Opération Épervier: Le Tribunal criminel spécial récupère ses «clients»

L'opération se veut discrète, voire secrète. Passé le temps où les personnes soupçonnées d'avoir distrait la fortune publique étaient arrêtées après que la presse ait été informée pour en faire large diffusion. Pour cette année 2013, les pouvoirs publics semblent avoir opté pour la discrétion. Difficile de savoir si c'est la touche particulière d'Abdou Yap et de Zéphyrin Nsoga, respectivement président et procureur général du Tribunal criminel spécial (TCS). Toujours est-il que de nouveaux « Éperviables», à la demande du TCS, remplissent la prison centrale de Yaoundé, sans tambours ni trompettes.

En effet, depuis plusieurs jours, des anciens gestionnaires de la fortune publique arrivent par vagues successives à la maison d'arrêt de Kondengui. Selon des sources internes au pénitencier, ils viennent de tous les coins du pays. Parmi ces présumés détourneurs de fonds publics, l'on remarque l'ancien sous-préfet de Kribi. M. Ndoumou. Il intéresse le TCS dans l'affaire de l'indemnisation du projet de construction du Complexe industrialo-portuaire de Kribi, actuellement en cours de réalisation.

Pour mémoire, courant 2011, plusieurs riverains avaient dénoncé la rétention indue, la réduction de leurs enveloppes; paralysant parfois l'accès au chantier. M. Ndoumou (Pauline Ndoumou, son épouse, est questeur à l'Assemblée nationale) devrait s'expliquer à ce sujet devant le TCS, apprend t-on. Outre l'ex chef de terre de Kribi, le TCS a fait venir Martin Djapa. Déjà détenu lui aussi à Kondengui, cet inspecteur de Trésor en provenance de Mbalmayo est accusé d'avoir distrait 200 millions F CFA.

Il médite sur son sort en compagnie de M. Baba. Ce dernier était en service à Garoua. Il lui est reproché d'avoir détourné la somme de 112 millions F CFA. Encore présumées innocentes, les personnalités suscitées devront s'expliquer devant les juges du TCS. Leur sort devrait être connu avant la fin de cette année car, la nouvelle juridiction dispose d'au plus neuf mois pour vider sa saisine. Créé en décembre 2011, le TCS connaît des détournements d'au moins 50 millions F CFA.

Dans l'esprit du législateur, il devrait permettre, non seulement d'accélérer les procédures, mais aussi de récupérer les fonds détournés. Le TCS ramène ses «clients» à Yaoundé parce qu'il n'a pas de démembrement dans les régions. «Tout se gère ici. D'ailleurs, d'autres vont arriver», explique un magistrat de ce tribunal.

Pour mémoire, le TCS, fonctionnel depuis juste quelques mois, a déjà rendu sa première décision: la condamnation du Malien Djibril Traoré à 20 ans d'emprisonnement ferme pour vol de cibles appartenant à Camtel. Le Tribunal a déjà recouvré 230 millions, versés par Yves Michel Fotso dans le cadre de la procédure qui l'oppose à l'Autorité aéronautique civile.

© Olivier A. Ndenkop | L'Actu

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