Ngaoundéré: Plus de 20 mille cartes d'identité en souffrance

13h03 ce mardi 8 janvier au commissariat central de Ngaoundéré, Zambo Diane, étudiante, est déçue de ne pas retrouver sa carte nationale d'identité (CNI) parmi une pile déjà poussiéreuse, disposée à vue d'œil sur une table de fortune. «J'ai perdu ma carte l’an passé alors, je me suis faite établir une autre en mai 2012. Mais, elle tarde à sortir», raconte t-elle avant d'ajouter: «j'ai refait une autre que j'ai même déjà en ma possession depuis des mois».

Dans la salle, Ousmanou Ernest, agent de police commis au service de rétrocession des cartes d'identité, s'affaire à satisfaire les usagers. Ces jours, «nous sommes débordés», fait entendre le GPX Sali Abakar, alors que tout à coté, Me Hamadou Dewa ronge son frein dans les rangs, quoique déjà à l'intérieur du poste d'Identification. «C'est fatigant, les rangs sont interminables. L'on peut facilement faire deux jours ici. On n'a pas pensé à multiplier les sites.

Il n'y a plus de gratuité parce que rester sur place à un coût, il faut manger, ... etc.» rend t-il compte. Le chef de l'Etat, Paul Biya, a décidé dans son adresse à la nation le 31 décembre de la gratuité de l'établissement de la CNI. A Ngaoundéré, l'affluence n'a pas été perceptible les premiers jours. La vapeur semble s'être inversée ces dernières heures. «Nous avons entamée l'opération le 2 janvier avec 78 usagers, puis 140 pour le 3 janvier, 185 pour le 4.

A la date du 7 janvier, nous sommes autour de 530 personnes identifiées et chaque jour, l'affluence est croissante», fait ressortir le commissaire principal Jean-Marie Nyemb Nyemb; commissaire du poste d'identification du Commissariat central. Ces derniers jours, il a été révélé que des agents de police en tenue ou en civil bafouaient la décision du président de la République en collectant 4 000 F CFA au titre des frais de démarche. «Les démarcheurs» se sont fait la malle jusqu’à ce que le commissaire divisionnaire Ondoua Bilé Ferdinand, délégué régional à la Sûreté nationale dans la région de l'Adamaoua, frappe du poing sur la table. «Des consignes ont été données afin que de tels agissements ne se produisent pas», fait savoir le commissaire Nyemb Nyemb.Établir une carte d'identité est un acte citoyen mais, la procédure est jugée si ardue et longue qu'elle a poussé les populations à louer aux paris et à multiplier les chances d'avoir enfin «l'informatisée».

«La carte informatisée met long et lorsqu'elle t'est attribuée enfin, il réside parfois des coquilles. Soit c'est ton nom qu'on a mal écrit, soit c'est le lieu de naissance qui a été changé», s'inquiète Zinga Robert au milieu d'une bousculade. Pour un «i» omis, il faut attendre une éternité avec des procédures taxées de compliquées et incomprises qu'ils sont aujourd'hui nombreux à vaquer à leurs occupations pendant des années entières, munis d'un récépissé. Récupérer sa «CNI» en coûte tellement aux usagers qu'ils l'abandonnent dans les postes de police aux soins des flics et du système d'identification jugé lourd et onéreux.

A ce jour, l'on dénombre plus de 20 300 cartes nationales d'identité en souffrance à Ngaoundéré, rivalisant avec la population d'inscrits sur les listes électorales dans l'arrondissement de Ngaoundéré 2eme en prélude à la présidentielle du 9 octobre 2011. Nul ne doute qu'avec l'affluence constatée ces jours dans les postes de police, ce chiffre devrait dans les mois à venir augmenter, voire doubler.

© Eric Nguélé | L'Actu

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau