Les hôpitaux camerounais sont plus malades que les patients

Que de fois n'a-t-on été le témoin proche ou éloigné d'un décès qu'on attribue à une négligence médicale ou un manquement professionnel grave ? Vous êtes sans doute au courant qu'un médecin est décédé à dans la nuit du 9 au 10 janvier à l’hôpital général de Douala, suite d'une négligence médicale, parce que les médecins demandaient l'argent avant tout traitement. Vous voyez là, un médecin qui  a fuit l'hôpital où il travaille pour aller se  faire soigner ailleurs.

 

Ce n’est un secret pour personne encore moins une hypocrisie pour un touriste qui arrive pour la première fois au Cameroun. L’état désastreux de certains de nos hôpitaux et de nos dispensaires constitue l’une des causes de la grande mortalité au Cameroun, en passant par le manque des appareils médicaux fiables, la qualité douteuse des médicaments souvent prescrits par les médecins, l’accueil dans les services hospitaliers etc. .

Le premier contact du patient avec l’hôpital ne se passe pas toujours dans de bonnes conditions. Les visages crispés des infirmières et des comportements frisant le mépris sont servis la plupart du temps aux malades. Pour un moindre service, il faut corrompre, du vigile jusqu’au vendeur du ticket d’accès, tout se « négocie ».

Dans les campagnes et même dans certaines de nos cités, on découvre la précarité, la misère et la saleté. Si ce n’est pas de l’eau potable  qui fait défaut, ce sera le manque d’électricité.

A Douala par exemple, on a  peu de lits dans les hôpitaux publics. Ainsi, les malades sont choisis par degrés divers. Les malades se plaignent des discriminations et des attitudes pas toujours avenantes. " Lorsque le patient arrive on ouvre un dossier. Si le cas est urgent, il bénéficie d’un pack en deuxième intention, mais en réalité, il n’y a pas de pack aux urgences et les familles doivent s’en charger. Pour les plus démunis, on se débrouille ", lance une infirmière.

A Ngaoundal, on crie au manque de personnel. Le constat s’étend à la quasi totalité des formations sanitaires publiques et privées du Cameroun : les personnel manquent, et les malades abondent. Pourtant, les problèmes responsables de cette crise sont connus.

De récentes statistiques font état d’une répartition de 2 médecins pour 1000 camerounais. Cette statistique bien que déjà insoutenable sur le papier, prend une portée plus terrifiante sur le terrain, qu’on soit en zone rurale ou en zone urbaine, dans des établissements publics ou en clientèle privée.

De nombreux hôpitaux publics du Cameroun sont touchés par le départ des médecins et autres spécialistes de soins de santé qui vont vers le secteur privé local ou les bureaux des organisations internationales, installés en Afrique, qui offrent des salaires plus attractifs. D`autres encore préfèrent aller vers l`Europe et les Etats-Unis d`Amérique où, selon eux, ils pourraient trouver de meilleures conditions de travail.

Vous n’avez sûrement jamais été dans une salle d’hospitalisation au Cameroun, à contempler les gestes d’un malade qui se nettoie le cul après s’être soulagé dans un seau fermé et dissimulé sous son lit. Ça ne prête aucunement à rire, mais, posez vous la question sur son geste. Il vous répondra que les toilettes ne fonctionnent plus depuis belle lurette et que l'eau du robinet ne coule plus.

Malheureusement, ce sont les malades qui font les frais de ces manquements dans nos formations sanitaires. A regarder de près les souffrances que les patients endurent dans nos hôpitaux, on a l’impression de l’inexistence de l’Etat. 

Les personnels hospitaliers, à cause de la misère,  sont devenus des caricatures : paresseux, négligents et résolument vénaux, comme si être malade suppose forcément que le patient possède tout-à-coup, des millions à jeter par la fenêtre. Au Cameroun, si tu es malade et que tu n’as pas l’argent, tu meurs

Les sept  hôpitaux nationaux, les plus équipés du pays, et considérés comme des centres de référence, sont concentrés à Yaoundé et Douala , les deux plus grandes villes du pays pendant que les autres villes continuent  à s’accrocher à des bâtiments coloniaux  avec des équipements approximatifs.

Le paludisme tue ainsi que les maladies liées à l’infection au Vih, à la tuberculose, à l’hypertension etc.… Le sida continue sa triste besogne pendant que les ARV sont détournés au niveau du service du ministère de la santé public qui s’occupe de sa distribution dans l’arrière pays. Jour comme nuit, on ne cesse d’enterrer dans nos cimetières à cause de la misère, des erreurs médicales, des manques de soins appropriés etc. Un hôpital n’est quand même pas un camp d’extermination...

Comment comprendre qu'un simple mal de tête puisse amener quelqu'un à la morgue, quelques heures à peine avoir été conduit dans l'un des hôpitaux qu'on cite comme  de référence au Cameroun?

Certains de nos hôpitaux emprisonnent même les patients.... Tout simplement parce qu'ils n'ont pu solder une dette, après avoir reçu des soins

Dans les campagnes, les hôpitaux très sales ne sont que des salles de transit pour la mort donnant ainsi l’image triste d’un pays malade. Comment se faire hospitaliser par exemple à l’hôpital de district de Bonassama quand il n’y a pas de lit, de matelas dans les chambres d’hospitalisation ? Comment parvenir à acheter les médicaments quand on les retrouvent quelques fois à des prix exorbitants ? Sommes nous en train de vivre dans un pays devenu le berceau de la mort ?

© Camer.be : Hugues SEUMO

 

 

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