Paul Biya: Discours tenus, promesses non tenues

Dans le registre des rituels peu nombreux qui rythment l’agenda national au Cameroun, et ce n’est pas une exclusivité: l’adresse du Chef de l’Etat à la nation le 31 décembre tient une place unique.Paul biya5 512x281

D’abord parce que son principal acteur, le Président Paul Biya, grand orateur au demeurant, a fait de l’absentéisme médiatique, une technique de gouvernance, ensuite parce que c’est le moment unique où le Chef fait le bilan de l’année écoulée et montre à son peuple, la voie à suivre pour les douze mois à venir. Paul Biya, qui n’a jamais failli à ce devoir, a toujours construit ses adresses de fin d’année suivant ce cheminement discursif.

Et point n’est besoin d’en être un exégète pour constater que lorsqu’est venu le moment d’annoncer les grandes lignes de l’action des pouvoirs publiques pour l’année qui commence quelques heures après, le discours présidentiel revêt trop souvent les habits d’un discours de campagne, dont le propre sous nos latitudes, hélas, est d’être une litanie de promesses irréalisables et finalement irréalisées. Annoncé par le Chef de l’Etat le 31 décembre 2010 pour se tenir en 2011, réitéré en 2011 et 2012 dans les mêmes circonstances, avec la même solennité et la même force, le Cinquantenaire de la Réunification ne s’est pas toujours tenu au moment où ces lignes sont écrites.

Et nul ne peut à ce stade, parier un franc Cfa qu’il se tiendra avant 2014. Le 31 décembre 2009, Paul Biya annonçait le lancement des barrages de Memve’élé et de Lom Pangar, ceux du port en eau profonde de Kribi, de la centrale à gaz de Kribi et de la mini-centrale de Mékin en 2010. Le port de Kribi ne sera lancé qu’en 2011, Memve’élé et Lom Pangar ne démarreront qu’en 2012, la centrale de Kribi en 2013. La mini centrale de Mékin, dont il avait à nouveau annoncé le 31 décembre 2012 le démarrage des travaux pour janvier 2013, attend toujours la pose de sa première pierre, alors que la tribune officielle construite à cet effet se laisse dévorer par les folles herbes.

Dans son adresse du 31 décembre 2011, Paul Biya avait pris l’engagement de «corriger» les nombreuses irrégularités qui avaient entaché le scrutin présidentiel qui l’avait reconduit à la tête du pays quelques mois plus tôt. Ces irrégularités étaient malheureusement à nouveau à l’œuvre lors du double scrutin du 30 septembre 2013, servant ainsi de lait nourricier à une querelle postélectorale fort nourrie. Le 31 décembre 2013, de nouvelles promesses seront faites. Et dans un an, de nouveaux déçus rejoindront les rangs de plusieurs générations de Camerounais qui ont souvent, et naïvement, fait confiance à leur Chef depuis 1982. 

@Mutation

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