Opération Epervier: Comment Amadou Ali a détourné 800 millions de FCFA

L'ex-Ministre de la Justice a soustrait de grosses sommes d'argent, en prétextant que les services secrets occidentaux étaient financés pour enquêter sur les avoirs des personnalités camerounaises.

image.gif

Cette révélation est de Wikileaks, le site web lanceur d'alerte, fondé en 2006 et appartenant à Julian Assange. Ce n'est pas la première fois que ce site américain fait des révélations fracassantes sur l'ancien vice Premier Ministre. Par le passé, Amadou Ali a soutenu que les groupes ethniques du Cameroun nourrissent une méfiance pathologique vis-à-vis des Bamiléké, parce qu'ils font preuve d'agressivité dans l'extension de leur hégémonie mercantile au pays de Biya. Il a dit que cette ethnie prolifique a envahi Douala et conspire pour étendre ses communautés à travers le Cameroun, allant jusqu'à envoyer leurs femmes procréer même dans les régions les plus reculées de la nation. Ali a déclaré que les élites bamiléké avaient approché celles du Nord pour bâtir une alliance entre leurs régions respectives. L'ex-Ministre de la Défense a fait plein de confidences sur le Président Paul Biya, les généraux de l'Armée camerounaise, Rémy Ze Meka, John Fru Ndi, le Colonel Abraham Sirvan et d'autres hautes personnalités mais il n'a jamais été inquiété au nom de la démocratie.

Un loup déguisé en agneau?

Amadou Ali, originaire du Nord Cameroun, a vu le jour en 1943. Cet homme politique de premier plan a occupé plusieurs postes ministériels. Amadou Ali s'est toujours présenté sous la tunique d’un agneau pourtant il est un loup, a souligné un de ses proches que nous avons rencontré. Ses longues années de collaboration avec le Chef de l’Etat n’ont été qu’une interminable partie de cirque. Pendant qu'il était patron de nos Forces de Défense, la poudrière du Quartier Général avait été réduite en cendres. Des indiscrétions nous enseignent que c'est lui qui aurait commandité cette tragédie pour affaiblir l'Armée. Lorsqu'il conduisait l'Opération Epervier, nombre de ses protégés n'ont pas été inquiétés. C'est pour cette raison qu'il aurait été évincé du Ministère de la Justice. Les Etats-Unis d'Amérique accusent l'ex-MINDEF d'avoir détourné 800 millions de nos francs. Amadou Ali a subtilisé des centaines de millions de FCFA en faisant comprendre au Chef de l'Etat que les Américains, les Anglais, les Italiens, les Canadiens et bien d'autres ressortissants des pays du Nord avaient besoin de primes pour fournir des informations capitales sur l’argent que nos compatriotes ont planqué à l’étranger. En d’autres termes, pour traquer les pontes du régime du Nnom Ngui, il fallait corrompre nos amis américains. Pour mieux tromper la vigilance du Gouvernement camerounais, Ali s'est appuyé sur le spécialiste de la finance Collins Dooh.

Quand le gardien se transforme en voleur!

Amadou Ali et Francis Collins Dooh s'entendant comme des larrons en foire, ont cru pendant de longues années que leur plan satanique devait continuer de fonctionner à merveille. L'opinion a toujours présenté Amadou comme un prédateur des délinquants économiques, mais l'homme est rattrapé aujourd'hui par ses pratiques vaporeuses. Amadou Ali doit expliquer pourquoi et comment il s'est enrichi sur le dos du contribuable, lui qui s'est souvent prévalu du statut de gardien de la fortune publique. On constate avec regret et douleur que le fameux vigile s'est transformé en cambrioleur. Le Département d'Etat américain à l'époque où Amadou était Ministre de la Justice, avait émis des réserves sur ses méthodes. Les responsables américains avaient constaté un flou dans le projet de traçage des biens et avoirs de certains cadres du régime du Renouveau. D'après nos sources, c'est le département de la sécurité intérieure qui a apporté la preu¬ve que les sous réservés aux services secrets, n'ont jamais atteint leurs destinataires.

Réaction d’Etoudi attendue

On attend impatiemment la réaction d’Etoudi à l’heure où la lutte contre les ennemis de l'économie nationale s'intensifie. Le prince va-t-il continuer de fermer les yeux sur les maladresses de ses collaborateurs, ou alors sa colère va s'abattre vertement sur Amadou Ali. Des gens pensent que ce ressortissant de Kolofata a toutes les chances de tomber dans la broyeuse que lui-même a fabriquée. Les jours qui viennent nous réservent bien de surprises au sujet de cette affaire scabreuse, qui risque d'empoisonner les relations entre le promoteur de la moralisation et son ami Ali. De 1971 à 1972, Amadou Ali a occupé les fonctions de Premier adjoint préfectoral de Ngaoundéré. De 1972 à 1974 il a géré le poste de Directeur de l'Organisation du Territoire au Ministère de l'Administration Territoriale. Entre 1974 et 1982 ce haut cadre de la République a occupé les fonctions de Secrétaire Général du Ministère de la Fonction Publique. Par la suite, on l'a connu comme Délégué Général au Tourisme, Délégué Général à la Gendarmerie Nationale, Secrétaire d'Etat à la Défense chargé de la Gendarmerie Nationale, Secrétaire Général de la Présidence de la République avec rang et prérogatives de ministre, cumulativement avec ses fonctions de Secrétaire d'Etat à la Défense. Amadou Ali s'est retrouvé comme Ministre d'Etat délégué à la Présidence chargé de la Défense, Ministre d'Etat chargé de la Justice, Garde des Sceaux, vice Premier Ministre... C'est donc après ce parcours élogieux que l'ex-chef de la lutte anti-corruption commence à voir son masque tombé.

© Lucien Embom | Le Soir

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau