Palais de L'Unité: Le Directeur du Cabinet Civil et l'Intendant Principal à couteaux tirés

La discorde entre Martin Belinga Eboutou et Christophe Foé Ndi représente une menace de paralysie du fonctionnement de la Présidence de la République.

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Yaounde: La Palais de l'Unite Photo: © Archives

Une fois loin du Palais de l'Unité, leur lieu de service commun depuis plus d'une décennie, l'adversité ne semble plus de mise. Christophe Foé Ndi se considère comme le fils de Martin Belinga Eboutou, qui partage aussi cet attachement filial. Et même si leur relation professionnelle, jadis empreinte de convivialité, a fatalement fait l'objet de quelques désaccords, jamais des éclats de voix ne se sont fait entendre.

Mais aujourd'hui, les bureaux et couloirs de la Présidence de la République s'animent des chuchotements bruyants de leurs chamailleries. Depuis de longs mois déjà, le torchon brûle entre le directeur du cabinet civil (DCC) du président de la République et l'intendant principal du palais de l'Unité. Des sources susurrent que l'inimitié entre les deux est à ce point profonde que Paul Biya a été formellement informé de récurrentes interférences et immixtions du DCC dans le fonctionnement de l'intendance.

A cet égard, au Secrétariat Général qui assiste en observateur averti à cette joute, l'on évoque la démarche de la secrétaire particulière du DCC venant demander à l'intendant principal l'état de ses besoins pour le dernier 20 Mai. Pis, après avoir bloqué les comptes de l'intendance, le DCC a opté pour une gestion privilégiant la mise à disposition des espèces sonnantes et trébuchantes à ses collaborateurs au détriment de M. Foé Ndi.

D'après une source ayant depuis belle lurette la connaissance des réalités du palais de l'Unité au bout des doigts, c'est le décret du 9 décembre 2011 qui a catalysé l'animosité (lire plus loin les compétences dévolues à chacun). Ce texte accorde en effet une sorte d'autonomie de fonctionnement à l'intendance, jusque-là rattachée au cabinet civil du président de la République.

Une décision que le DCC, souffle un proche, assimile à une trahison. Aussi, en dépit de ce changement voulu à dessein par le président de la République, M. Belinga Eboutou n'est jamais sorti de l'ancienne architecture qui faisait toujours de lui l'unique gestionnaire et ordonnateur des crédits, les autres responsables n'étant assimilés qu'à de simples caissiers.

D'après les informations de Repères, la collaboration est devenue davantage délétère lorsque, sous prétexte que les prestations réalisées sur commande de l'intendant principal sont fictives et de surcroît surfacturées, le DCC les a gelées depuis 2012. Dans son ire contre l'intendant principal, M. Belinga Eboutou a aussi bloqué les comptes de l'intendance, au risque d'asphyxier ce service névralgique.

La célébration du cinquantenaire de la Réunification offre une autre occasion de crêpage de chignon. En sa qualité de président du comité national d'organisation de cet événement, M. Belinga Eboutou tient l'intendant principal à l'écart en le désignant simple rapporteur alors que l'un de ses collaborateurs est membre de la commission. Mieux, il passe tous les marchés relevant pourtant du domaine de compétence de l'intendant principal. Mais curieusement, il lui adresse par la suite deux demandes d'explications en décembre 2013 et janvier 2014.

A l'observation, explique une source bien introduite, l'intendant principal n'est que le énième souffre-douleur du DCC. Cette dernière, qui fait pratiquement partie des meubles du secrétariat général de la présidence, se remémore que la collaboration a toujours été houleuse entre le DCC et d'autres collaborateurs du chef de l'Etat.

«Pour dire le moins, souffle la source, Tom Dollar (sobriquet donnée à M. Belinga Eboutou Ndlr) et Laurent Esso ne s'embrassaient pas sur la bouche. Il a mené la vie dure à Sadi du temps où il était secrétaire général adjoint, avec Ngoh Ngoh on est très loin d'une lune de miel».

Elle souligne que sa grande proximité avec le chef de l'Etat et le fait d'avoir son oreille a presque toujours conféré un avantage certain à M. Belinga Eboutou dans ces bras de fer. Et de préciser que pour le cas d'espèce, loin de lui faire la guerre il s'agit simplement pour le DCC de mettre au pas un "filleul" épris d'émancipation tutélaire. Une drôle de manière de "punir un fils indocile" qui, au contraire, a le don de polluer l'environnement de travail du palais de l'Unité

. © Dominique Mbassi | Repères

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