Journée internationale de la liberté de la presse: La roublardise d’Issa Tchiroma Bakary à Douala

I- Foire des copains et des…

Sans tambour ni trompette, le Ministre de la Communication (Mincom) a débarqué à Douala le 2 mai 2013, pour présider la cérémonie de lancement des activités officielles de la célébration de la 20è journée mondiale de la liberté de la presse du 3 mai 2013. Une sortie solennelle en catimini. D’emblée, l’information a circulé que Issa Tchiroma Bakary venait à Douala donner une conférence de presse. Et, au bout du compte, nous nous sommes retrouvés dans une cérémonie officielle pas vraiment très courue.

issa-tchiroma-bakari4-512x384.jpg

Outre les équipes de reportages mobilisées pour la couverture de cette cérémonie, le reste des personnes étaient essentiellement constituées de membres de la délégation du Ministre et le personnel de la Délégation régionale de la communication du Littoral avec, à sa tête, Mme Michèle Ebonguè Esso, nouvellement affectée au Centre de la communication de l’Ambassade du Cameroun aux Etats-Unis. La salle de conférence du Gicam a abrité la cérémonie. Curieusement, en l’absence des véritables acteurs. Parce qu’ils n’ont pas été invités. Les cartons d’invitation censés être destinés aux patrons et responsables des rédactions des organes de presse, aux entreprises de communication et aux dirigeants des organisations syndicales et de la corporation qui se sont plutôt retrouvés dans la rue. Mieux, aux amis de la presse et de la communication du Ministre de la communication.

La famille de la presse et de la communication, qui s’est sentie exclue, n’a pas caché leur ire. Certains se sont même offusqués de cette gestion par copinage du Ministère de la Communication. Pour s’excuser, si on peut considérer que c’en était une, Issa Tchiroma Bakary a remercié la spontanéité avec laquelle les membres de la grande famille de la communication présents à cette cérémonie ont répondu présents. Une manière sibylline d’avouer l’improvisation qui a caractérisé cette organisation.

Pour agrémenter cette cérémonie, le Ministre de la Communication a prévu comme axe majeur de cette cérémonie, une conférence-débat sur le thème: «Entre liberté éditoriale et engagement citoyen: la responsabilité des médias dans le développement économique des nations». Animée par une dizaine de panélistes. Mieux, de petits coquins.., pardon, copains. Un trop plein d’intervenants, qui va conduire cette phase des échanges au bide. Rien à se mettre sous la dent. Si oui, cela a permis à certains de faire du poncepilatisme, en avouant sans sourcilier que la liberté de presse et l’indépendance éditoriale est une réalité au Cameroun.

Preuve s’il en faut que, cette cérémonie n’avait pas pour but de célébrer ces instants mémorables, commémorant l’adoption historique de la Déclaration de Windhoek à l’issue d’un séminaire de journalistes africains, organisé par l’Unesco le 3 mai 1991. Dans laquelle, il est souligné que: «La liberté de la presse n’est possible que dans un environnement médiatique indépendant, pluraliste et libre». Mais pour le Mincom, c’était une occasion de villégiature qui lui a permis de gaspiller les deniers publics en engraissant quelques copains qui l’ont soutenu lors des Etats généraux de la communication. Mais aussi de faire une démonstration de sa toute puissance sur les médias audio-visuels à capitaux privés. Qu’il a contraint à ce qu’ils en fassent une diffusion en multiplex sur les antennes nationales et internationales.

Sous peine de s’abattre sur eux, son épée de Damoclès, qu’il maintient suspendu au dessus de leur tête, à la faveur d’une tolérance administrative qu’on applique à la tête du client, dans un environnement médiatique, où ceux qui se sont conformés en payant des centaines de millions pour obtenir une pré-autorisation, pataugent avec des chaînes de télévision et de radios clandestines.

II- Diversion

Si non, comment comprendre que pour une seule célébration, trois thèmes ont été mis en valeur. A côté du thème international retenu par l’Unesco: «Parler sans crainte: assurer la liberté d’expression dans tous les médias», il y avait le thème national: «Des médias nationaux libres et responsables, leviers de croissance et acteurs du développement pour un Cameroun émergent à l’horizon 2035».

