Lutte contre Boko Haram : Le rôle trouble du Nigéria

Avec la perte par l’armée d’Abudja de la base de Baga, les militaires camerounais n'ont plus en face d'eux que les terroristes de Boko Haram du lac Tchad au Mayo Tsanaga.

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Le sénateur de l’Etat du Borno au Nigéria en est encore tout amère : «A chaque fois, il y’avait une présence militaire suffisante dit-il et je ne peux accepter ni concevoir que Boko Haram soit plus équipé que nous, il y’a quelque chose qui ne va pas et qui fait que notre armée abandonne ses positions chaque fois qu’une attaque de Boko Haram se produit », s’est-il plaint chez nos confrères de Rfi après l’annonce de la prise de la base militaire de Baga, par les terroristes de Boko haram samedi dernier. Maina Ma’aj Lawan est intarissable sur la déroute de ses compatriotes.

Selon lui, les terroristes ont attaqué cette base militaire située à l’entrée de la ville de Baga le samedi 3 janvier 2014 tôt le matin. Après sept heures de combats, les militaires nigérians qui y étaient stationnés se sont enfuis avec les populations apeurées. Ils ont abandonné leur camp aux terroristes qui à partir de là ont attaqué la ville de Baga puis tous les villages environnant. L’homme politique nigérian se désole de la défection de l’armée nigériane et tire les conséquences de cette capitulation, « C'est vraiment un coup dur pour toutes les autres villes qui ne sont pas encore tombées dans la région. Cela va ébranler non seulement le moral des populations civiles, mais aussi toute l'architecture des forces de défense. D'un point de vue stratégique, il n'y a plus d'autres objectifs importants pour Boko Haram. Parce que depuis Baga, vous n'avez qu'à étendre le bras et vous êtes au Niger, vous faites un pas dans une autre direction et vous êtes au Tchad. Et vous êtes aussi à deux pas du Cameroun. C'est pourquoi ils avaient décidé de localiser la base de la force multinationale régionale dans cette ville. » Avec la prise de Baga, Boko Haram contrôle désormais toutes les bases militaires nigérianes du lac Tchad au Mayo Tsanaga. Désormais, sur ce front extrêmement complexe, les forces de défense du Cameroun ont face à elles les combattants fanatisés de la secte.

A en croire des observateurs, cette configuration n’est en rien dû au hasard. « Depuis trois ou quatre semaines, il n’y a pas eu une confrontation significative entre les Boko Haram et les militaires nigérians, », révèle ainsi un militaire camerounais engagé au front. Il ajoute que cette période correspond avec celle à peu près de l’annonce du cessez le feu avec les terroristes qu’avait faites les autorités nigérianes. Mais, après ces étonnantes annonces, Boko haram, qui ne semblait pas d’accord avec les termes de ces arrangements qui auraient eu lieu sous l’égide du gouvernement tchadien, a poursuivi de plus belle ses exactions en territoire nigérian. Des combats ont eu lieu à Chibok en novembre 2014. Le 14, les terroristes se sont emparés de la ville où ils avaient enlevés plus tôt en avril 2014 216 lycéennes.

L’armée nigériane avec une promptitude inhabituelle, les ont chassés de cette ville. Le 16 avril, on a eu l’impression de voir la vraie grande armée nigériane fer de lance de la force de l’Ecomog qui est entrée au Libéria et en Sierra Leone pour les libérer de sanglantes rébellions dans les années 1990. L’aviation et la cavalerie ont été déployées et les terroristes ont pris leurs jambes à leurs cous. Depuis qu’ils ont repris cette ville symbolique, les militaires nigérians sont rentrés dans leur morosité des mois d’aout et septembre 2014. En l’espace de deux mois des militaires nigérians ont pris la fuite avec leurs armes devant l’avancée des Boko haram sans combats. A Banki, Bama, Gwoza, Gambaru, Madagali …Ils ont vidé leurs camps, y abandonnant contrairement aux usages militaires, des armes dont des chars, des munitions et autres équipements sensibles à leurs assaillants sans essayer de les démolir comme s’ils laissaient la position à une relève. Logiquement ce type de fuite ne se décide pas par les seuls chefs militaires des unités. La décision doit en principe émaner du haut commandement mais, les nigérians au fil de cette guerre ont déjà démontré qu’ils ont un comportement particulier.

Ainsi, en fin d’année 2013, les autorités d’Abudja ont sollicité une permission de Yaoundé de poursuivre sur le sol camerounais des membres de la secte qui affirmaient-ils s’y cachaient. Paul Biya a catégoriquement refusé cela. Son homologue en a conçu un gros dépit. Il fallait en accordant le droit de poursuite des imbrications entre les deux armées. Un droit de poursuite se prépare longuement entre les deux pays. Pus vint le sommet de Paris. A cette occasion les nigérians n’ont peut-être pas eu le droit de poursuite qu’ils souhaitaient, mais sont repartis avec des résolutions de tous les Etats concernés par la menace, d’amplifier la collaboration. La guerre a été déclarée à Boko Haram à Paris. Quatre pays voisins du Nigeria ont décidé de mutualiser leurs efforts. Seulement, depuis c’est le Cameroun et le Nigéria qui sont les seuls membres de cette coalition à subir les assauts de la secte. Pis, depuis plus d’un mois, au Nigeria on ne s’occupe plus que des élections présidentielles qui doivent se dérouler le 14 février prochain. La secte, comme si elle avait enfin eu un arrangement secret avec le gouvernement nigérian a retourné tous ses canons vers le Cameroun où il ne se passe pas de jour sans qu’elle ne perpètre ou tente de faire des actes de destruction. Pourquoi ne pas demander ouvertement au Nigéria de prendre ses responsabilités en sécurisant ses frontières ?

© Le Jour : Aziz Salatou

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