Ministère des Finances: Des contrôleurs financiers et receveurs dans le viseur de «l'Epervier»

À la suite d'une descente discrète dans les services déconcentrés du Ministère des Finances, un rapport confidentiel dressé à cet effet épingle de nombreux responsables, à différents niveaux.

epervier-9.jpg

Un mauvais vent souffle bientôt sur les services des finances publiques depuis qu'une liste d'une soixantaine de responsables relevant du Ministère des Finances, et, singulièrement ceux en service aux Trésoreries générales, présumés coupables de malversations, est en circulation. Débutée le 27 février dernier, à la suite du scandale de l'affaire Emmanuel Mbia Enguene, relative aux pirouettes financières et en rapport avec des titres de trésor du Ministère de la Défense, la descente des brigades des enquêteurs du Ministère des Finances dans les services déconcentrés des Régions aura permis, de trouver des stratégies pour davantage sécuriser les recettes de l'Etat et de dresser une liste de contrôleurs financiers, receveurs et percepteurs indélicats et désormais dans le collimateur de l'opération Epervier.

«C'est le scandale de Yaoundé qui est le déclencheur de notre descente. Le réseau attribué à tort ou à raison, à des Trésoriers payeurs véreux, a étendu ses tentacules partout, même au niveau des recettes des finances, au-delà de tout soupçon. Des instructions nous ont donc été données d'effectuer des missions de contrôle assez discrètes, mais efficaces, dans toutes les trésoreries générales du Cameroun pour identifier ceux qui siphonnent les caisses de l'Etat», confie une source introduite approchée par La Météo. Et comme on pouvait s'y attendre, après avoir sillonné pratiquement toutes les Régions, ces fins limiers ne seraient pas rentrés bredouilles.

Au contraire, ils ont découvert d'importantes poches de dépenses irrégulières et autres détournements de biens publics au niveau des recettes et perceptions du triangle national. «La stratégie a été mise à nu: les dossiers sont montés à certains noms, mais les fonds décaissés par d'autres individus préalablement munis de fausses pièces d'identité. Au niveau des centres des Impôts par exemple, la pratique des doubles quittanciers permet toujours de pomper impunément, et la célérité époustouflante avec laquelle les fonctionnaires du Minfi s'enrichissent, met suffisamment à mal le trésor public.

C'est du moins ce qui semble justifier les missions dépêchées en toute discrétion au niveau régional et départemental par Alamine Ousmane Mey», pense un Inspecteur des finances. Si pour certains sceptiques, cette initiative osée du Minfi s'apparente à une bouteille jetée dans la mer, tout porte à croire toutefois que «Le sieur Mbia Enguene, en détention provisoire à la prison centrale de Kondengui pour une affaire de fausses taxes à témoin, risquerait fort bien d'être rejoint par d'autres présumés prévaricateurs qui se recrutent parmi les contrôleurs et receveurs financiers de la plupart des départements du Cameroun», rassure une source interne au Ministère des Finances, où on tient à l'œil tous les gestionnaires de trésorerie cités dans la liste.

Rapport de la Conac

Des langues acérées qui ont parcouru cette liste, dont La Météo a eu copie, évoquent dans ce registre, des cas patents des trésoriers payeurs des finances qui, dit-on, auraient payé de faux mémoires de justice et honoraires dus aux avocats fictifs de siège, suivant l'instruction intergouvernementale du 12 octobre 1989. Vraisemblablement, «à la seule Trésorerie de Yaoundé, les dossiers sont montés aux noms des avocats fictifs, et les fonds décaissés par les membres du réseau qui s'assurent du partage et de la distribution. Ne cherchez donc plus l'origine et les propriétaires de tous ces villas et châteaux qui claquent le ciel de nos cités»; rapporte sous cape, un contrôleur des Finances. Dans tous les cas, au Minfi où la liste fait déjà des vagues, un vent de panique est plus que jamais perceptible depuis qu'on annonce du côté du Secrétariat d'Etat à la Défense chargé de la gendarmerie (Sed), l'audition à tout moment des personnes indexées. Il ne faudrait pas mettre d

e côté les conclusions du rapport de la Commission nationale anti-corruption (Conac), paru le 10 novembre 2011, qui s'était déjà penché sur la gestion des trésoreries générales de la République. Dans ce rapport, en effet, la Conac mettait en exergue «de graves atteintes à la fortune publique» qui sont perpétrées dans ces services du Ministère des Finances. En parcourant le document, pour la seule circonscription financière du Centre, cela faisait 131 personnes accusées par la Conac d'avoir distrait plus de 2 milliards de FCFA, tandis que dans la région du Littoral, les détournements ont été chiffrés à plus de 3 milliards de FCFA.

Dans le cas des malversations constatées dans les trésoreries générales, le document de la Conac signalait beaucoup de «ces agents véreux» en fuite. D'autres décédés. «Mais, il y en a qui ont été affectés à d'autres postes ou sont en attente dans différents services du Ministère des Finances», mentionnait d'ailleurs ledit rapport. A l'époque, les conclusions des observateurs de la Conac soulignaient que ces pertes étaient dues à l'insécurité, au tripatouillage sur le système informatique, au défaut de contrôle, et à l'absence de personnel qualifié. Le rapport de la Conac n'avait pas manqué d'interpeller une fois de plus l'administration centrale et les décideurs sur le caractère impuni de certains actes.

La Meteo

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 11/06/2013