LE CAMEROUN EST-IL TOUJOURS EN ODEUR DE SAINTETÉ AU VATICAN ?

papes-rencontre2.jpgLa perfection spirituelle ne semble pas être actuellement ce qui caractérise la foi catholique dans notre pays. On comprend qu’il soit utile pour le Chef de l’État camerounais de se rendre près du Saint Siège pour en aplanir les raisons. On a vu à Lampedusa, un Pape préoccupé par les victimes de l'incurie africaine. Chacune de ses sorties médiatiques est qualifiée par les observateurs comme un changement majeur dans l’approche des chrétiens et particulièrement des catholiques.

Le Cameroun qui a été choyé par les visites des prédécesseurs du Pape François va-t-il garder sa côte d’amour auprès du grand patron de la foi catholique ? L’évangile avant la doctrine. Le pape François va-t-il changer l’église catholique, tout pousse à croire que non. Le continent africain demeure avec ces 200 millions de catholiques le continent ou le catholicisme est jeune et en forte croissance.

Le Vatican lui pardonne ses imperfections qui sont largement compensés par son dynamisme et la jeunesse de son clergé qui recrute beaucoup plus qu’ailleurs, les serviteurs de l’église. Le Cameroun et l’Angola avec leurs plus de 10 millions de catholiques chacun demeurent des places fortes en Afrique qui n’ont de concurrence que le Congo démocratique malheureusement toujours en proie aux conflits avec ses 30 millions de catholiques.

Ceux qui rêvent d’un pape révolutionnaire font fausse route. Le cardinal Bergoglio n’a d’ailleurs jamais été classé comme tel. Et le pape François ne dit rien d’autre que la doctrine catholique, la plus classique lorsqu'il s’exprime. Il connaît ses sources. Lorsqu’il se prononce pour une Église miséricordieuse et ouverte à tous, il prend soin de rappeler l’attitude de Jésus avec la Samaritaine. Le pape François ne bouleversera ni les dogmes, ni la théologie du catholicisme.

Être chrétien, c’est d’abord une manière d’être.

Qu’est-ce qui est nouveau avec le pape François ? Rien sur le fond. Mais tout sur la manière. Pour lui l’église ne doit pas « être obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines à imposer avec insistance». L’église doit trouver un nouvel équilibre. Cet équilibre, c’est de mettre l’évangile en premier. Le pape François le met en lumière par son style, son expression, sa manière. Car, comme il le dit lui-même, «être chrétien, c’est d’abord une manière d’être».

La première réforme doit être celle de la manière d’être. Les ministres de l’évangile doivent être des personnes capables de réchauffer le coeur des personnes, de dialoguer et cheminer avec elles, de descendre dans leur nuit, dans leur obscurité, sans se perdre.

Le management de ces préceptes dans l’épiscopat chez nous n’est pas très sain. Père !

Piero Pioppo, le Nonce Apostolique représentant diplomatique du Saint Siège à Yaoundé risque de ravaler sa calotte tant l’église dont il a la charge de la conduite au Cameroun, dévoile à tous ceux qui veulent bien y prêter attention, son malaise et ses dissensions. Cela ne suffit pas de fustiger par des bons mots, la conduite d’un État qui se serait rendu coupable d’oublier en bordure de route les déshérités de l’insertion économique. Il faut aussi faire son examen de conscience face aux mêmes critiques d’abandon que les foules chrétiennes adressent à leurs prélats. Critiqués pour leur amour de la dorure, du bon soin et de la fréquentation assidue des aires du pouvoir.

Une attitude qui les détachent complètement de l’aumônerie vis-à-vis des plus faibles, une multitude qui grossi chaque jour les rangs des nouvelles églises dites du réveil. Le catholicisme au Cameroun est la religion qui ressemble le plus dans sa gouvernance ecclésiale, à la conduite de l’Etat central par les responsables politiques. Les enjeux de pouvoir y ont pris une place prépondérante à telle point que le gouvernement de l’église par son clergé n’est plus qu’une vaste compétition pour des places d’honneur et des avantages. Où les uns et les autres se livrent à des batailles de positionnement et cooptation qui finissent par des affrontements tribalistes, de la prévarication, du favoritisme et toutes formes d’abus d’autorité. Ceux qui en sont victimes ne pouvant faire valoir leurs droits quand ils sont écartés injustement.

Il ne leur reste plus que l’étalage sur la place publique de leurs mécontentements. Des critiques acerbes qui affaiblissement encore plus l’institution. Beaucoup de prélats n’hésitent plus à prendre les médias comme témoins des dysfonctionnements majeurs qui minent le fonctionnement de leur église. Un exemple de la mésentente au somment de la hiérarchie à la conférence épiscopale du Cameroun a été le mois dernier, la publication de deux lettres pastorales différentes à la veille du démarrage de la campagne électorale pour le double scrutin du 30 septembre. Une première lettre signée par l’archevêque de Douala Monseigneur Samuel Kléda jugée peut-être trop sévère dans ses propos vis-à-vis du gouvernement, puis une seconde lettre de l’administrateur apostolique de Yaoundé Monseigneur Jean Mbarga publiée avec une formulation plus nuancée comme si elle voulait davantage plaire au pouvoir en place. Une telle cacophonie n’est pas passée inaperçue.

Quelques mois auparavant, la renonciation de l’archevêque de Yaoundé Monseigneur Tonye Bakot sur fond de dénonciations calomnieuses avait ouvert un grand malaise dans l’opinion, tant ce départ avait semblé brutal, impréparé, comme s’il était presqu’imposé à une personnalité qui d’usage n’avait pas sa langue dans la poche pour parler de son ministère et soutenir la contradiction sur ses engagements et son sacerdoce. On se demande depuis lors s’il y a un pilote en charge de la gestion de l’église catholique du Cameroun tant ses crises débordent de toute part. Le nonce apostolique lui-même est fortement interpellé par les prêtres pour son manque d’expérience sur ce poste qui est sa première affectation diplomatique, et sur ses méthodes de gouvernance inadaptées selon eux pour une église de 25 diocèses.

Le Président Biya lors de sa visite au Vatican va surement s’employer à déminer le terrain dans ses échanges avec ses interlocuteurs afin d’aider l’église catholique camerounaise à repartir du bon pied, dans les plus brefs délais, car la nation a besoin d’elle pour son rôle irremplaçable d’acteur du développement de notre pays.

© Source : The Spark

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