LE CAMEROUN DÉTENAIT-IL LE N°3 DE BOKO HARAM ?

Boko haram281211300 1Certaines sources présentent «Alhadji Moustapha» comme un des principaux responsables de la secte.

L’attaque de la brigade de gendarmerie de Kousseri dans la nuit du 04 au 05 mai 2014, par des éléments de Boko Haram, vient confirmer ce que de nombreux observateurs craignaient : à savoir que la secte dispose, ici et là, de cellules dormantes à même d’opérer avec efficacité en tout temps et en tout lieu. La maîtrise de l’environnement de la cible, le nombre d’assaillants, les armes utilisées et enfin leur capacité à se fondre dans la population sans laisser de traces, montrent le chemin parcouru par Boko Haram au Cameroun en quelques années.

L’assaut a aussi trahi la secte : pour de nombreux observateurs, Kousseri n’est plus seulement sa principale base logistique de la région. La ville, outre ces cellules dormantes, accueille aussi de grosses légumes de la secte. Sans doute pour coordonner les activités ou encore régler les factures des approvisionnements… Si la secte a pris le risque de se mouiller dans la nuit du 04 au 05 mai 2014 et s’attirer la réaction des forces camerounaises, perturbant sa principale ligne d’approvisionnement, c’est qu’elle risquait très gros en laissant Aladji Moustapha, interpellé le 03 mai 2014 par les éléments du 340eme CAC de Maltam à Zigué – Waza, entre les mains des forces de sécurité camerounaise.

La décision de le libérer ou de le neutraliser a été prise précipitamment après quelques tentatives maladroites de l’échanger contre les religieux enlevés à Tcheré. L’objectif de la secte était sans équivoque : qu’Aladji Moustapha ne parle pas. Il a certes parlé, dans la mesure ou le commandant de brigade de gendarmerie de Kousseri a clôturé son audition dans la soirée du 04 mai 2014, mais le suspect n’a pas fait de grosses révélations. Son vrai nom est jusqu’ici un mystère, pas plus qu’il n’est pas Camerounais comme le laisse croire la carte nationale d’identité saisie lors de son interpellation.

Est-il le n°3 trois opérationnel de la secte comme certaines sources crédibles le laissent aujourd’hui croire ? Ou pouvait-il par ses connaissances, mettre en danger la sécurité du leader de la secte ? Difficile de répondre à cette question avec précision. Il faudra déjà identifier formellement l’homme. Cette étape, malheureusement, va prendre quelques jours, en partie à cause des méthodes de travail des forces de sécurité camerounaises qui ne tirent pas encore totalement profit de la biométrie.

De fait, contrairement à ce qui se passe ailleurs en pareille circonstance d’insécurité, voire de mini-guérilla, les suspects ne sont pas filmés pas plus que leurs empreintes ne sont prises pour figurer dans une base de données accessible à l’ensemble des services de sécurité. Seule piste pour obtenir rapidement une photo et les empreintes d’Alhadji Moustapha : sa carte nationale d’identité. Il ne reste donc plus qu’à se fier aux données figurant sur ce document pour les obtenir dans la base de données de la société en charge de la production de la carte nationale d’identité.

En dépit de tout cela, le seul homme capable de le reconnaître rapidement est le commandant de la brigade de gendarmerie de Kousseri pour l’avoir longtemps «fixé» lors de son audition. Au Nigeria, la secte a souvent coutume de s’en prendre à ce genre de «témoin» gênant pour ne pas perturber la circulation des responsables de sa direction. Aussi, le gouvernement camerounais devrait rapidement tirer les leçons de l’attaque de Kousseri. L’une d’elle est la réponse au «traitement» des suspects interpellés en flagrant délit. Dans cette situation exceptionnelle, devrait-on les garder dans des camps militaires ou continuer à les détenir dans des brigades de gendarmerie ? Certains vont même plus loin, en suggérant que l’administration de la région passe des mains de civils aux mains des militaires…

Dans tous les cas, le gouvernement ne doit plus nier l’évidence : il ne s’agit plus d’une simple opération de maintien de l’ordre. Il s’agit aujourd’hui d’endiguer avec toutes les ressources disponibles, un cancer dépisté trop tardivement et qui se répand hélas trop vite.

© L’Oeil du Sahel : GUIBAÏ GATAMA

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