Interpellation de Iya Mohammed: Ambiance de deuil à Garoua

L'émoi et la panique se sont emparés des populations de la capitale du Nord Lundi.

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Beaucoup n'y croient pas encore, pourtant c'est la vérité. Et ceux qui sont informés sont sous le choc. «C'est comme si le ciel nous est tombé dessus», lâche le correspondant de l'hebdomadaire L'œil du Sahel, dans la Région du Nord. Pour un autre confrère, qui a préféré parler sous anonymat, l'arrestation d'Iya Mohammed est une mascarade montée de toutes pièces. «Je garde de cet homme l'image d'un héros, d'un travailleur. Je suis bouleversé», s'indigne ce confrère, qui ajoute qu' «au Cameroun, l'on emprisonne les travailleurs pour faire de la place aux paresseux».

Pour sa part, un responsable de la Mairie de Garoua 1er n'en revient pas toujours. L'interpellation d'Iya Mohammed l'a visiblement rendu ivre de rage. «Cette nouvelle m'a électrocuté. Elle a même empoisonné toute ma journée de travail. Je n'ai plus le cœur à l'ouvrage», se plaint-il. Dans les services du Gouverneur de la Région du Nord, le reporter bute sur des agents aux mines massacrantes. Les visages sont marqués par la tristesse. Mais il n'y a pas assez de courageux pour oser délier leurs langues. L'onde de choc est perceptible. Pour un cadre en service ici, «l'interpellation de Iya Mohammed a une cause: son argent qui a ligué de nombreux jaloux contre lui. Cet homme meurt pour son argent.

Au Cameroun, lorsque vous avez beaucoup d'argent, vous inquiétez tout le monde; même le Chef de l'Etat. Car d'aucuns vont lui dire que, fort de votre richesse, vous lorgnez son poste, même lorsque ce n’est pas le cas, vous êtes tout désignés pour la potence». A la Direction Générale de la SODECOTON, au quartier Poumpoumré, l'interpellation du Directeur Général, Iya Mohammed, fait l'effet d'un coup de massue sur les têtes de beaucoup d'employés. Visiblement, la tristesse ambiante est partagée par certains responsables de cette entreprise publique, pressentis dans le collimateur de l'Epervier.

Cependant, dans le Septentrion, c'est connu de tous, on ne pavoise pas lorsque son prochain, fût-il son ennemi, est en difficulté. Dès lors, même les adversaires du Président Iya dissimulent leur allégresse. Personne ne veut ainsi répondre aux questions du reporter, sauf cet homme, la quarantaine entamée, qui lâche furieux: «Vous avez gagné! Que voulez-vous d'autre?». Militant du SDF et non moins bouillonnant frère du Ministre de la Communication, Hassana Tchiroma ne cache pas son ire contre tous ceux qui auraient conspiré contre Iya Mohammed, notamment Roger Milla et Joseph Antoine Bell. «Ces gens-là ne sont pas plus importants que Thomas Nkono, Emmanuel Kundé, Rigobert Song ou encore François Omam Biyik. Ce dernier a inscrit le premier but du Mondial 90.

Roger Milla et Joseph Antoine Bell ont battu campagne contre leur compatriote (Issa Hayatou ; ndlr) qui briguait la présidence de la FIFA, alors que ce dernier avait reçu l'onction du Président de la République. Peut-on encore parler du respect de la parole du Chef et de l'unité nationale dans ce pays? Non, car cette unité nationale est menacée depuis quelques années», martèle Hassana Tchiroma, qui voit derrière l'arrestation de Iya un autre complot contre les ressortissants du Nord. Parlant des ministres Mbarga Mboa et Grégoire Owona, qui auraient battu campagne contre Iya Mohammed, Hassana Tchiroma observe que ces personnages font mine de servir le Chef de l'Etat alors qu'ils cherchent, à travers de basses manœuvres, à satisfaire leurs intérêts égoïstes. Et de conclure : «Ce qui arrive à Iya Mohammed aujourd'hui peut arriver à tout le monde demain».

© TÉLESPHORE MBONDO | mutations

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Date de dernière mise à jour : 12/06/2013