LE FINANCEMENT DE LA GUERRE CONTRE BOKO HARAM EN QUESTIONS

AmadouEn déclarant la guerre contre la nébuleuse secte islamiste Boko Haram, Paul Biya sait très bien qu’il s’agit d’un affrontement qui pourrait bien durer. Et d’une guerre qui demande des moyens colossaux. Si l’on est en droit dans l’opinion de s’interroger d’où viendront les financements de cette guerre, l’autre question est de savoir si le chef de l’Etat va finalement demander « un effort de guerre » aux Camerounais.

Yaoundé, ministère délégué à la présidence de la République, chargé de la Défense. Ces derniers jours, l’accès à ce département ministériel est ouvert. Étonnamment en ce temps où la sécurité nationale semble effarée. Les visiteurs qui se présentent à la guérite principale ne sont plus enregistrés comme il y a quelques semaines. Cependant, des sentinelles à l’entrée du grand portail filtrent les voitures qui pénètrent dans ce domaine militaire. Il faut signaler où on veut aller, et on vous laisse passer. « Il s’agit quand même du ministère de la Défense. Tous ceux qui entrent dans l’enceinte du Mindef sont sous contrôle. Nous sommes dans une administration militaire, c’est vrai. Mais il s’agit bien d’un service public. Les usagers arrivent et sont accueillis en toute sécurité. Ce n’est pas une caserne militaire ici», explique un officier.

En fait, au Mindef règne un calme impressionnant. Il n’y a pas d’agitations particulières. Les hommes en tenue, hauts gradés de notre armée comme simples hommes de troupes, vont et viennent, et se croisent dans les couloirs comme dans les bureaux. Depuis que le chef de l’Etat, chef suprême des armées, s’est exprimé samedi dernier avant de s’envoler pour les Etats-Unis en disant, « Le Boko Haram ne va pas dépasser le Cameroun », l’option présidentielle semble assimilée ici. Un haut gradé explique : «le président s’est voulu rassurant vis-à-vis de son peuple. En tant que chef suprême des forces armées, il redonne ainsi du tonus non seulement aux troupes qui se battent sur le terrain dans cette guerre que l’ennemi Boko Haram est en train de faire au Cameroun, mais aussi à l’ensemble des forces de défense. Les troupes ont reçu et compris le message. Le haut commandement aussi. Et la détermination générale de l’ensemble des forces de défense est totale dans cette guerre. Le peuple est avec nous. Nous vaincrons Boko Haram».

Vaincre Boko Haram ? Pourquoi pas…Dans l’esprit de nos forces de défense, la réponse n’est plus de savoir comment venir à bout des criminels de la secte islamiste. Ces derniers jours, le ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o, a tenu des réunions. Comme on peut logiquement l’imaginer, il s’est certainement agi des réunions de stratégies.

Quid du commandement opérationnel ?

Selon des sources militaires, de manière générale, toutes les frontières camerounaises font bien l’objet d’une stricte surveillance par nos forces de défense. Dans les zones sensibles, la présence quasi permanente du Bataillon d’intervention rapide (Bir) notamment dans la région de l’Extrême-Nord, où sévissaient autrefois les coupeurs de route, et qui aujourd’hui connait des incursions criminelles et meurtrières des terroristes islamistes, fait partie en réalité, selon des sources militaires, des dispositifs de surveillance de nos frontières dans cette partie du pays. Les mêmes sources précisent que, face aux différentes attaques supposées de la secte Boko Haram ces derniers mois, le Bir a reçu ce qu’on appelle en langage militaire «un ordre opératoire», qui lui a permis de mener des actions plus intensives, ceci, avec le soutien des autres unités des forces de défense nationale. C’est-à-dire que sur le plan pratique, le Bir ratisse large dans la zone où est supposée sévir l’ennemi.

En même temps, dans ses arrières, cette unité spécialisée a le soutien des autres forces de défense. Est-ce donc ce dispositif qui a fait croire à l’opinion qu’un commandement opérationnel a été mis en place dans la zone où la secte Boko Haram opère ces derniers temps? A cette question un haut gradé du Mindef contacté par Le Messager est formel : « La mise sur pied d’un Commandement opérationnel relève d’un décret du chef de l’Etat. Le dit décret entre autres donne des indications sur le territoire où va opérer le Commandement qui tient ses instructions directement du chef suprême des armées. Pour l’instant ce n’est pas le cas. Vous verrez que, dans sa dernière prise de parole après l’attaque de Kolofata, le chef de l’Etat, chef suprême des armées, a mis en confiance le chef d’état major des armées, qu’il a envoyé sur place, afin qu’il se rende compte de ce qui s’est exactement passé. Il ne faudrait pas oublier que dans le passé, le Commandement opérationnel a fait l’objet de multiples controverses dans l’exécution de ses missions. Il faut savoir ici que nous sommes en guerre comme l’a lui-même indiqué le chef des armées ».

Effort de guerre national

Tous les comptes effectués, selon la volonté de son président, le Cameroun est désormais en guerre contre la secte Boko Haram. Et toute guerre a un coût. Le pays que dirige Paul Biya qui fonctionne selon un budget programme n’avait pas au cours de la préparation du budget de l’année en cours, prévu l’entrée dans cette guerre. D’où les interrogations et les concertations qui se multiplient au sommet de l’Etat avec comme sujet, le questionnement de la problématique du financement de cette guerre, malgré l’existence des fonds de souveraineté. Des sources bien introduites signalent notamment une réunion qui aurait été présidée au secrétariat général de la présidence de la République par le maître des lieux, et qui a regroupé bon nombre de directeurs généraux des sociétés d’Etat, et dont l’ordre du jour aurait porté vraisemblablement sur «l’effort de guerre» (parlons de contributions) que chacune desdites sociétés d’Etat devrait apporter pour la bataille contre Boko Haram. En attendant la confirmation officielle, il y a lieu de savoir que la guerre contre Boko Haram que le chef de l’Etat vient d’engager coûtera cher. Pourvu que « l’effort de guerre » ne prenne pas des allures et la destination des sommes engrangées par « le coup de cœur » pour la World cup 94. Les mêmes causes pouvant produire les mêmes effets. © Jean François CHANNON | Le Messager

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