Opération Epervier: Ces prisonniers de luxe qui se moquent de Biya

Malgré de lourdes peines privatives de liberté infligées à certains prévaricateurs de la République, sur le terrain, la réalité est toute autre.

L'idée de lancer une campagne pour lutter contre la corruption au Cameroun a toujours été diversement interprétée par la société camerounaise. Notre pays après avoir décroché de haute lutte deux couronnes mondiales en matière de corruption, a décidé de prendre le taureau par les cornes en remuant le système pour évacuer les coquilles. La première prise de l'histoire a permis de mettre le grappin sur le très célèbre Mounchipou Seidou. L'ancien Ministre des Postes et Télécommunications qui se sentait isolé, quelques temps après, a été rejoint au cachot par Pierre Désiré Engo. C'est en ce moment-là que des voix ont commencé à s'élever. D'aucuns estiment que l'arrestation de l'ancien Directeur de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) était un coup fatal porté à la tribu. Pour démontrer toute sa détermination à noyer le poisson, le Président de la République s'est attaqué plus tard à d'autres grosses pointures à savoir: Urbain Olanguena Awona, Polycarpe Abah Abah, Jean Marie Luc Atangana Mebara, Emmanuel Gérard Ondo Ndong, Titus Edzoa, Haman Adama, Marafa Hamidou Yaya, Ngamo Hamani, Siyam Siéwé, Etonde Ekotto, Charles Metouck etc.

Controverse autour de l'Opération Epervier

L'Opération Epervier, selon une certaine opinion, vise la neutralisation des membres du G11 et la suppression de l'émulation au sein du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). L'embastillement des hautes personnalités du parti des flammes est une manière de démontrer que l'Opération Epervier a toute sa raison d'être. Mais au sein de la formation politique de son promoteur, des clans affirment le contraire. La rigueur se manifeste dans les jugements et les conditions de détention des détourneurs de fonds publics. Il faut signaler que ces prisonniers de luxe, bien que condamnés, continuent de jouir de leurs surabondants moyens financiers planqués principalement dans les banques suisses. En taule, des vocations sont nées, et des talents ont poussé. Yves Michel Fotso a pris le plaisir de convoler en justes noces. Mounchipou a été intronisé chef traditionnel et s'est même tapé une douce compagnie nonobstant son séjour en prison. Ses compères, Olanguena et Abah Abah, ne cessent de mettre en valeur leurs capacités de «faroteurs». D'autres bagnards se pavanent dans les rues de la capitale, attendant patiemment la fin du régime du Nnom Ngui. Oui, les prisonniers de luxe sont convaincus que, bientôt ils sortiront de prison et reprendront une vie normale.

Non coupable

Tous les collaborateurs du Chef de l'Etat qui croupissent actuellement à la Prison de Kondengui et au Secrétariat d'Etat à la Défense, rejettent en bloc toutes les accusations qui pèsent sur eux. Des verdicts ont même été prononcés en leur faveur, mais on continue de les maintenir en prison. En dépit du fait que des personnes comme Yves Michel Fotso aient remboursé les sommes qu'on leur réclame, leur libération n'a jamais été envisagée. Ce cliché fait d'eux des héros que le peuple célèbre copieusement lors des audiences. Doit-on encore croire que l'Opération Epervier a toute sa raison d'être? Des dirigeants présentés comme étant des capitaines de l'industrie du détournement continuent de jouir de leur liberté. Malgré l'existence des montagnes de preuves accablant certains ministres et des directeurs, ceux-ci ne sont nullement inquiétés par la justice camerounaise. Lors d'une sortie médiatique, le Président Biya avait demandé les preuves répondant aux questions d'un de nos confrères. Les preuves ne sont-elles pas des éléments suffisants pour traîner un individu en justice? Cet état de chose fait dire à une catégorie de Camerounais que l'Opération Mains Propres, constitue une arme pour écraser tous ceux qui à un moment de leur vie ont eu des ambitions politiques démesurées.

Dans le camp du pouvoir, on soutient que tous les gestionnaires coupables de malversations seront traqués jusque dans leurs derniers retranchements. Pour confirmer cette assertion, le promoteur du Renouveau ne cesse de rappeler à ceux qui se croient à l'abri de toutes poursuites judiciaires, que la lutte contre la corruption est loin d'être terminée. Nombre de gestionnaires ayant éventré les caisses de l'Etat ont choisi de s'exiler pour avoir la vie sauve.

Parmi les pays qui accueillent les potentiels éperviables, on cite le Canada. Cette terre d'asile abrite des requins comme Gervais Mbarga. L'ancien homme de main de Gervais Mendo Ze a pris la poudre d'escampette, lorsque les rumeurs de son arrestation se sont mises à circuler. Ambassa Zang a fait de même. Le promoteur du quotidien Trinité en l'occurrence Roland Amougou, a réussi à s'évaporer après avoir été lourdement condamné dans l'affaire du Crédit Foncier. Beaucoup de poissons sont déjà passés entre les mailles du filet avec la complicité de leurs geôliers. Dans l'appareil judiciaire, des acteurs refusent de jouer pleinement leur rôle. On note également la complaisance de certains hauts dignitaires de la République, qui passent le clair de leur temps à défendre les intérêts de leurs protégés. Ils savent que l'arrestation de ces derniers peut entraîner leur propre chute. Et pour cette raison, certains dossiers moisissent dans les tiroirs de la justice.

Naissance des vocations

Atangana Mebara non seulement s'est découvert un talent d'écrivain en prison. A chaque apparition au tribunal, l'ex-Secrétaire Général à la Présidence de la République fait courir les foules. Marafa lors des premières audiences de son affaire, a mobilisé des milliers de Camerounais. Pour éviter la pression populaire, les forces de l'ordre ont été déployées pour empêcher les activistes de troubler le procès. Rappelons que ce natif de Garoua, chaque fois qu'il comparaissait, se faisait copieusement acclamé par ses partisans. Avant et après sa condamnation, Hamidou Yaya s'est livré à une activité épistolaire intense. La publication des lettres de Marafa a donné des sueurs froides au pouvoir. Et des esprits mal intentionnés en ont profité pour publier des fausses dans le but de nuire au régime en place. Des témoignages indiquent que les détenus VIP jouissent de plusieurs avantages. Ils ont les faveurs des régisseurs de prison, la sympathie de la population carcérale et surtout le soutien de leurs complices en liberté. On peut dire que nos compatriotes ont tout ce qu'ils veulent sauf le privilège de respirer l'air pur. Si Abah Abah n'avait pas pris le loisir d'aller consulter son dentiste, nul n'aurait su que l'ex-Ministre de l'Economie et des Finances pouvait se taper des virées à l'insu du bas peuple. On lui attribue d'autres initiatives que personne ne peut imaginer. D'après nos sources, l'argent, permet d'obtenir n'importe quel service même quand on est en taule. Il est à noter que pour briser la ténacité des fossoyeurs de la fortune publique, le Tribunal Criminel Spécial (TCS) a été mis sur pied. Cette institution dont la mission est de récupérer l'argent public détourné, ne semble pas émouvoir ceux qui gèrent les richesses nationales.

Que fait-on des sommes astronomiques récupérées par le TCS?

Le peuple camerounais salue faction du Tribunal Criminel Spécial, mais cependant, veut savoir ce qu'on fait des milliards récupérés. Tout cet argent arraché des griffes des délinquants économiques, constitue un bon pactole susceptible de donner à notre économie de reprendre du poil de la bête. Des gens pensent qu'il faut mettre sur pied un fonds pour financer les projets de développement. D'autres personnes estiment qu'il ne faut pas uniquement récupérer l'argent détourné. Ce serait bien si la justice faisait main basse sur les biens des prévaricateurs. En dépouillant les délinquants économiques de la totalité de leurs richesses, l'action du TCS serait plus efficace et plus adaptée à notre contexte.

© Lucien Embom | Le Soir

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