Et, enfin, le thème de la conférence-débat suscité. Non seulement ces deux thèmes sont un fourre-tout dont les exégèses du Mincom pouvaient faire l’économie, et l’exigence sacrée en communication de la concision, pour ne retenir que l’essentiel; mais encore, ils n’ont rien de commun entre eux et avec le thème international. Sinon, il se rapproche plus de celui des états généraux de la Communication de décembre 2012: «Communication comme instrument de consolidation de la paix, de l’unité et de la solidarité nationale, pour un Cameroun prospère et émergent à l’horizon 2035». Un capharnaüm qui ne permet, au bout de compte, de rien retenir. Comme l’a soutenu un homme des médias, c’est fait expressément pour éloigner les acteurs camerounais des médias et de la communication loin du thème international. Et éviter savamment de répondre à cette préoccupation internationale qui porte sur la sécurité à garantir aux journalistes sans condition à la question de l’impunité.

Ce d’autant plus que, c’est une condition préalable pour assurer la sécurité des journalistes, mais aussi pour que les crimes contre la liberté de la presse soient rapidement suivis d’une enquête minutieuse. Des interpellations qui concernent le premier chef du gouvernement camerounais. Voir la déclaration du Snjc publiée dans le cadre de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse. Parce qu’«il n’est en effet pas acceptable que malgré des lois et des textes supposés adaptés au contexte ambiant, caractérisé par une volonté plus affichée des autres pouvoirs pour une liberté d’expression des médias, les journalistes se sentent encore traqués à la suite des propos ou de (leurs) écrits», souligne Salilou Soule du bureau Afrique de la Fij à Dakar.

A ces exigences de la Communauté internationale, le gouvernement camerounais, à travers le Ministère de la Communication, n’a pas cru bon répondre. Pourtant, dans son discours, Issa Tchiroma Bakary a reconnu que, «parlant de la sécurité des journalistes, il s’agit pour l’Unesco et l’ensemble des agences du système des nations unies, ainsi que des partenaires extérieurs, d’apporter une contribution supplémentaire à la création d’un environnement de travail plus serein pour les journalistes». Et d’ajouter: «Il s’agit par ailleurs, d’amplifier les effets des mesures qui s’opposent à la violence faite aux journalistes dans l’exercice de leur métier» Laissant toute la famille de la communication présente à cette cérémonie sur sa fin, quant à ce qu’il entend poser comme acte concret pour répondre à cette exigence.

Faisant dans son discours de la politique politicienne, il va affirmer: «Le régime juridique, la jurisprudence et les pratiques quotidiennes en cours dans notre pays, accordent une place primordiale à la liberté d’expression et à la protection de ceux qui en bénéficient». Une roublardise, lorsqu’on sait que les forces de l’ordre et les services de renseignement traquent au quotidien, les journalistes pour un article et certains sont poursuivis devant les juridictions, alors que d’autres croupissent dans les prisons à la suite d’une condamnation pour d’un délit de presse. Le cas Jean Marie Tchatchouang, Directeur de publication du journal «Parole», qui séjourne à la prison centrale de Douala, à la suite d’une condamnation de deux mois d’emprisonnement ferme, en témoigne.

Et comme à l’habitude du gouvernement camerounais, il s’est contenté de faire dans le dilatoire, en annonçant dans les tous prochains jours, la mise sur pied de la Commission de suivi de la mise en œuvre des résolutions et recommandations des états généraux de la communication de 2012. De même, qu’il a annoncé que la subvention à la presse privée, sera portée cette année à environ 200 millions de FCFA. Il avait déjà annoncé cela pour celle de 2012, avant qu’elle ne soit plutôt revue à la baisse. Et qu’elle soit émaillée par un scandale de distraction d’une partie de ces fonds. Dans tous les cas, le Snjc réclame une aide à la presse privée subséquente, et décidée par le législateur.

@Aurore Plus+

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau