Meva'a M'Eboutou: Un "éperviable" au Sénat

Témoin de l'accusation dans l'affaire Marafa, le secrétaire général du Sénat a soulevé autant de questions qu'il n'en a apporté de réponses.

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Meva'a M'Eboutou: Un Sg controversé au Sénat Michel Meva'a M'Eboutou, 74 ans, administrateur civil principal, a été installé mercredi dernier dans ses nouvelles fonctions de secrétaire général du Sénat. Auparavant secrétaire général de l'Assemblée nationale, Ministre de la Défense et Ministre des Finances et du Budget, il s'est empressé de dire sa gratitude au chef de l'Etat pour sa nomination, matérialisée par un arrêté signé par le président du Sénat, Marcel Niat Njifenji.

Les honneurs d'abord au grand chef! L'arrivée de Michel Meva'a M'Eboutou au secrétariat général du Sénat a cependant ressuscité une polémique. Celle de son rôle dans l'affaire de l'acquisition avortée d'un avion pour les déplacements du chef de l'Etat avec un procès qui a débouché sur la condamnation de l'ex-secrétaire général de la présidence de la République, Marafa Hamidou Yaya, et de l'ex-Adg de la Camair, Yves-Michel Fotso, à 25 ans de prison chacun.

Sans oublier la condamnation à 15 ans de prison de Jean-Marie Atangana Mebara, ex-secrétaire général de la présidence de la République par la Cour d'appel du Centre. Michel Meva'a M'Ebou-tou a intervenu dans ces deux procès comme témoin de l'accusation contre les trois célèbres condamnés. Un rôle délicat qu'il a assumé jusqu'au bout. Mais un rôle qui a mis sous les projecteurs sa propre part de responsabilité en tant que principal acteur financier de l'opération de l'achat de l'avion présidentiel.

Il occupait en effet la fonction de ministre des Finances et du Budget et c'est lui qui a ordonné à l'administrateur directeur général de la Société nationale des hydrocarbures un transfert de 31 millions de dollars vers l'étranger dans le cadre du règlement partiel de l'acquisition de l'aéronef.

24 milliards FCFA

Meva'a M'Eboutou dira dans un premier temps au juge d'instruction que c'est Marafa Hamidou Yaya qui lui a indiqué les sociétés et les comptes bancaires par lesquels l'argent tiré du guichet de la Société nationale des hydrocarbures, 31 millions de dollars, 24 milliards FCFA à l'époque, devait transiter. Devant la barre du Tribunal de grande instance, lors d'une confrontation avec Marafa Hamidou Yaya, il nuancera son propos, acculé par l'ex-Sgpr.

Marafa Hamidou Yaya niera en effet formellement avoir donné d'ordre à M. Meva'a M'Eboutou tout comme il niera lui avoir indiqué quelque numéro de compte pour le transfert d'argent. «Monsieur le Président [du tribunal, ndlr], dira Marafa H. Yaya, ce n'est pas moi qui ai demandé au ministre Meva'a de verser 29 millions de dollars américains à GIA, il était plutôt question de verser 02 millions de dollars de déposit pour bloquer l'avion, je n'ai à aucun moment imaginé que le ministre Meva'a verserait l'argent par virement à cette structure».

Troisième lettre

En fin de compte, Michel Meva'a M'Eboutou fera l'impasse sur la question du véritable donneur d'ordre, et sur le moyen par lequel ledit ordre lui a été transmis. Il refusera de répondre aux questions allant dans ce sens. Pourquoi? Peu de temps avant ce procès, dans sa troisième lettre adressée aux Camerounais, Marafa Hamidou Yaya fera une allusion à cette affaire en questionnant davantage le rôle de M. Meva'a M'Eboutou: «J'ai été informé, une quinzaine de jours après notre réunion relative à l'acquisition du Bbj-II, par l'administrateur-directeur général de la Camair, et à ma grande surprise, que les trente et un (31) millions de dollars avaient été virés directement dans le compte de Gia International aux Etats-Unis par le ministre de l'Economie et des Finances.»

A sa grande surprise parce que, dira-t-il, il avait proposé en vain à Michel Meva'a M'Eboutou une formule de payement qu'il jugeait sécurisée. Le Tribunal de grande instance du Mfoundi a tranché cette affaire en condamnant Marafa Hamidou Yaya à 25 ans de prison. Il faut aussi rappeler que Michel Meva'a M'Eboutou ne fait pas l'objet de poursuites. Mais deux questions demeurent: pour quelle raison le ministre Meva'a M'Eboutou a-t-il préféré transférer l'argent de Gia International plutôt que d'utiliser la solution sécurisée de la «stand by letter of credit» qui était proposée? Et qui a décidé d'utiliser le guichet Snh pour payer les trente et un (31) millions de dollars?

© Claude Tadjon | Le Jour

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