Iya Mohammed: Chronique d'une déchéance programmée

Le 29 mars dernier, l'actualité des gestionnaires publics s'est emballée avec la publication d'un communiqué musclé du Contrôle supérieur de l'Etat (Consupe), épinglant l'actuel Dg de la Sodecoton et ci-devant Président de la Fécafoot.

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Le 29 mars dernier, l'actualité des gestionnaires publics s'est emballée avec la publication d'un communiqué musclé du Contrôle supérieur de l'Etat (Consupe), épinglant l'actuel Dg de la Sodecoton et ci-devant Président de la Fécafoot. Au-delà de la publicité qui enrobe désormais les travaux du Conseil de discipline budgétaire et financière (Cdbf), c'est le personnage même de Iya Mohammed qui nourrit fantasme et controverse. Incursion au cœur d'un empire qui s'écroule.

1- Sodecoton:

Un si lourd passif 1984. Iya Mohammed est propulsé à la tête de la Sodecoton. La trentaine resplendissante, son curriculum vitae (Cv) affiche une licence en science économique que ses délateurs remettent en question. Originaire d'un petit village frontalier au Nigeria, ce jeune homme qui hérite d'une agro industrie qui compte alors parmi les mastodontes de l'économie nationale, n'a pas d'états de services connus. Par quel sortilège a-t-il pu hériter d'un poste aussi important? A son arrivée aux affaires, le coton constituait une des matières premières qui comptait dans une économie de rente, et pas trop extravertie. Ses recettes culminaient à 15% du produit intérieur brut (Pib) national. Ses produits secondaires rapportaient une plus value inestimable.

Et les petits cultivateurs traditionnels tiraient du fait de leur activité, des revenus substantiels leur permettant de vivre décemment. Pour témoigner de cette embellie, la Sodecoton est l'une des rares entreprises camerounaises, à avoir réussi à entretenir au plus haut niveau, une équipe de football semi-professionnelle (entraîneur expatrié grassement payé, joueurs salariés, complexe sportif et autres commodités...). Au plus fort du vent des privatisations, une coalition d'élites du Grand-Nord a voulu reprendre la Sodecoton à un franc symbolique. L'imposture va être démasquée nette. Mais inexorablement, l'Etat va perdre ses parts de marchés avec la montée en puissance du partenaire français Cfdt, aujourd'hui actionnaire principal. Ce qui justifie le fait que le poste de Dga et certains postes de cadres soient tenus par des français.

En près de 29 ans aux affaires, la Sodecoton était devenue son empire. Il y règne en maître absolu au point où on le dit invulnérable. Ses passages répétés à la Police judiciaire (Pj) où il a été entendu et les multiples Conseils d'administrations de crises n'ont jamais réussi à le perturber. II gardait la même candeur, le même visage impassible de ces hommes qui regarde la vie de haut, enorgueilli par le fric et le toc. Aussi, le dernier communiqué du Conseil de discipline budgétaire et financière du Consupe sonne-t-il comme le déclin de l'empire Iya. Mise à part la Sodecoton, ses jours seraient également comptés à la Fécafoot. Mais qui protège Iya?

2- Connexions

On peut l'aimer ou non, Iya Mohammed a le mérite de s'être investi à Garoua pendant les années de braises. En ces années endiablées de la décennie 90 où le Rdpc et son Président, étaient traînés dans la boue par les Issa Tchiroma et autres, Iya Mohammed était de ces citoyens qui avait le courage d'affronter l'adversité envers et contre tous. Cet engagement suffit-il à justifier sa longévité à la tête de la Sodecoton? Rien n'est moins sûr! Ce n'est que lors du dernier congrès ordinaire du Rdpc tenu en septembre 2011, qu'il entre au Comité Central comme membre suppléant.

En 1998, il hérite du prestigieux poste de Président de la Fécafoot. Il était vice-Président sous Vincent Onana, éjecté par le scandale de la billetterie à la coupe du monde de 1998. De Garoua à l'immeuble de la Fécafoot de Tsinga, Iya Mohammed va tisser sa toile. Il a les faveurs d'un autre fils de Garoua qui règne à la confédération africaine de football (Caf) depuis 1988, le bien nommé Issa Hayatou. Cette solidarité de gandoura va plonger le football camerounais dans une ambiance délétère: chantage, coup bas, insubordination, détournements, tout y passe.

Les Ministres des sports passent et trépassent. Iya Mohammed s'est constitué une cour de sbires et d'affidés. De hauts fonctionnaires de la primature et même de la Présidence de la République, sont arrosés des prébendes du football. Les contrats avec l'équipementier PUMA et une entreprise de téléphonie mobile, Mtn, pour ne pas la nommer, sont gérés dans un flou artistique savamment huilé. Les icônes du football camerounais, Bell, Milla, Eto'o... sont ridiculisés. Leur péché? Avoir osé critiquer la gestion de l'empereur Iya qui a horreur de toutes contestations. L'aventure des Lions au mondial sud africain de juin 2010, met au grand jour, les dissensions et le malaise au sein de la tanière. Iya Mohammed et tous les autres prédateurs qui gravitent autour du football camerounais seront éclaboussés par le scandale de trop perçus. Avec un courage rare, le Premier Ministre (Pm) actuel demandera de rembourser l'argent du contribuable.

