Iya Mohammed: La fin d’un règne de 30 ans à la Sodecoton ?

Après trois décennies, le directeur général de cette entreprise semble peut-être avoir finalement été broyé, suite à trois ans d’échanges entre ses partisans et ses détracteurs.

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Retour sur ce que l’on peut appeler « Feuilleton Iya Mohammed ». Depuis de longs mois, Iya Mohamed est régulièrement au-devant de la scène, alimentant du même coup les commentaires, des débats parfois houleux entre ses « partisans » et ses « détracteurs ». Si cet homme, la soixantaine bien sonnée, suscite autant de débats, c’est parce qu’il est le président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), sport qui est l’opium du peuple. Au sein de l’opinion, nombreux sont ceux qui ignorent que c’est depuis 1984, donc 29 ans, qu’il occupe le poste de directeur général de la Société de développement du coton (Sodecoton).

Trois décennies au bilan assez controversé, s’agissant de la gestion d’Iya Mohammed. Seulement, il aura fallu attendre ces trois dernières années pour voir certains affrontements au sujet de cette gestion. Le premier échange déclenche lorsque le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, du haut de son perchoir, va demander au vice-Premier ministre en charge de l’Agriculture et du développement rural (Minader), Jean Nkuété, de scruter de manière minutieuse « la gestion du coton camerounais ». C’était à l’ouverture de la session ordinaire de juin 2011 au Parlement.

Trois jours seulement après cette sortie, l’ouverture de la campagne agricole donne l’occasion au Minader de répondre au président de l’Assemblée nationale : la Sodecoton et le coton camerounais se portent bien. La polémique est lancée, puis très vite calmée.

Sort scellé

Le feuilleton « Iya Mohammed » n’en restera cependant pas là. Bousculé par les vives critiques de sa gestion du football, l’adepte du dicton « Le chien aboie, la caravane passe » finit par sortir de sa réserve. Pour la première fois, il parle à la presse venue en masse au conseil d’administration de la Sodecoton en avril 2012. C’est à ce moment qu’Iya Mohammed déclare aux médias que son passeport ne lui a pas été retiré. Durant quelques mois en effet, et à plusieurs reprises, une rumeur avait couru selon laquelle on lui aurait retiré ce document et l’empêché de sortir du pays.

Quoi qu’il en soit, Iya Mohammed était toujours là. Ledit conseil d’administration venait d’ailleurs d’adouber sa gestion au cours de l’exercice précédent. Tout rentrait dans l’ordre, du moins, pendant un certain temps. Car, le 27 mars 2013, il est épinglé par un rapport du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe), institution chargée d’auditer les entreprises et institutions publiques et parapubliques. Le Consupe reproche à Iya Mohammed 20 fautes de gestion, commises entre 2005 et 2010.

Le montant s’élève à plus de 9 milliards Fcfa. Le directeur général de la Sodecoton est également frappé de déchéance valant interdiction, pour une durée de sept ans, d’être responsable de l’administration ou de la gestion des services publics ou des entreprises d’Etat, à quelques titres que ce soit. Le sort d’Iya Mohammed semble scellé. Mais, il en faut plus pour inquiéter ce personnage énigmatique. Car l’homme sait jouer de son influence pour se blanchir auprès de l’opinion publique. Le 23 mai 2013, le conseil d’administration de l’entreprise étatique le félicite sur sa gestion au cours de l’exercice 2012, l’entreprise ayant fait des bénéfices de plus de 5 milliards Fcfa.

Une fois de plus, des voix s’élèvent pour condamner « l’acharnement » dont serait victime le patron de la Sodecoton. Les débats sont excités, passionnés. Mais, au final, au regard du déroulement de son interpellation au Secrétariat d’Etat à la défense (Sed) qui est identique à ceux de plusieurs autres personnes dans le cadre de l’Opération Epervier, on a bien l’impression que le règne « Iya Mohammed » est fini.

© Alain NOAH AWANA | Le Messager

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Date de dernière mise à jour : 11/06/2013