demande malgré ce que cela a coûté au Trésor public. Mais qu'est-ce qu'on a observé en 2011.

Les populations ont envahi, des journées entières, des postes d'identification. Les responsables régionaux de la police ont demandé du renfort en ressources humaines à leur hiérarchie, les récépissés ont été délivrés. Mais après cet emballement, très peu de citoyens sont repassés vers les postes d'identification pour retirer gratuitement ces pièces d'identité. L'année dernière encore, les députés ont interpellé le vice-Premier ministre, en charge des Relations avec les Assemblées. La gratuité de la CNI est revenue comme doléance. E

n réponse, le vice-PM a fait allusion à des centaines de milliers de cartes abandonnées à travers le pays qu'il fallait d'abord retirer, mais Amadou Ali a promis de transmettre la doléance des élus du peuple à qui de droit. En dehors de l'Assemblée nationale, certains partis politiques qui font l'expérience de la biométrie, ont souhaité que le chef de l'Etat accorde encore la gratuité de la CNI aux populations en 2012. Une fois de plus, le premier Camerounais a accédé à cette demande, en incitant cependant ses compatriotes à aller massivement s'inscrire sur les listes électorales. Au-delà des considérations politiques, détenir sa carte nationale d'identité est synonyme de sécurité.

En cas d'accident, on peut facilement être identifié. Les proches peuvent ainsi être facilement retrouvés. Pour les jeunes qui sont dans les universités loin de leurs parents, cette pièce officielle peut s'avérer utile pour retirer un mandat. On espère bien qu'avec la gratuité décidée par le chef de l'Etat, les cartes qui seront fabriquées ne connaîtront pas le sort de celles qui encombrent les postes d'identification en ce moment. Il est bien temps que les uns et les autres cessent de bouder notre carte nationale d'identité. Le patriotisme peut également se jauger à ce niveau.

© Armand ESSOGO | Cameroon Tribune

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