Mimboman: la construction de l’oubli ! par le Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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Mimboman est de moins en moins médiatisé, les articles de presse se font rares, les caméras de nos chaines de télévision ont disparu, la radio est silencieuse et la théâtralisation a pris le pas sur la douleur et l’analyse.

Mimboman est de moins en moins médiatisé, les articles de presse se font rares, les caméras de nos chaines de télévision ont disparu, la radio est silencieuse et la théâtralisation a pris le pas sur la douleur et l’analyse. La thèse préfabriquée des crimes rituels a eu la peau des journalistes les plus téméraires et aujourd’hui nous réalisons que Stéphane Tchakam du Jour est bel et bien mort.

En lisant le dernier article de Serge Alain Boyomo du quotidien Mutations, « Cameroun : Et si la classe politique n’avait pas de cœur ? », nous avons pensé à un autre article paru au plus fort de l’Affaire Vanessa Tchatchou et qui révélait un journaliste qui a dépuis sombré dans l’anonymat ! « Vincent-Sosthène Fouda fait le jeu du pouvoir » par Louis-Marie Kakdeu !

Ce qu’on n’a pas dit à Mimboman

Les différents directeurs de publication semblent avoir reçu des consignes d’enterrer Mimboman il n’y a que ceci comme explication pour essayer de comprendre pourquoi aucun journal, aucune radio, aucune chaine de télévision n’a jusque-là donné un visage à ces victimes ! Elles n’ont pas de nom et sont sans visage et de là à penser qu’elles n’ont pas de famille il n’y a qu’un pas que nous devons faire pour tomber dans l’absurde dans lequel nous invitent les biens pensants. Oui ici c’est le triomphe de l’absurde qui voudrait que l’on ait trouvé avant d’avoir cherché quoi que ce soit ! Qu’aucun médecin légiste n’ait jamais été sollicité pour déterminer le genre de mort, que les lieux de crime au regard des images que nous présentent les différentes chaines de télévision mettent en scène des gendarmes et des pompiers qui contaminent les lieux de crime rendant impossible tout prélèvement !

Nous sommes passés en l’espace de 24h du chiffre de 18 morts (Paulin Mballa de Vox Africa) chiffre confirmé par d’autres sources à 7 morts chiffre communiqué par le ministre de la Communication sans qu’aucun autre médias viennent nous dire comment et pourquoi cela a été possible ! Quand le ministre porte-parole du gouvernement parle de 8 disparus il fait allusion à quoi ? Dans notre pays il y a donc des Melchisédech ? C’est-à-dire des hommes et des femmes sans lieu de naissance sans parenté ! Tout le monde souhaite que nous répondions en chœur « Oui et Amen » ! Posons-nous des questions qui nous éclairent. Qu’est ce qui a poussé ce 19 février 2013 le quotidien le Jour à mettre à titrer une fausse reconstitution des faits à Mimboman ? Pourquoi ouvrir autant de fausses pistes si l’on n’a rien à cacher ?

4 visages et 4 noms des ressortissants de l’Ouest !

Voilà les criminels que l’on voudrait faire accepter à la conscience collective qui a peur ! Une solution de facilité pour qui connait l’anthropologie des tribus qui vivent dans notre pays. Le grand ensemble des ressortissants de l’Ouest Cameroun est le seul qui pratique l’autopsie traditionnelle. Oui il est facile de manipuler tout un peuple surtout quand les médias s’en mêlent et font le jeu des criminels. Nous sommes à l’âge des extrêmes dans notre pays selon l’expression de Hobsbawn (2003) caractérisé élémentairement par des tyrannies qui systématisent la mainmise sur la mémoire aujourd’hui, contrôlent jusque dans ses recoins les plus secrets. Les camerounais ne se souviennent plus de rien.

L’on nous manipule à longueur de journée tout en construisant la haine, la non-nation et le non-Etat. La mémoire contrairement à ce qu’on nous impose dans l’espace public camerounais ne s’oppose point à l’oubli : entre effacement et conservation, elle est toujours et nécessairement une interaction des deux. Il est donc de même de l’oubli en tant que processus sélectif et dynamique. Ceux qui ont en charge pour des raisons inavouées de manipuler l’opinion publique, d’interdire tout processus de réappropriation des armes d’analyse devant nous permettre de sortir de Perpetue et l’habitude du malheur, doivent avoir suffisamment de mémoire pour se rappeler qu’elle accouche des années après de Trop de soleil tue l’Amour… Non ce ne sont pas les hommes politiques qui n’ont pas de cœur, mais les hommes et les femmes de ce pays, qui se sont enfermés dans le strict refus de la pensée et du travail bien fait.

Ce sont les hommes et les femmes qui ont cessé de se poser les questions les plus élémentaires, ce sont eux, ceux et celles qui vivent plus dans la panse que dans la pensée. Avec la dé-mission doublement entendue ici comme processus de retrait de l’espace discursif de la pensée et comme embrigadement de la parole donnée et orientée, c’est l’identité collective du groupe qui est empoissonnée. Derrière la théorie toute construite des crimes de Mimboman se cache une plus grande puanteur ; le trafic des organes humains. Voilà pourquoi les corps sont toujours découverts dans des zones habités mais déjà en pleine putréfaction ! Voilà pourquoi les fantassins de la manipulation sont seuls à avoir la parole pour un matraquage des consciences afin de les installer dans la peur mieux la terreur !

Rien ne justifie aujourd’hui l’état dans lequel se trouve la pensée journalistique dans notre pays. Les chaines de télévision CRTV, Canal 2, Equinox, Arianne, etc qui couvrent le territoire national sont anesthésiées par leur volonté de plaire à l’establishment au point de ne plus savoir mener une enquête journalistique de première année de l’Ecole de Journalisme. La presse écrite et la radio ne font pas mieux ! La grande messe télévisuelle est donc devenue un vaste cirque où les cadavres sont des objets de plaisir et de masturbation de ce qui nous reste comme esprit critique. Mettons donc au défi nos journalistes et ceux qui ce jour mardi 19 février 2013, reconstituent dans l’abstrait les faits à Mimboman de mettre à la disposition de la communauté nationale les visages et les noms des défunts ou des disparus, les lieux de sépulture ! Chiche ! comme disent les jeunes seul le cœur du bandit battra très fort avec cette demande !

Le Cameroun est en crise mais pas dans l’apocalypse, l’avouer n’est pas trahir le peuple camerounais. L’avouer, c’est accepter de se lancer dans un grand chantier de re-définition des valeurs qui sous-tendent toute construction d’une Nation et d’un Etat c’est-à-dire tout simplement du vivre ensemble, mieux du nous-commun combien de fois cher à Nobert Elias. Voici donc le moment de nous définir, de nous donner une base agissante. Le faire c’est accepter aussi de redéfinir la famille dans sa structure anthropologique, c’est l’interroger dans son expression sociologique pour enfin exiger son encadrement juridique. C’est possible et c’est maintenant que nous devons le faire.

© Dr Vincent-Sosthène FOUDA | Correspondance

Cameroon-Info.Net

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