LA JEUNESSE CAMEROUNAISE FÂCHÉE AVEC L’HISTOIRE DU CAMEROUN

La jeunesse est un état, une période durant laquelle on attribue à des personnes des caractéristiques telles que la vivacité physique, l’éveil et l’esprit d’initiative. Elle est souvent associée à l’idée eleves-dehors100210300.jpgd’insouciance voire de naïveté. Cette période précède l’âge adulte, où l’on a des responsabilités, comme s’occuper d’une famille ou avoir des obligations professionnelles. On entre dans cette phase généralement entre 15 et 26 ans. Mais ces limites d’âges ne sont pas strictes, elles évoluent. Aujourd’hui les femmes poursuivent des cursus scolaires plus longs, l’âge auquel elles ont leur premier enfant est plus tardif. Elles entrent plus tard dans le monde du travail. De nombreuses femmes et hommes innovent après 30 ans. La jeunesse est donc avant tout un état d’esprit.

Sur le continent africain, et en particulier au Cameroun, il existe des domaines d’activités ou les jeunes sont très actifs. Dans tout ce qui touche le web par exemple (réseaux sociaux, blogs, sites internet, forums) ou dans l’apprentissage de langues étrangères (sans doute dans la perspective d’une expatriation). Mais il y a un domaine dans lequel on peine à les voir : l’apprentissage de l’histoire de leur pays. On voit peu de manifestations et de débats se poser sur la place publique à ce sujet. Il semblerait qu’il y ait peu d’entrain de la part de la jeunesse camerounaise à commémorer des dates qui ont fait l’histoire de ce jeune Etat. Ce sujet est pourtant crucial parce qu’il forme l’identité d’un peuple.

Le désintérêt des jeunes Camerounais pour l’histoire de leur pays En 2010 le Cameroun célébrait ses 50 ans d’indépendance, aux côté d’autres pays francophones d’Afrique subsaharienne. Il est intéressant d’observer la manière dont les jeunes camerounais ont fêté et vécu l’évènement. Leurs parents sont nés dans la période pré ou post indépendance. Ils ont nourri pendant leur jeunesse l’ambition de créer un Etat fort et de construire une nouvelle identité nationale. Ils inscrivaient leurs actions dans l’histoire.

On a fêté le cinquantenaire de l’indépendance nationale en 2010, mais seulement dans les milieux fermés. Les institutions n’ont pas réussi, ou simplement pas fait l’effort, de faire participer le peuple et plus particulièrement les jeunes dans toutes les festivités.

Des émissions ont été faites par les chaines de télévisions françaises et étrangères (ARTE, France 5, BBC). Des débats ont eu lieu. Rares sont ceux où l’on pouvait voir et entendre des jeunes s’exprimer. Cependant, peu de jeunes camerounais ignorent cette date du 1er janvier 1960, date de la proclamation de l’indépendance du pays. La vision et la réception historiques de cet évènement sont perçues très différemment selon les générations. Le jeune camerounais ne voit plus l’intérêt de célébrer cette date. Ce qui n’est pas le cas de leurs parents. Il y a peu de communication entre les premiers et les seconds.

Comme autre illustration du désintérêt de la jeunesse pour les questions historiques, il y a la célébration de la fête nationale du 20 mai qui devient de moins en moins populaire. Ses aspects festif et unificateur s’estompent au fil du temps.

En cette année 2013, un autre évènement, tout aussi important historiquement a lieu : le Cameroun célèbre les 50 ans de sa réunification, c’est-à-dire l’association dans un même Etat des deux parties du pays historiquement administrées respectivement entre 1916 et 1960/61 par la Grande Bretagne et la France. Force est de constater que l’engouement pour l’évènement reste limité à une élite qui s’octroie toutes les représentations. Le reste de la population se désintéresse de cette célébration. À force de se comporter de la sorte, les jeunes perdent toute attache à l’histoire de leur pays.

Il y a finalement très peu de moments qui unissent les jeunes au Cameroun. Si ces derniers ne se réunissent pas autour d’événements historiques, on peut s’interroger sur l’existence réelle d’une nation camerounaise. Mais il se peut que ce désintérêt des jeunes camerounais pour l’histoire de leur pays soit à mettre en rapport avec les conjonctures sociale, politique et économique du pays.

Des éclaircissements sur le désintérêt des jeunes Camerounais pour l’histoire de leur pays Les jeunes camerounais sont surtout préoccupes par des questions individuelles : la dévalorisation de leurs diplômes, la cherté de leurs études, les prix exorbitants de l’immobilier, le taux élevé du chômage, la dépravation des mœurs (prostitution, mendicité, clientélisme, prolifération de nouvelles religions, langage grossier). Le marché du travail est particulièrement difficile pour eux. Dans ce contexte, l’histoire en tant que discipline scolaire est perçue par les jeunes comme une accumulation de dates et rien de plus. « Avoir un passé en commun ne signifie pas l’avoir en partage » . Effectivement il est difficile de voir les jeunes camerounais se rassembler autour de sujet commun en rapport avec l’histoire de leur pays.

Les jeunes au Cameroun qui sont amenés à prendre les commandes des pouvoirs politique, social et économique se doivent pour cela de connaitre l’histoire du pays. Mais ils ne s’y attardent pas. Il y a au contraire une baisse de l’engagement politique des jeunes. Un article paru sur camer.be le 16 juillet 2011 explique bien ce phénomène : Mais que s’est-il passé pour que ces 20 dernières années en l’occurrence, l’on assiste de manière systématique à une "papy-risation" de tous les postes politiques et d’administration ? Aucun membre du gouvernement, aucun député, aucun directeur général de société à capitaux publics, aucun responsable de partis politiques de premier plan, y compris dans les sections des jeunes n’a moins de 35 ans (âge maximum pour être considéré comme jeune par le Conseil National de la Jeunesse). Ce constat fait il est aisé de comprendre que peu de jeunes se sentent représentés par les dirigeants et cela peut expliquer le désengagement politique de ces derniers.

Il faut prêter attention aux sujets qui construisent l’histoire et prendre le temps d’y réfléchir, car ils forment notre identité. Les jeunes au Cameroun s’en éloignent simplement parce qu’il y a un fossé qui sépare leurs préoccupations de celles des hommes politiques. Le devenir de la nation camerounaise se construit nécessairement à partir des erreurs et des bienfaits de son passé. Le Cameroun est un jeune Etat qui doit former au mieux sa population pour les défis de l’avenir et cela passe obligatoirement par des réflexions sur l’histoire du pays.

© Correspondance de : Alexandrine Bouopda Kwengoua

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