LONGUÈ LONGUÈ: CHANTAL BIYA NE M'A PAS AIDÉ

 

1 1323056415 longue longue 2Du fond de sa prison, l'auteur de «Ayo Africa», «Privatisation» et «A bas Judas» n'a pas perdu de sa verve, même s'il est profondément marqué par sa privation de liberté A 41 ans, Longue Longue a, sans aucun doute, fait son examen de conscience. L'artiste-musicien, qui se présente comme «l'enfant de Dieu» n'évite aucun sujet dans les lignes qui suivent.

Reconnu coupable de viol sur mineure par la Cour d'assise du Tribunal de grande instance de Bordeaux et condamné à 8 ans de prison le 2 décembre 2011 (il a été condamné dans un premier temps à 10 ans de prison en septembre 2010), Longue Longue, de son vrai nom Simon Longkana Agno, est en détention au Centre pénitencier de Liancourt, en France. Du fond de sa prison, l'auteur de «Ayo Africa», «Privatisation» et «A bas Judas» n'a pas perdu de sa verve, même s'il est profondément marqué par sa privation de liberté A 41 ans, Longue Longue a, sans aucun doute, fait son examen de conscience. L'artiste-musicien, qui se présente comme «l'enfant de Dieu» n'évite aucun sujet dans les lignes qui suivent.

Comment se porte Longue Longue?

Je me porte bien!

Comment appréciez-vous vos conditions de détention à Paris?

Ça va. On tient le coup en espérant que bientôt on va retrouver nos proches, c'est-à-dire la famille, les amis. On supporte la peine, on n'a pas le choix. Vous savez ici, en prison, soit vous supportez, soit vous-vous suicidez.

Où en êtes-vous avec la procédure de transfèrement au Cameroun?

Ce n'est pas à moi qu'il faut poser cette question. Je vous prie de vous adresser aux autorités camerounaises.

Vous n'avez aucune idée du lieu où votre dossier se trouve?

Si, j'ai une idée. Le dossier se trouverait actuellement à la présidence de la République. On m'a dit que le ministère de la Justice n'a pas bouclé certaines formalités. Le ministère des Relations extérieures devait notifier le dossier au Quai d'Orsay. A vrai dire, je ne comprends rien. C'est depuis le 13 janvier 2014 que le dossier est à l'étude au Cameroun. Je ne sais pas si c'est la procédure qui est trop longue ou c'est la lenteur des autorités qui en est la cause. Je n'ai vraiment aucune idée. 

Certains pensent qu'il est préférable d'être en prison en France que de croupir à Kondengui ou New Bell.

A eux de penser comme ils veulent. La privation de liberté, c'est la même chose. Il n'y a pas de bonne prison. Lorsque vous êtes un bon prisonnier, que vous soyez à New Bell ou ailleurs, vous allez purger votre peine. Si vous êtes un mauvais prisonnier, les conditions de détention seront pénibles pour vous.

Avez-vous le sentiment que vos compatriotes vous ont abandonné depuis que vous êtes en prison en France?

Non, on ne m'a pas abandonné. J'ai eu le soutien de l'Etat et si l'Etat me soutient, ça veut dire que tous les Camerounais me soutiennent.

Est-ce que vous pensez à des noms précis. Vous avez souvent évoqué Chantal Biya et Samuel Eto'o Fils.

Avant de parler des individus, je vous parle d'abord du gouvernement camerounais qui m'a aidé financièrement. En fait, j'avais demandé à suivre une formation d'ingénieur de son. Ici en France, en étant en prison, on peut suivre une formation. J'ai sollicité l'Etat pour cette formation. L'Etat m'a aidé et je considère que c'est le pays qui m'a aidé.

Chantal Biya vous a-t-elle aidé?

La première dame ne m'a pas aidé. Je n'ai rien reçu d'elle. Sauf si elle a envoyé quelque chose et que ça s'est arrêté entre deux avions comme la mallette du coup de cœur des Lions Indomptables.

Et Samuel Eto'o?

Samuel Eto'o m'a beaucoup soutenu comme d'autres camerounais. Il y a le colonel Edou Motto de la Guinée Equatoriale qui m'a aidé financièrement. Ils sont nombreux. Il y a le grand humaniste «Congelcam».

En dépit de votre incarcération, vous continuez à produire?

Bien sûr, vous avez vu l'album «Ne jugez point», qui vient de sortir.

Ce titre-là s'adresse-t-il particulièrement à certaines personnes?

Non non! Longue Longue a toujours puisé son inspiration très loin. J'ai des thématiques intellectuelles. Souvenez-vous de «A bas Judas», «Privatisation», «Je ne mourrai pas» et «Demandez à Dieu».

Est-ce que le motif de votre incarcération n'a pas réduit le cercle de vos fans?

Non, non, je ne crois pas. Ce samedi [demain, ndlr] je me produis au Palais des congrès de Montreux pour un gros cachet de 2500 euros. Si ma popularité avait diminué ou si mes fans n'étaient plus nombreux, les producteurs ne seraient pas venus me voir avec un aussi gros cachet. Je vous précise que ce monsieur qui me sollicite pour le spectacle de samedi le fait par rapport à ma popularité. C'est un professionnel. Il a rempli des conditions qu'on lui a exigées. Et ce week-end, je vais me produire. La permission m'a été accordée par la Cour d'appel.

