Messanga Nyamding: "C'est vrai. Charles Ateba Eyene a laissé une liste de personnalités indésirables... Mais je ne la donnerai pas aux médias"

C’est sa première interview depuis la vague de polémiques et de rumeurs autour du décès de son grand ami et camarade du parti, Charles Ateba Eyene. Et cette exclusivité, Pascal Charlemagne MESSANGA NYAMDING l’a accordée à Cameroon-Info.Net

Messanga nyamding dn 2014 001 ns 600

 

 Pascal Charlemagne Messanga Nyamding Photo: ©

Daniel Ngoh Monsieur Messanga Nyamding, merci pour cet échange. On espère qu’il sera très riche pour nos fidèles internautes qui ne demandent qu’à avoir un peu plus de détails sur ce qui se dit depuis un certain temps dans les médias.

Laissez-moi tout d’abord féliciter votre démarche professionnelle, Mr Daniel Ngoh, car ils sont rares, ces hommes de médias qui vérifient leurs informations à la source. Mes félicitations vont également à l’endroit de votre média, Cameroon-Info.Net, que je visite beaucoup et ce depuis mes déplacements en Europe, car coupé un peu du pays, seul votre site me tenait alors informé sur tout.

Nous allons tout d’abord vous demander de nous situer sur la nature de vos rapports avec le regretté Charles Ateba Eyene ? Il faut déjà dire que Charles et moi c’est une longue histoire. Nous nous sommes connus très jeunes, dans les années 1990, il avait à peine 20 ans et moi j’en avais 3 à 4 ans de plus que lui. Le prétexte de notre rencontre fut la « jeunesse du parti » (RDPC), qui faisait un certain nombre de travaux et qui menait des actions à l’étranger, et moi je tenais la tête de ce mouvement. Pendant ce temps, d’autres jeunes menaient une autre dynamique sur place au pays, et il en faisait partie. Donc Charles et moi nous sommes connus dans des circonstances essentiellement politiques. Nous sommes, Ateba Eyene et moi, la jeunesse vieillissante du « Renouveau ». Nous avons cru aux valeurs de rigueur, de moralisation, de justice sociale, d’ouverture démocratique et de rayonnement diplomatique ; c’était les cinq piliers du Congrès de Bamenda. Ça c’était la première chose qui nous rapprochait. La deuxième c’était l’ « homme » derrière ce parti : Le Président Paul Biya. Nous étions, Ateba et moi, fascinés par ce Monsieur qui a eu le courage de transformer le Cameroun en république pluraliste, et a résisté au Président Ahidjo qui a voulu le renverser. La troisième chose qui nous rapprochait, c’était que nous avions des valeurs ; c’est-à-dire que nous croyions aux valeurs et pensions que la promotion d’un citoyen ne devait aucunement passée par un « réseau », -sans être contre l’homosexualité, la Franc-maçonnerie ou la Rose Croix-, parce que nous avions malheureusement fait le constat que la plupart de hauts cadres cooptés dans le parti, appartenaient à des réseaux. La quatrième raison qui nous a rapprochée c’est que nous pensions lui et moi qu’il ne suffisait pas de prendre sa carte au RDPC pour être promu ou reconnu ; il fallait faire l’école, mais certains ne l’ont pas faite et étaient très idiots, voilà pourquoi ils ne pouvaient pas être compétitifs. Ateba a fait l’école. Il était Docteur Phd, enseignant à l’Université de Yaoundé I au moment où il décédait. Il y a bien de jeunes très intelligents, mais qui ne supportent pas le Président Biya, notamment Mathias Eric Owona Nguini, Alain Fohé, bref ils sont nombreux ; or parfois, les jeunes du parti peuvent aussi être des intellectuels, mais sont discrédités parce qu’ils ont des réseaux, soient homosexuels, franc-maçon pour évoluer. Vous pouvez alors comprendre que Charles Ateba Eyene et moi étions plus que des frères. Charles a eu de la chance de m’avoir comme ami, j’ai eu de la chance de l’avoir comme ami, nous étions deux compagnons à l’image de Castro et Che Guevara, nous étions deux esprits, deux styles différents mais complémentaires.

