Pourquoi Idriss Deby Itno se joint a Paul Biya pour combattre Boko Haram

« Le président de la République du Cameroun, S.E.M. Paul Biya, annonce que dans le cadre des excellentes relations d’amitié et de bon voisinage qui unissent le Cameroun et le Tchad,S.E.M. Idriss Deby Itno, président de la République du Tchad, a décidé d’envoyer un important contingent des forces armées tchadiennes pour venir en appui aux forces armées camerounaises qui font face avec courage, détermination et une vaillance reconnue de tous aux attaques répétées de la secte terroriste Boko Haram. Le président de la République du Cameroun salue chaleureusement ce geste de fraternité et de solidarité qui s’inscrit dans l’engagement constant des deux chefs d’Etat en faveur de la stabilité, de la paix et de la sécurité de leurs pays et de leurs peuples respectifs. »

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Le communiqué signé de la main du ministre camerounais de la Communication Issa Tchiroma, Porte-parole du gouvernement, le 15 janvier 2015, résume mieux que tout commentaire tendancieux, l’intense activité diplomatique et militaire qui s’organise pour la riposte collégiale à porter contre la secte tentaculaire Boko Haram dont les attaques ont encore fait des milliers de morts ces derniers jours sur la frontière entre le Nigéria et le Cameroun, d’une part, et d’autres milliers de tués sur la localité internationale de Baga. Alors que le contingent tchadiens entrait au Cameroun sous les ovations, les cris et les applaudissements du peuple camerounais, fier de voir cette armée frère aguerrie aux combats sahéliens rentrer en guerre contre la secte terroriste et faire front commun avec les vaillantes forces de défense camerounaises qui nt tenu la dragée haute l’opposition à Boko Haram, Boko Haram récidivait dans sa cruauté en lançant un nouveau raid meurtrier dans l’Extrême-Nord du Cameroun, le 19 janvier 2015, en enlevant une soixantaine de personnes.

Cette énième attaque perpétrée par Boko Haram amène à s’interroger sur des détails d’importance. Quelle est donc cette « simple secte » qui se montre aussi téméraire et invincible face à des armées professionnellement aguerries ? Boko Haram n’est-elle finalement pas une organisation de grande envergure avec des ramifications au dessus de tout soupçon ? D’où leur vient l’argent, le nerf de la guerre ? D’où leur viennent la logistique de guerre et des armes derniers tris, les mines anti personnelles, les chars de guerre ? D’où leur vient le carburant qui permet de ravitailler leurs engins de la mort ? Qui les nourrit ? Si Boko Haram se montre aussi puissant, c’est qu’il y a probablement des puissances, derrière… Jusque-là, plus de sept mois après la déclaration de guerre lancée le 17 mai 2014, à Paris, par le chef de l’Etat SEM Paul Biya, le Cameroun a l’honneur d’avoir tenu tète à cette nébuleuse terroriste que l’armée nigériane a du mal à anéantir depuis 2009.

Depuis mai 2014, le Cameroun a combattu seul. Mieux, nos vaillantes forces armées ont repoussé les attaques du groupe terroriste et infligé de lourdes pertes à Boko Haram, en usant pour la première fois l’aviation militaire le 28 décembre 2014, au point de mettre la secte aux abois. Paul Biya a vu juste : « Ce n’est pas Boko Haram qui peut dépasser l’armée camerounaise ». Et Boko Haram ne nous a pas dépassés. La nouvelle donne géostratégique mondiale exige que les armées construisent des coalitions internationales, à l’instar des attaques américano-européennes en Irak, en Afghanistan, en Syrie… Aucune armée ne combat seule aujourd’hui, sur aucun front au monde…

Le contingent supplétif tchadien est donc le bienvenu dans une guerre contre un ennemi furtif dont le président Paul Biya n’a de cesse de souligner que la lutte qu’il oppose est d’une envergure sous régionale, voire continentale. Idriss Deby Itno rejoint le président Biya, fort à propos en sollicitant l’appui de tous les pays de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale). Paul Biya avait déjà pressenti que « la guerre contre Boko Haram sera longue ». Il n’a pas eu tort. Elle doit être globale. D’où l’implication imminente des Etats de l’Afrique de l’Ouest dont les dirigeants demanderont bientôt à l’Union africaine l’autorisation de créer une force multinationale pour combattre les islamistes nigérians de Boko Haram, a récemment déclaré le président ghanéen. Une telle force serait à ce jour la réponse internationale la plus crédible à Boko Haram. Mais en attendant, les armées tchadiennes et camerounaises font face à la secte fortement militarisée. Toutefois, les efforts camerouno-tchadien seront vains si le Nigéria n’accorde pas le droit de poursuite de la secte sur son territoire. Là est le problème.

Le Tchad entre en guerre pour soutenir les efforts des Camerounais. Quelques jours avant la décision tchadienne, Paul Biya a avait dépêché le ministre de la Défense Edgard Alain Mebe Ngo’o à Ndjamena. Le Tchad a tout intérêt à entrer en guerre et à combattre aux côtés du Cameroun. Et pour cause, la menace terroriste frappe aux portes de Ndjamena. « Le terrorisme est comme un cancer. Si nous ne le traitons pas, il va continuer à se développer. Il menace tout le monde dans la région. Quand il s’agit de terrorisme, personne n’est trop loin ni trop près », comme l’a dit John Mahama. De plus, le Tchad est aussi fortement menacé par Boko Haram, dont le massacre de Baga, ville stratégique des rives du lac Tchad qui a été incendié avec un bilan lourd de 2000 morts, il y a quelques jours, est une symbolique d’instabilité. Le président français François Hollande et le secrétaire d’Etat américain John Kerry ont dénoncé des “crimes contre l’humanité”.

Selon Amnesty International, l’attaque de Baga est “la plus grande et la plus destructrice. Le Tchad dont la porte d’entrée en mer est Douala protège ses intérêts vitaux et économiques. Enfin, l’intervention tchadienne est la preuve de la crédibilité internationale du président Paul Biya, le fruit de la bonne coopération avec ses pairs de la zone CEMAC, et son aura internationale. Dans le même cadre, la Russie va soutenir le Cameroun avec l’octroi du matériel militaire de dernières générations, comme l’a fait l’Allemagne en novembre 2014. La France et la Chine ne sont pas en reste.

@ Raïssa Salamatou / Par AfricaPresse.com

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