L'Opération Epervier: Hauts gradés de l'Armée et Magistrats dans le viseur

Après le test de l'équilibre régional subi avec un très grand succès, le nouveau front d'assainissement des mœurs publiques en 2013 est la perquisition systématique des casernes pour mettre fin à la légende d'impunité imposée à l'Etat par les hauts gradés de l'Armée.

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Ouverte dans la Région du Sud en 1998 avec la mise aux arrêts de Pierre Désiré Engo, la campagne du rapace des tropiques aura fini par convaincre les sceptiques. L'épervier a opéré avec précision et efficacité pour rétablir l'équilibre régional dans la répartition des coups de serres. Que ce soit en zone de forêt, en milieu de savane, la région du sahel, l'environnement littoral ou le territoire des montagnes, tous les bassins écologiques du Cameroun témoignent de la polyvalence de l'Opération Epervier. Mais parallèlement à ce principe général, certains corps de métier sont restés intouchables, voire invulnérables aux coups de harpon de l'assainissement des mœurs lancé par le Chef de l'Etat. Il s'agit des hauts gradés des Armées, lorsqu’il faut considérer que le Colonel Etondé Ekoto était respectivement mis en disponibilité et parti à la retraite au moment de son arrestation.

L'autre corps de métier qui s'exprime par l'invulnérabilité punitive pour résister aux serres du rapace est la magistrature. Mais néanmoins, avant d'en arriver là, il faut saluer au passage les performances et surtout la détermination avec laquelle l'Opération Epervier se déploie. Elle serait déjà en train de faire un état des lieux du côté du Ministère de la Défense depuis l'interpellation par la Police Judiciaire de Mbia Onguéné, le TPG de Yaoundé. L'on se souvient des magouilles et tripatouillages dans ledit Ministère, de connivence avec des puissants réseaux de mafia basés au CENADI, des ravages financiers causés au Trésor Public en 2008 avec la mise à la retraite fantaisiste du personnel militaire. Nombre de soldats encore en activité ont vu leurs salaires suspendus.

L'affaire a fait des vagues. C'est de justesse qu’Abah Abah, MINEFI en son temps, aurait échappé aux foudres des bidasses. Après son départ du MINEFI, Essimi Menye, son remplaçant, lui aussi s'est attaqué sans succès au redoutable réseau dit «Mboma». Ce réseau, apprend-on, a des ramifications très solides avec le Ministère de la Défense. La témérité d'Essimi Menye à vouloir voir clair dans ce scandale pour mieux démanteler le réseau a fini par lui coûter un sévère avertissement. Son cabinet aurait été cambriolé et le coffre-fort éventré. Selon les enquêtes ouvertes à cet effet, et dont les résultats ne seront jamais rendus publics dès lors que la grande muette y a une forte implication, les mystérieux cambrioleurs auraient emporté des centaines de millions et des documents du Ministre. Curieusement, selon la même source, ces hors-la-loi auraient pris le soin de ne pas faire violence aux lingots d'or estampillés. Or, nous savons parfaitement que non seulement le bâtiment qui loge le Ministère des Finances est sécurisé par une clôture, mais surtout est gardé par des policiers lourdement armés et, près desquels, des militaires en charge de la protection du Ministère de la Justice, voisin de celui des Finances, victime dudit vandalisme.

La présence de la police et des soldats sur les lieux dissuade toute idée de tentative de cambriolage ou de vandalisme venant d'ailleurs. Et comme si cela ne suffisait pas, la poursuite de l'Opération Epervier démarrée le 07 février pour l'année 2013 avec l'interpellation du TPG de Yaoundé, semble détenir beaucoup de secrets. Il s'agit d'une poudrière dont l'explosion imminente va, à coup sûr, dévoiler toute connexion et connivence au sujet de certains hauts gradés de nos Forces de Défense concernant le déblocage indu des frais de mission et autres émoluments perçus frauduleusement par certains magistrats militaires.

Une affaire non seulement à rebondissements pour le Tribunal Criminel Spécial, mais surtout qui doit permettre de jauger le niveau d'indépendance, d'impartialité et de crédibilité de ladite juridiction pour une justice où l'égalité de tous devant la loi pourrait enfin être une donnée d'évidence dans un Cameroun où les hauts gradés de l'Armée et les magistrats formaient une caste d'intouchables.

© Nelson Ze | Le Soir

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