Lettre ouverte au Président de la République sur les crimes rituels de Mimboman

Monsieur le Président,

Depuis le mois de novembre 2012, des crimes qualifiés de rituels sont perpétrés dans l’étendu du territoire national. A Yaoundé la capitale politique, les populations dans les rues ne parlent que des crimes de Mimboman. C’est le sujet far des médias en ce moment. Les populations sont scotchées sur leurs postes de radio, de télévision et même sur les journaux à l’attente d’une information sur les nouvelles victimes.

Elles sont déjà au nombre de 18 dans le seul quartier de Mimboman. Dix-huit jeunes filles de nationalité camerounaise âgées entre 16 et 25 ans ont déjà été retrouvées violées, battues, décapitées, tuées et dépourvues de certains organes. Notamment, la langue, les parties génitales, les yeux, les cheveux, les seins : à chaque corps sa spécificité. Dix-huit jeunes filles dont les crimes sont dus à l’insécurité, au désenclavement de cette partie de la ville.

Parmi les victimes, ma sœur cadette Claude Michèle Mballa Mvogo, élève en classe de Tle A4 au Lycée Bilingue de Yaoundé. Elle était âgée de 17 ans. Elle était la septième victime retrouvée de cette tragédie. Elle ne serait pas morte si après la découverte des premiers corps, les forces de sécurité, ou mieux, l’Etat avait pris la situation au sérieux. Les onze victimes qui s’en sont suivies non plus.

 

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Mais Hélas ! Elles n’ont pas eu la chance d’être protégées par l’Etat de leur propre pays ? Dès sa disparition, le samedi 05 janvier à 14h 30 min, nous nous sommes rapprochés de la brigade de gendarmerie de Nkoabang qui est sensée être compétente. Mais le dossier a tout de suite été classé. Aucune question ne nous a été posée sur sa disparition. Le mardi 08 janvier, lorsque nous retrouvons le corps de Michèle sans vie et en décomposition avancée au quartier Biteng, la brigade n’est même pas au courant.

En ce moment, les populations de cette partie de la ville vivent dans une psychose totale se demandant à qui le tour ? Certains parents interdisent à leurs enfants d’aller à l’école. Dans certains domiciles, le couvre-feu est fixé à 17h même si certaines victimes ont été enlevées entre 11h et 17h. Selon certaines informations, les enfants sont enlevés par des conducteurs de Moto-taxi : le seul moyen de transport disponible à certains coins du quartier. Ce, à cause du très mauvais état des routes qui ne permet pas aux véhicules de transports de desservir la zone.

Monsieur le Président de la République, dans une telle situation, vers qui doivent se tourner les populations? Qui doit protéger les populations ? Comment doivent-elles se protéger ? Doivent-elles finalement avoir revoir à la justice populaire ? Doivent-elles abandonner leurs domiciles ? Doit-on attendre que l’enfant d’un membre du gouvernement ou d’une quelconque autorité soit victime pour procéder à une intervention rapide ? Ce sont autant de questions que la population se pose aujourd’hui. En février 2008, lorsque de jeunes camerounais sont allés dans les rues pour dénoncer les conditions de vie de plus en plus difficiles, c’est le BIR qui a été envoyé pour les tuer. Lorsque des travailleurs organisent des marches pour revendiquer des arriérés de salaire, des bataillons de police et de gendarmerie sont déployés sur les lieux. Mais lorsque des enfants innocents et sans aucune défense sont tués de la pire des manières en pleine cité capitale, c’est le silence totale. Aucune patrouille de police pour assurer la sécurité des populations, aucune autorité administrative n’est descendue sur le terrain. Est-ce parce qu’ils sont pour issus de la basse classe sociale ? Faut-il croire que l’Etat du Cameroun se fait complice de ces crimes? Claude Michèle et les 17 autres jeunes filles sont déjà mortes. D’autres enfants cette fois de sexe masculin, âgés entre 04 et 12 ans sont enlevés dans ce même quartier de Mimboman. Il faut que cela cesse. Et c’est votre responsabilité.

Par Débora Ngo Tonye, Epse Mvaebeme Journaliste

© journalducameroun.com

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Date de dernière mise à jour : 03/02/2013