Que dire de la fameuse liste des «indésirables de Ateba Eyene» dont vous seriez l’auteur ?

Je vais vous dire une chose: j’ai beaucoup de secrets et de confidences de Charles, comme il les avait aussi de moi. De son vivant, lui-même le disait dans les médias, il n’avait qu’un seul ami : C’était «moi». En retour, je lui retournais la même politesse. Charles et moi dans notre dynamisme avions fait notre bout de chemin ensemble autour des valeurs qui sont: La compétition, la justice sociale et le rapprochement entre ceux qui ne pensent pas comme nous sur le plan politique. Et de là à dire que «moi» j’ai publié une liste, je vous invite à me présenter ce journaliste qui a tôt fait de publier cette liste, en face. D’ailleurs le journal «Le Soir» pour lequel il travail, a démenti l’information. Je n’ai jamais donné le nom de qui que ce soit à un média. Je vais préciser une chose, vous êtes le tout premier média qui échange aussi profondément avec moi…

Mais est-ce qu’elle existe, cette liste ?

Comme Charles, à ma mort je n’aimerais pas voir certaines personnes. Même dans mon Nkam natal, il y a des gens que je ne voudrais pas voir, parce qu’ils ont fait preuve de beaucoup de méchanceté vis-à-vis de nous. Effectivement, monsieur Daniel Ngoh, «une» liste de personnalités existe. J’ai encore le manuscrit de Charles Ateba Eyene avec moi. Quand le moment viendra de la sortir, je vous aviserai. Je la sortirai parce que le contraire serait trahir son engagement et notre amitié. Je prendrai la responsabilité morale d’informer, de manière élégante (pas brutale) les principaux concernés avant son enterrement. Donc je ne la donnerai pas aux médias.

Il l’a rédigée au moment de sa mort ?

Non bien avant. Moi également j’avais rédigé la mienne. Vous savez, Charles et moi avons souffert hein, et nous continuons à souffrir. Voilà pourquoi à chaque fois nous nous livrions à un combat de qui va mourir avant l’autre. Alors on s’échangeait des confidences, de sorte que si l’un partait l’autre pouvait veiller à ce que ses volontés soient respectées. A chaque fois il me disait: «Pascal, le militantisme nous l’avons, l’école, nous avons fait, la fidélité au Président Paul Biya nous l’avons également mais, hélas… ». Le 24 mars prochain, le parti fêtera son 29ème anniversaire. Charles aura alors 25 ans d’engagement dans le RDPC et moi 28. Nous avons passé plus de la moitié de nos vies dans le «militantisme», mais vous avez des gens qui sont ministres or ils n’ont jamais milité. Nous savons que le travail des réseaux a fait son effet, et nous connaissons très bien ceux qui nous frustrent.

Qu’en est-il de l’organisation de ses obsèques ?Vous auriez décidé d’interrompre les collectes y relatives, cédant ainsi à la pression de sa famille et de ses enfant ?...