Quelle est la posture de vos collègues musiciens camerounais et d'ailleurs depuis votre détention?

Vous savez, beaucoup de musiciens ne se battent pas pour des bonnes causes. La plupart des musiciens sont des lâches, on ne va pas trouver des artistes engagés comme Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy, Youssou Ndour et Longue Longue. Ils ne sont pas solidaires. Ils passent le temps à chanter le sexe, l'amour. Le cas de Longue Longue n'est pas un cas isolé. Erico a fait un accident, il s'est retrouvé seul dans sa vie. Vous voyez beaucoup d'artistes qui meurent sans aucune mobilisation. Mais dès qu'il y a une mallette d'argent, vous les voyez courir. Dès qu'un artiste apparaît avec de l'argent, ils font tout pour le porter à la tête des sociétés de droits d'auteur, pour venir encore eux-mêmes foutre le bordel.

Avec un peu de recul, est-ce que vous ne regrettez pas les actes qui vous causent des ennuis judiciaires aujourd'hui?

Non, non, je ne regrette rien. Au contraire, au contraire. Je suis convaincu que. S’il n'y avait pas eu cette affaire je serais peut-être mort. Aujourd'hui j'ai grandi, j'ai eu beaucoup de connaissances. Franchement, je pense que si je n'avais eu ces problèmes, je ne serais plus en vie. Ce problème m'a épargné de beaucoup de choses. La preuve, depuis que je suis en prison, j'ai eu des mandats de plus de 100 000 euros. J'ai payé plus de 42 000 euros de partie civile et plus 1000 euros ne sont pas sortis de ma poche. J'ai eu beaucoup de soutiens et d'aides d'amis et des autorités camerounaises. Mon album «kirikou» a permis de construire un immeuble de plus de 150 000 euros, Donc je ne regrette rien, rien du tout.

Est-ce que vous reconnaissez l'acte que votre ex, Chantal Mbassi, vous reproche ou vous persistez à le nier en bloc?

Non, je suis innocent à 100%. Je suis innocent. Vous savez, pour une procédure criminelle ici en France, on ne vous libère pas au bout de trois mois. Vous avez vu en 2005 lorsqu'on m'a interpellé, au bout de trois mois, la juge m'a libéré parce qu'elle avait plus d'un doute. Alors que le minimum en matière de peine en matière criminelle est d'un an. J'ai été en situation irrégulière en 2005, je l'ai toujours été, je n'ai jamais eu des papiers en France, je me suis marié pour avoir des papiers. Malheureusement, ces papiers je ne les ai pas eus. Voilà ! Le juge m'a libéré en 2005 parce que le dossier était vide, il n'y avait que des contradictions. Après 55 mois de contrôle judiciaire que j'ai respecté, on m'a jugé, condamné et la cour, la chambre d'instruction m'a libéré eu bout de quatre mois. Imaginez quelqu'un qu'on condamne à dix ans. Quatre mois et dix jours après, on le libère, ça veut tout dire. Un juge de la chambre d'instruction s'est ouvert à mon avocat pour lui dire qu'il y a un doute dans cette affaire.

J'insiste ! Êtes-vous prêt pour une médiation avec la dame qui est à l'origine de vos malheurs?

Non non! Médiation par rapport à quoi ? On fait une médiation lorsqu'on se reproche quelque chose. C'est vrai qu'on dit qu'un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès. Moi, je ne suis jamais entré dans cette affaire. La justice française m'a remis mon passeport. J'aurais pu rester au Cameroun. Je suis revenu de mon propre gré parce que je veux que la lumière soit faite sur cette affaire. Et un jour, la lumière sera faite. Je vais vous dire que ce n'est pas parce que je suis incarcéré que cette dame va penser qu'elle a gagné la partie. Sachez que même dehors il y a des prisonniers. Prisonniers de.. 1'échec social, prisonniers de la maladie, prisonniers de la pauvreté. La vraie prison, c'est la prison morale!

Est-ce que vous ne regrettez pas votre retour en France, alors que vous jouissiez de la liberté conditionnelle au Cameroun. Il se dit que c'est un certain pasteur qui vous induit en erreur.

Non, jamais. Tsala Essomba ne m'a pas demandé de rentrer en France. Non, je suis venu de mon propre gré parce que je ne me reproche de rien. C'est vrai que plusieurs personnes m'ont conseillé d'aller voir des marabouts au Benin, de voir de pasteurs. Des personnes m'ont garanti leur protection au Cameroun, mais j'ai fait mon choix. Celui de regagner la France. Je ne regrette rien. Même si je risquais la peine de mort, je serais venu.

Un dernier mot pour vos fans et vos ennemis

Je sortirai un autre album d'ici la fin du mois d'août. Merci à tous pour le soutien.

 www.cameroon-infos.net

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Date de dernière mise à jour : 12/08/2014