LES RÉVÉLATIONS DE JEAN BRUNO TAGNE SUR LA DÉBÂCLE DES LIONS

TagneInvité sur une chaîne privée camerounaise, le journaliste du quotidien le Jour, s’est livré à profusion, et est revenu sur les incongruités qui ont accompagné l’équipe nationale au Brésil. Primes de match. Joueurs blessés. Suite interminable de représentants du gouvernement. Lutte d’influence entre les personnes en charge du football. Soupçon de corruption. Pour le journaliste Jean Bruno Tagne, la mauvaise prestation des lions, une de plus, à ce mondial Brésil 2014 est symptomatique de l’état d’esprit de nos gouvernants. Et ce n’est pas seulement l’équipe fanion qui a été humiliée aux yeux du monde, mais tout le Cameroun avec.

Prime de Match

D’après Jean Bruno Tagne, c’est en Autriche, après le match contre l’Allemagne que les joueurs par la voix de leur capitaine Samuel Eto’o, auraient exigé que leurs primes leur soient versées, avant le départ pour le Brésil. Une Prime qui devait s’élever à 150 millions par joueur selon notre confrère. Dans un premier temps, les autorités proposent aux joueurs de revenir au Cameroun, livrer un dernier mach amical contre la Moldavie. Ladite rencontre amicale, match d’au revoir prévu comme à l’accoutumée dans la cuvette de Fandena, et suivi en direct par des millions de camerounais, visait à renforcer la confiance entre les joueurs et le peuple

Mais, les coéquipiers de Samuel Eto’o n’auraient pas accepté de livrer ce match, tant que la question des primes n’étaient pas encore réglées. Du côté du gouvernement, on se défendait de ne pas être, en possession des 4 milliards F Cfa alloués par la Fifa. Somme représentant les frais de participation à une phase finale d’une coupe du monde. La réponse fâche les joueurs, qui durcissent alors le ton et menacent de boycotter le match contre la Moldavie à Yaoundé. Des nouvelles négociations ont lieu entre le capitaine et les autorités, qui proposent de verser à chaque joueur 50 millions F Cfa.

Refus de prendre le drapeau

Jean Bruno Tagne explique, que selon les informations qu’il a pu glaner auprès des joueurs, ces derniers ignoraient la cérémonie protocolaire de la remise du drapeau par un membre du gouvernement. Faux, rétorquent les autorités. Les joueurs avaient bel et bien été avertis, que pareille cérémonie allait se tenir. D’où la présence du premier ministre et de son gouvernement à la tribune présidentielle. Au coup de sifflet final, sanctionnant la fin de la rencontre, le drapeau est remis au premier ministre, qui doit ensuite le confier au capitaine de l’équipe camerounaise. Mais les joueurs, quittent résolument le stade, sans accorder une plus grande importance au dispositif protocolaire qui s’est mis en place pour la remise du drapeau. Obligeant de ce fait, Philemon Yang à remettre l’emblème du Cameroun, au sélectionneur allemand, Volke Finke.

Devant la gravité de l’acte des Lions, Joseph Owona, en sa qualité de président de normalisation de la Fecafoot, convoque une réunion de crise, et propose que des sanctions soient prises séance tenante, contre trois joueurs. A savoir, Samuel Eto’o, Jean II Makoun, et Pierre Wembo, qui seraient à la tête de la grogne. Une suggestion qui trouve l’adhésion d’une partie des membres du gouvernement, alors que l’autre pense, que pareille décision, aurait des effets pervers sur la suite de la compétition. Il faut craindre que le pays ne soit déstabilisé, argue-t-on.

Les lions ratent leur envol Les 23 sélectionnés ne s’entraînent plus. Confinés dans leur chambre à l’hôtel Mont Febé, ils demandent toujours, que leur soit versée, la totalité de leur prime avant que d’embarquer pour le Brésil. C’est ici, que le cabinet civil va entrer en scène. Des injonctions sont venues de la présidence. Il faut payer les joueurs. Un représentant du ministère des Finances se présente alors à l’hôtel Mont Febé. Dans sa mallette, près d’un milliard F Cfa en liquide. Il a été chargé de reverser à chaque joueur, la somme de 50 millions Fcfa. C’en est trop pour les coéquipiers de Samuel Eto’o, qui vont définitivement quitter leur résidence au Mont Febé, et rentrer pour certains, en famille.

Devant le refus des joueurs de prendre la somme qui leur est proposée, le représentant du ministère des Finances s’en ira reverser lesdites sommes, au trésor public. La tension monte entre les belligérants. Les milliers de supporters qui convergent à l’aéroport sont ahuris. Jusqu’à 23 h, heure prévue pour le départ au Brésil, nulle trace des lions à l’aéroport international de Nsimalen. Du côté du ministère des Sports, comme pour le Comité de normalisation, c’est le branle bas total.

Et une fois de plus le cabinet civil est obligé d’apporter son arbitrage. Les doléances des joueurs doivent être prises en compte, pense-t-on du côté de la Présidence de la République. Il faut donc satisfaire les joueurs. Les Lions ont fini par s’accorder sur 56 millions Fcfa. Dimanche, à tire exceptionnel, le trésor public est ouvert. Et les joueurs payés.

Les blessés

Après le stage, et les matchs amicaux livrés par l’équipe du Cameroun, un rapport final des médecins de l’équipe nationale est remis à l’entraîneur Volke Finke. Parmi les joueurs présélectionnés, il y aurait de nombreux blessés. Le rapport dit, que Armel Kana Biyick, Jean II Makoun, Aurélien Chedjou et Samuel Eto’o ne sont pas à 100% de leur potentiel, car physiquement diminués. Le capitaine, traine depuis Chelsea, un problème de genoux. Alors que les trois autres souffrent de blessures diverses. Le rapport médical dit également, que les quatre devraient être éloignés des stades pendant au moins deux semaines. Si pour le staff technique, l’équipe peut se passer des trois autres joueurs, il leur semble impossible d’embarquer pour le Brésil, sans le capitaine des Lions. Au final, seul Armel Kana Biyick est prié de faire ses valises. Les autres sont retenus.

Ambiance dans la tanière Réglé donc le problème des primes, les lions qui accusent du retard dans le programme d’entrainement, doivent se remettre au travail. Jean Bruno Tagne raconte, que les joueurs étaient harcelés par les officiels. Qui pour demander de l’argent à un tel, qui pour avoir un maillot de son joueur préféré, qui pour arracher un autographe, ou à défaut, le contact d’un tel joueur.

Dans le même temps, la forte délégation qui accompagnait l’équipe fanion était composée essentielle de bureaucrates. Car en plus des représentants du ministère des Sports, et de la Fecafoot, il y avait des représentants du Sénat, du Conseil économique et social, du cabinet civil etc... Lesquels représentants ont effectué le voyage avec femmes et enfants. Toutefois malgré la forte délégation des hautes personnalités camerounaises supposées apporté leur soutien aux lions, le box des supporteurs camerounais était étrangement vide. La centaine de personnes dans la suite des lions, faisaient leurs emplettes, déambulaient sur les plages, se retrouvaient dans divers endroits, sauf dans les stades où se déroulaient la compétition. Pour le chroniqueur sportif, il reste à espérer que l’enquête recommandée par le Chef de l’Etat, mettra en lumière tous les acteurs de cette mésaventure afin que les responsabilités des uns et des autres soient établies.

© camer.be : Flore Honga

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