Toute honte bue, ces hommes qui ont fait tant de mal au football camerounais, s’exécuteront. Jadis craints et redoutés, les Lions Indomptables ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Pourtant, la cuvée actuelle des Lions n'est pas des plus médiocres. Les Samuel Eto'o, Joël Matip, Benoit Assou Ekotto, Alexandre Song... n'ont plus rien à prouver. La mayonnaise tarde à prendre du fait d'un environnement malsain et infesté de querelles inutiles. En 15 années à la Fécafoot, Iya Mohammed a géré l'argent de deux (02) coupe du monde (2002 et 2010), dont près de 8 milliards de FCFA. Ceux qui ont visité le Ghana et la Côte d'Ivoire, ont été émerveillés par les infrastructures des fédérations qui gèrent le football. Avec le coup de pouce de Tsimi Evouna, lya Mohammed a acquis à hauteur de 200 millions de FCFA, un terrain à proximité du palais des sports de Yaoundé. Terrain sur lequel la Fécafoot se propose de construire un siège digne de ce nom. Une autre fumisterie, toujours est-il que ni les larmes de crocodiles autour de la mort de Marc Vivien Foé, dont le complexe sportif futuriste est aujourd'hui abandonné, ni le projet "Pendis" n'ont pas réussi à sortir le Cameroun de l'âge de la pierre taillée. Quarante (40) ans après l'organisation de la Coupe d'Afrique des Nations (Can) 1972, le Cameroun ne peut organiser aucun tournoi de football majeur, du fait d'un manque criard d'infrastructures.

3- Consupe: trop peu, trop tard

Les dieux sont nus! L'empire Iya vient d'être rattrapé par une gestion exécrable. Le Conseil de discipline budgétaire et financière du Consupe a passé au peigne fin la gestion de la Sodecoton de 2005 à 2009. Quid des années antérieures et même la gestion actuelle de la Sodecoton! Un regard analytique sur les premières mesures du Consupe montre l'ampleur de la forfaiture: plus de 9 milliards de FCFA en pure perte, sept (07) années de déchéance avec interdiction d'assumer de hautes fonctions publiques. Après l'attribution d'un prix de l'excellence managériale au Dg des Douanes, un soupçon de connivence avec les prévaricateurs pesait sur Henri Eyebe Ayissi, Ministre du Contrôle Supérieur de l'Etat. Dans un contexte où les régies financières constituent le plus grand terreau des distractions de fonds, ce prix ne pouvait que paraître complaisant en dépit du volontarisme de Madame le Dg des Douanes. Avec les sanctions infligées au Dg de la Sodecoton, le Consupe vient mettre fin au règne et à l'arrogance de tous ces intouchables enorgueillis par tant de forfaitures impunies.

4- Dans le viseur…

Il y a trois (03) ans, lors d'une session parlementaire de l'Assemblée nationale, le très vénérable Cavaye Yeguié Djibril tirait la sonnette d'alarme sur la décrépitude de la filière cotonnière et la gestion scabreuse de la Sodecoton. Le Président de l'Assemblée nationale (Pan) parlait peut être avec le cœur et l'expérience d'un homme qui voyait chaque jour, le train de vie des cotonculteurs décliner considérablement. Cette sortie du Pan a entraîné une levée de boucliers de la part des membres du gouvernement. Jean Nkueté alors Ministre de l'Agriculture et Luc Magloire Mbarga Atangana, le Ministre du Commerce, étaient montés au créneau pour démontrer que la Sodecoton se portait bien, ainsi que la filière cotonnière. Le Pan peut donc légitimement savourer sa revanche aujourd'hui. De sources concordantes, une suite judiciaire va être donnée à ce rapport du Consupe.

Deux fils du Grand-Nord pourraient se retrouver dans de salle draps: Iya Mohammed et Amadou Vamoulké. Enfermé dans sa tour d'ivoire, ce dernier pèche par la même arrogance, le même manque d'esprit d'initiative, et une incurie doublée d'une gabegie qui sapent chaque jour, les fondements d'un office dépassé par la concurrence. La déchéance d’Iya Mohammed est aussi un pied-de-nez à tous ces réseaux magico religieux, il est franc maçon, qui infestent les hautes sphères de l'Etat par toutes sortes de passe droits et de solidarité grégaire. 29 ans à la tête d'une entreprise, cela défie toutes les règles de management moderne, et du simple bon sens.

© Max Mpandjo | L'Indépendant

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