C’est faux. Je n’ai jamais collecté des fonds pour Charles. Je vous dis, «jamais». Vous savez, j’ai plutôt été surpris de voir des gens qui ne pouvaient même pas s’asseoir à côté de Charles et moi, notamment l’un de ses neveux le (le fils de sa sœur) nommé Assiga Patrick, s’accaparer de l’organisation des obsèques. Ce dernier fut particulièrement nuisible. Quand je sortais de l’émission à Canal2 j’avais bien souhaité qu’on ouvre un compte à la Bicec et qu’on se mobilise. Mais les amis, je dis bien les «amis» et pas la famille, ont fait que ce monsieur (Assiga Patrick, Ndlr) passe au créneau et disent qu’il s’occupe de tout. Un jour je vous passerai les enfants d’Ateba Eyene, jamais ils n’ont souhaité ce que vous avez dit plus haut. Les premières heures qui ont suivi la mort de Charles, c’est moi qui me suis occupé d’eux. Je vais vous faire part des confidences de Charles, parce que j’ai été près de lui jusqu’à sa mort. La plus grande c’est que Charles avait deux soucis: L’encadrement de sa vielle maman, qui a 80 ans aujourd’hui, et celui de ses enfants, pas avec mes biens, mais avec ses biens qu’il a laissé. Sa crainte était que ses enfants ne jouissent pas de ses biens. Historiquement il m’avait aussi confié ceci: Sa maman étant de Batouri, il avait 10 frères et sœurs, et aujourd’hui il part, lui le onzième enfant, laissant alors toute seule cette dernière. Il me le disait sans cesse: «Pascal je n’ai pas de confident que toi». Il le disait même dans les médias, il a même dit que c’est moi qui l’enterrerais. Martinez Zogo a ces enregistrements. Je vais vous faire une autre confidence des plus bouleversantes, parce que sa propre famille ignore beaucoup de choses sur ce monsieur, mais il me les confiait: Charles en mourant a laissé «10» enfants dont trois avec sa défunte femme, et les sept autres avec les autres femmes. Je les connais tous. Et j’ai ce rôle d’arbitre que je dois jouer, voilà ce qui inquiète certains membres de la famille qui veulent programmer un hold-up sur ses biens. Donc je me suis retiré de la gestion matérielle et organisationnelle de ses obsèques parce que je ne voudrais pas voir salir mon nom. Ils ont peur de moi, sachant que j’en sais un peu trop. Il m’a tout dit notamment sur les 10 hectares qu’il venait d’acquérir à Nkilzoa du côté de Mfou. Je connais le terrain de Kribi, le terrain d’Odza. Il a également laissé une dizaine de maisons, et il m’a dit: «Pascal, je sais que tu es un homme aisé, si je te dis tout sur ma fortune c’est parce que je sais que tu n’es pas dans le besoin». Donc le combat que je mène pour ses biens, c’est lui qui me l’a confié ainsi qu’à l’avocat Me Nougha, et on achèvera ce combat lorsque le jugement d’hérédité sera fait, celui qui laissera comme seuls administrateurs de ses biens, ses enfants. Des ouailles ont cru que sa mort leur laissera une grosse fortune, mais qu’ils sachent que ses biens profiteront à sa vielle maman et à ses enfants, selon ses volontés. Charles et moi sommes des iconoclastes, donc des personnes qu’on ne saisit pas, qu’on ne contrôle pas, parce que nous aimons la liberté. Mais Charles, je dirais qu’il avait des adversaires et non des ennemis. Là il s’en est allé, mais le combat demeure. J’ai un seul regret, c’est que j’ai beaucoup milité pour que Charles soit aussi reconnu académiquement, malheureusement il s’en va, il n’aura pas eu le temps d’exercer à l’Université comme nous l’avons tant souhaité.

Vous êtes sur le point de commettre un ouvrage, en même temps, il y a celui de Charles que vous deviez préfacer…

Effectivement, Charles m’a laissé un livre à préfacer. J’étais à Paris au mois d’Août 2013 où j’ai acheté deux exemplaires (un pour moi et un pour lui) d’un ouvrage fort amusant. «La trahison des griots» c’est le titre. J’ai dit à Charles, regarde comment ceux qui faisaient la courbette au Président Paul Biya aujourd’hui veulent sa tête… La force de notre amitié était nos divergences. Parfois, on se disait des choses et on décidait de les garder pour nous, mais par la suite j’étais surpris de le voir les sortir dans les médias ou dans les ouvrages. Sacré Charles ! Alors un jour il me dit: «Ecoutes Pascal, ce livre correspond à un ouvrage que je suis en train d’écrire en ce moment sur le Comment les camerounais ont l’art d’être hors sujet, et tous ces gens-là pour nous distraire, sont des grands griots». Il a terminé cet ouvrage de plus de «300» pages. Je vais le préfacer, mais je le lui avais dit, avec conditions: que les imposteurs ne salissent pas mon nom, que sa famille ne développe pas la polémique autour de cet ouvrage que je dois éditer à Saint Paul selon sa volonté et reverser la totalité des retombées à ses enfants. Ça c’était mes conditions, parce que je ne veux pas voir mon nom trainé dans la boue. Vous savez, les ennemis de Charles sont en activité. Et depuis un certain temps je reçois des messages dans mon téléphone du genre «Charles était un ennemi des homosexuels et des sectaires, mais se sont ces homosexuels et ces sectaires qui vont l’enterrer». Je veux que Charles soit enterré dans la dignité, et je lui rendrai légitimement hommage comme il se doit, parce que peut-être vous l’ignoriez, Charles est l’un de mes notables. Installé depuis deux ans, je suis Chef de village de Yabassi-centre. J’envisage aussi créer une fondation Charles Ateba Eyene où je vais mobiliser tous ses amis pour rendre un hommage à ce combattant digne de la République. Vous savez, quand il a sorti «Les paradoxes du pays organisateur», nous avons offert un exemplaire en or au Président de la République et les élites du Sud s’en sont offusquées disant que Charles y critiquait le régime. Alors le Chef de l’Etat, qui est un homme lucide et clairvoyant, leur a demandé qu’est-ce que cet enfant a dit ici de faux, personne n’a pu répondre. Charles et moi avions un contrat à vie avec le RDPC, c’était aussi une façon de rendre crédible le parti, alors qu’ils sont nombreux qui souhaitent nous voir le quitter ou qui veulent nous en extirper.

Quant à moi, je suis sur plusieurs livres. Je viens comme vous l’avez dit de terminer le premier qui est un ouvrage essentiellement académique. Je compte finir les deux autres notamment un sur le fonctionnement du RDPC et l’autre sur le Président Paul Biya. Dans ce dernier, je fais une sorte de bilan du règne de président, parce qu’il faut avoir le courage de présenter les acquis mais aussi de montrer les faiblesses. Quand cet ouvrage sortira, beaucoup penseront à Charles Ateba Eyene, mais prendront aussi conscience de l’intelligentsia camerounaise.

Pascal Charlemagne Messanga Nyamding, merci encore de nous avoir reçu.

Non, c’est moi qui vous dis merci. Vous savez, Cameroon-Info.Net c’est le miroir du Cameroun. Je vais vous faire une confidence mon cher monsieur Daniel Ngoh, j’ai actuellement un étudiant qui fait un mémoire sur le rôle des médias et le rayonnement du Cameroun. Cet étudiant, qui travaille avec moi, montre comment le relai de l’information et la mobilisation que vous «Cameroon-Info.Net» faites actuellement dans le monde, dépassent largement la mobilisation qui est faite par le gouvernement et le RDPC. Vous savez, les camerounais doutent. On entretient les rumeurs et les mensonges, alors on développe la haine, parce que ceux qui nous gouvernent n’ont pas encore compris que notre mondialisation passe aussi par la maîtrise et la vulgarisation de l’information. Quand les gens n’ont pas la bonne information, ils spéculent, ils prennent même des armes, parce que tous ceux qui entourent le Président ne parlent pas. Dans quel pays avez-vous vu que ne sont promus que ceux qui ne parlent pas ? Un pays ne se développe pas avec les muets. Regardez ailleurs, les Barack Obama, Sarkozy ou Chirac. D’aucuns s’aventurent même à dire que le RDPC n’est pas un parti au pouvoir mais un parti proche du pouvoir. Lorsque vous contrôlez les municipalités, l’Assemblée Nationale et même le Senat vous êtes quoi ? Mais les magiciens et les vaudouistes vous disent le contrarie. Donc le travail de cet étudiant démontre que Cameroon-Info.Net contribue largement au rayonnement du Cameroun

© Daniel NGOH | Cameroon-Info.Net

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau