Libération de Michel Thierry Atangana: Paul Biya a cédé aux pressions de la France

L'intervention de la France en faits et en dates.

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 Francois Hollande et Paul Biya (Archives) Photo: © PRC

«Humanisme et générosité». Voilà les deux mots qui auraient inspiré «la magnanimité du Président Paul Biya» à l'égard de Michel Thierry Atangana et Titus Edzoa, libérés le 24 février dernier après 17 ans de prison. À ceux qui évoquent «des pressions internationales»... de la France, le Ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary brandit un troisième mot, «souveraineté». «Aucun État, donc, en application de cette disposition, ne peut se permettre d'exercer la moindre influence sur le Cameroun», soutient Issa Tchiroma Bakary. Depuis lundi dernier, le quotidien gouvernemental, Cameroon Tribune, publie une série d'articles qui abondent dans le sens du Mincom «afin d'apporter un éclairage utile face à la campagne de désinformation, voire d'intoxication de l'opinion publique en cours». Et pourtant il y a des actions de lobbying avérées de la part des Français.

La déclaration de Bruno Gain

Le 5 octobre 2012, au lendemain de la deuxième condamnation à 20 ans de prison de Michel Thierry Atangana infligée par le Tribunal de grande instance du Mfoundi, l'ambassadeur de France au Cameroun, Bruno Gain fait une déclaration. «J'ai pris connaissance avec déception du jugement rendu hier 4 octobre dans l'affaire opposant notre compatriote Michel Thierry Atangana à l'Etat du Cameroun. Tout en suivant avec une extrême vigilance la situation de M. Atangana, la France n'a bien entendu nulle l'intention de s'ingérer dans ce processus judiciaire. Qu'il me soit néanmoins permis d'observer que la peine infligée à M. Atangana est particulièrement lourde. (...) Une durée aussi longue est de nature à briser le plus résistant des hommes. Les autorités camerounaises disposent de bases juridiques qui leur permettraient de faire preuve de clémence à l'égard d'un justiciables, qui a déjà largement payé sa dette vis-à-vis de la société.

27 novembre 2012, l'ambassadeur français des Droits de l'homme, François Zimeray, débarque au Cameroun. Il est venu rencontrer Michel Thierry Atangana. «Je n'ai pu voir de mes yeux la cellule de M. Atangana. Des éléments de la gendarmerie m'en ont fermement empêché. Et pourtant je suis au Cameroun dans le cadre d'une mission d'assistance consulaire à mes compatriotes en détentions. Je souhaite que Mme la consule ait plus de chance pour accéder à cette cellule. Car, notre mission d'assistance consiste à s'assurer des conditions de détention, de la régularité des procédures et du respect des droits de la défense. Ce que je viens de voir ne me laisse pas intact. Il s'agit bien de l'enfer vécu. Il faut comprendre pourquoi Michel Thierry Atangana m'a dit, je suis ici pour mourir. C'est une affaire qui est très suivie en France, ne serait-ce que parce qu'elle concerne un compatriote. Je pense que ma présence ici a valeur de message», confiait François Zimeray avant son retour en France le 28 novembre.

La lettre de Hollande à Atangana

Deux mois plus tard, 21 janvier 2013, François Hollande écrit lui-même à Michel Thierry Atangana alors incarcéré au Sed. «La lettre que vous m'avez récemment adressée exprime une détresse à laquelle je suis sensible. Quels que soient les crimes que vous avez commis, la peine qui vous a été infligée le 4 octobre dernier est particulièrement lourde, alors que vous aviez déjà purgé une peine d'emprisonnement de 15 ans. Dans le contexte des relations denses qu'entretiennent nos deux pays, la France continuera de faire valoir au Cameroun le prix qu'elle attache à ce que votre cas bénéficie d'une attention particulière, en vue d'une issue rapide. Cette préoccupation sera exprimée- à tous les niveaux opportuns. Moi-même je ne manquerai pas, lors de mes prochains contacts avec mon homologue camerounais, de lui dire à nouveau l'importance que j'attache à ce que votre cas fasse rapidement l'objet d'un traitement équitable». François Hollande y est allé sans détours.

La lettre de Hollande à Biya

Un mois passé. Le 26 février 2013, les avocats français de Michel Thierry Atangana saisissent le groupe de travail du Haut-commissariat pour les droits de l'Homme des Nations unies. Puis le dossier semble connaitre un long silence. Le 17 décembre 2013, la Cour suprême confirme les 20 ans de prison infligés à Titus Edzoa et Michel Thierry. Atangana. A la suite de cette sentence, à la première semaine de janvier 2014, François Hollande écrit au Président Paul Biya. La correspondance est restée secrète. Toutefois, nos sources qui ont reçu copie de la lettre font tout de même savoir que «Hollande interpellait à nouveau le Chef de l'Etat sur le cas de Michel Thierry Atangana». Le 28 janvier 2014, les avocats camerounais de Michel Thierry Atangana sont reçus par Hélène Le Gral, conseillère Afrique de François Hollande. L'entretien se passe au bureau de la diplomate-française situé au 2, rue de l'Élysée - adresse «africaine». Dès lors, le dossier connait un coup d'accélérateur.

L'intervention de l'Onu

6 février 2014. L'Onu répond à la requête des avocats de Michel Thierry Atangana. Elle recommande aux autorités camerounaises de «procéder à la libération immédiate de M. Michel Thierry Atangana» et de lui verser «une indemnisation préparatoire des préjudices causés par sa privation de liberté depuis le 12 mai 1997». 18 jours après, Michel Thierry Atangana est libéré.

Rencontre d'Atangana avec Hollande

A sa sortie de prison, Michel Thierry Atangana est installé à l'ambassade de France où il reste retranché pendant quatre jours. A son départ du Cameroun le 27 février dernier, le colonel Christian Janus, chef de la sécurité de l'ambassade de France, est aperçu aux côtés de l'ex-prisonnier à l'aéroport international de Nsimalen. Michel Thierry Atangana embarque avec son avocat Me Keou et son notaire Me Fotso.

A leur arrivée à Paris le 28 janvier au matin, ils sont récupérés dans l'avion par le protocole du Quai d'Orsay (Ministère français des Affaires étrangères). Ils sont conduits au salon d'honneur de l'aéroport où ils ont été accueillis par Hélène Counway Mouret, Ministre des Français de l'étranger. «Je vous accueille au nom du Chef de l'Etat et du gouvernement français», leur dit la Ministre. Depuis qu'il est retourné en France, Michel Thierry Atangana est logé dans un hôtel payé par le gouvernement français, en attendant les résultats de ses examens médicaux. Le 5 mars dernier, lors d'un dîner offert à Paris par le Conseil représentatif des institutions juives (Crif), Michel Thierry Atangana a eu un entretien avec François Hollande.

© Eitel Elessa Mbassi | Le Jour

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