MUNICIPALES ET LÉGISLATIVES 2013 : MAURICE KAMTO DÉNONCE LA “SAUVAGERIE” D’ELECAM ET DU RDPC

Le président national du Mrc dénonce les « fraudes sauvages » et la « barbarie électorale » lors du scrutin du 30 septembre dernier.

Jusqu’à présent, on le jugeait mou. Indolent. Depuis le lancement du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), Maurice Kamto a toujours clamé sa volonté de changer le Cameroun dans la paix, évitant régulièrement de parler des adversaires. Hier, au cours d’une conférence de presse au siège de son parti à Yaoundé, l’ancien ministre a musclé son discours. Il s’est fait presque menaçant. « Nous avions fait le pari de la confiance dans les institutions du pays, en particulier celles concourant de près ou de loin à l’organisation des élections.

Manifestement, ce pari a été perdu. (…) Nous volons maintenant être le plus clair possible avec ceux qui nous gouvernent : notre attachement obsessionnel au changement dans la paix ne doit pas être mal compris. Lors du prochain scrutin dans notre pays, à la barbarie électorale du Rdpc et du pouvoir, nous opposerons, jusqu’à notre dernier souffle, une résistance citoyenne et républicaine.»

Le Rdpc et Elecam en prennent pour leur grade. Pour le président national du Mrc dont le parti s’en tire avec un député dans le Littoral et 19 conseillers municipaux dans cinq communes, les Camerounais ont assisté, le 30 septembre dernier, non pas à une élection, mais à une farce. « Nous avons assisté à l’expression même de la barbarie électorale », dénonce-t-il.

Les types d’irrégularités observées au cours de ces élections, Maurice Kamto en cite une foultitude : votes multiples, bureaux de vote comptant plus de votants que d’inscrits, vote sous haute surveillance dans les casernes, désignation par Elecam des candidats du Rdpc comme présidents des commissions locales de vote, utilisation frauduleuse des cartes d’électeur non retirées par les légitimes propriétaires, procès-verbaux sans fiches de pointage, intimidation des représentants du Mrc dans les bureaux de vote par des milices du Rdpc, etc.

« Seule l’histoire jugera »

« Les fraudes systématiques, soutient Maurice Kamto, assumées avec une décontraction provocante par le pouvoir et le Rdpc, à l’occasion de toutes les consultations électorales depuis 1992, ont conduit même les plus optimistes parmi nos compatriotes à la conclusion terrifiante que l’alternance politique dans notre pays se fera, non pas par la voie électorale, mais par la violence. En contraignant le peuple camerounais à cette dangereuse conclusion, le régime fait de notre pays une véritable citerne à gaz dont le détonateur sera la prochaine élection, si celle-ci se déroule dans les mêmes conditions. »

Au-delà d’Elecam qui a « peint des trompe-l’oeil sur les murs de la démocratie camerounaise », et du Rdpc passé « maître dans l’esthétique de la fraude », le président national du Mrc s’en prend aussi aux observateurs internationaux, coupables, selon lui, de s’être empressés de saluer le « bon déroulement des élections », sans même attendre les procèsverbaux ou l’issue du contentieux.

Au sujet de la Cour suprême qui a débouté le Mrc et d’autres partis politiques de l’opposition de leurs recours en annulation partielle des élections, Maurice Kamto est lapidaire : « Seule l’histoire jugera ». Pour lui, il ne fait aucun doute ; le Mrc a gagné dans le Mfoundi, à Yaoundé, siège des institutions de la République et dans les Hauts-Plateaux. « Nous avons gagné même si l’on nous a déclaré perdants », se convainc-t-il.

Même si Maurice Kamto garde un oeil sur la Chambre administrative de la Cour suprême qui n’a pas encore vidé le contentieux des élections municipales, on le sent résolument tourné vers l’avenir. 2018 est dans sa ligne de mire. « On peut peut-être ralentir notre élan, dit-il. On dressera sans doute des barrières pour essayer de nous endiguer. Mais on ne peut arrêter le vent ; nul ne peut arrêter la marche en avant d’un peuple déterminé à aller vers son destin de gloire. Il y aura un avant et un après 30 septembre 2013. C’est toi, peuple camerounais, qui en a décidé ainsi. Jamais plus rien ne sera comme avant dans l’univers politique de notre pays. »

© Le Jour : Jean-Bruno Tagne

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