Nomination - mouvement des Sous-Préfets: Les Fang/Béti et le grand Nord se taillent la part du lion

Paul Biya, grand (promoteur) défenseur du tribalisme et du népotisme, favorise les régions du Centre et du Septentrion.

Sur les 360 Sous-Préfets nommés par le Chef de l'Etat lundi dernier, les Fang/Béti représentent 20% des effectifs alors qu'ils ne représentent que 10% de la population du Cameroun. Fang/Béti et originaires du Grand Nord (régions de l'Adamaoua, du Nord et de l'Extrême-Nord) ont pris environ 150 sous-préfectures, sur les 380 que compte le pays à la faveur des nominations survenues dans le commandement lundi le 22 avril 2012, au journal radio de 17 heures de la Crtv. Aurore Plus a essayé de dresser des statistiques avec une bonne marge d'erreur.

Le résultat montre que les Fang/Béti occupent essentiellement les régions du Centre et du Sud. Dans la région du Centre, ils sont implantés dans sept départements sur les dix que compte cette région: Haute-Sanaga, Lékié, Mefou et Afamba, Mfoundi, Nyong et Mfoumou., Nyong et So'o, Mefou et Akono. Ils comprennent les Ewondo, les Eton, les Manguissa, les Bene, les Mbida-Mbani, les Mvelé, les Yébékolo, les Etenga. Les trois autres départements sont, le Mbam et Inoubou occupés par les Bafia, les Banen, les Yambassa, les Yambeta, les Sanaga, etc.

Le Mbam et Kim est habité par les Sanaga, les Babouté, les Tikar, etc. le Nyong et kelle est occupé majoritairement par les Bassa et une poignée d’Eton. Si l'on tient compte des chiffres du recensement général de la population et de l'Habitat de 2005 que nous avons consultés, la population Béti de la région du Centre peut s’élever à 1,5 millions de personnes. Et si l'on y ajoute celle des Fang/Béti de la région du Sud, on peut estimer l'ensemble de ce groupe à 2 millions d'habitants, soit environ 10% de la population du Cameroun qui est estimé à 20 millions d'habitants.

Mais voilà, c'est là où le bât blesse: 10% de la population du Cameroun qui a 20% des Sous-Préfets. Quelle injustice de la part du Président Paul Biya qui dit combattre le tribalisme, le népotisme, le favoritisme dans tous ses discours alors que c'est le plus grand défenseur de ces fléaux qui minent le pays. S'il est vrai que la prédominance des Fang/Béti a baissé par rapport aux années antérieures (les Fang/Béti représentaient parfois 40% à 50% des effectifs chez les Préfets), il n'en reste pas moins, que cette façon d'agir du Chef de l'Etat n'est pas de nature à assurer la cohésion nationale.

Certaines régions, départements ou ethnies se sentent lésés, marginalisés. Et comment peuvent-ils participer pleinement à la construction du pays? Le 22 octobre 2012, Paul Biya avait procédé à la nomination de Préfets. Dans les 58 départements du pays, il avait placé à leur tête, pas moins de 15 Préfets Fang/Béti. C'est ainsi que Justin Mvondo est Préfet de la Vina dans la région de l'Adamaoua, Donation Boyomo à la tête du département du Mayo-Banyo, même s'il n'est pas Fang/Béti, c'est un Yambassa de la région du Centre. Dans la Haute-Sanaga, il y a Albert Nanga Dang; David Tsila dans le Mfoundi, région du Centre ; Gabriel Eloi Essoa, dans le Logone et Chari, région de l'Extrême Nord, Emmanuel Ledoux Engamba dans le Mayo-Kani, Jean Abate Edii dans la Sanaga Maritime, région du Littoral; François Amougou dans le Mayo-Rey, région du Nord, Benoît William Emyoutou Bita dans la Menchum, région du Nord-Ouest, Albert Mékonclanè Obounou, dans le Haut-Nkam, région de l'Ouest où Madame Zongo, née Nyambone Antoinette, originaire du Dja et Lobo (département de Paul Biya) est la tête du département du Koung¬Khi; Luc Ndongo dans les Hauts-Plateaux, etc.

Le Grand Nord n'est pas en reste, lui qui tire profit de la «magnanimité du Chef de l'Etat. Dans ces nominations de Sous-Préfets, ce grand bloc occupe le deuxième rang après le groupe Fang/Béti. Par rapport à sa population, 5.684.030 habitants au recensement de 2005, les 73 Sous-Préfets qu'a ce grand bloc, ne représentent rien. Le groupe Fang/Béti avec environ deux millions d'habitants, dépasse légèrement d’une courte tête, son éternel et grand rival qu'est le Grand Nord, alors qu'il pèse démographiquement presque trois fois moins que lui. Lors du mouvement des Préfets du 23 octobre 2012, le Grand Nord avait eu 8 ou 9 de ses enfants à la tête de départements.

Il y a un autre groupe qui tire son épingle.

Ce sont les Bamiléké. Si le recensement de 2005 attribue 1.720.047 habitants à la région de l'Ouest, à laquelle il faut soustraire les Bamoun du département du Noun peuplé alors de 455.085 habitants, les Bamiléké dépassent largement deux millions et demi de personnes sur le territoire national car, ils sont très nombreux dans les départements du Wouri et du Moungo dans le Littoral et sont bien présents à Yaoundé, la capitale politique du pays.

Chez les Préfets, ils sont tout au plus au nombre de quatre. On peut constater que dans ce mouvement de Sous-Préfets, Paul Biya n’a pas envoyé de Fang/Béti dans la région de l'Adamaoua. Cela veut-il dire que cette région ne présente pas un grand intérêt pour lui, qu'elle est une quantité négligeable dans son système politique? Soit alors que c'est pour des raisons sécuritaires qu'il ne veut pas envoyer des Fang/Béti du commandement là-bas, comme s'il redoutait quelque chose.

On constate également qu’il n'y a que deux Sous-Préfets Fang/Béti dans le Nord sur 21 arrondissements et quatre seulement dans l'Extrême Nord qui à 47 arrondissements. C'est une tendance au repli sur soi qu'on constate. En effet sur les 70 arrondissements du Centre, les Fang/Beti sont à la tête avec 28. Ce chiffre est moins, s'agissant de l'Extrême Nord où sur les 47 arrondissements que compte cette région, le Grand Nord a placé 28 Sous-Préfets.

Et l'Extrême-Nord n'est pas présente dans le Sud et le Sud-Ouest. Qu'est-ce que cela veut dire? Dans la région de l'Adamaoua qui a 21 arrondissements, 13 Sous-Préfets sont du Grand-Nord. Paul Biya ne fait jamais ses choses au hasard, il sait pourquoi il a agit de la sorte à moins que ce ne soit le travail de certains stratèges, militant dans son entourage ou alors la Direction de l'organisation du territoire (Dot) du Ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation.

© Michel Michaut Moussala | Aurore Plus

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