Inertie: Le gouvernement renvoyé à mars

Paul Biya qui annonçait des mesures urgentes pour accélérer la marche du Cameroun semble se complaire comme par le passé dans son «inertie suprême». Depuis près d’un mois, aucun conseil ministériel pour impulser et coordonner, aucune mesure forte, aucune reforme, aucune sanction.

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Et même le nouveau gouvernement attendu est annoncé pour mars… «C’est d’un véritable plan d’urgence que le Cameroun a besoin», annonçait en substance Paul Biya dans son message de à la nation le 31 décembre dernier. Près de trois semaines après cette annonce vigoureuse qui promettait des reformes novatrices et rapides dans la gouvernance du pays, on est bien forcer de noter que pour le chef de l’Etat, urgence rime si bien avec patience. Premier indicateur de l’inertie suprême, seconde nature du prince : le gouvernement attendu depuis les élections couplées du 30 septembre 2013, et qui devaient donner un second souffle et un nouvel élan à la marche de l’Etat vers l’émergence promise. Quatre mois n’ont toujours pas suffi au chef de l’Etat pour réaliser ce casting qui sortirait le pays de cette torpeur causée par l’attente.

En effet, du sommet à la base et de la capitale à l’arrière pays, la nation est dans un quasi hibernation. Les ministres attendent de savoir si oui ou non la confiance leur sera renouvelée. Les opérateurs économiques attendent de savoir qui sera leur interlocuteur. Le petit peuple, qui ne veut vivre que d’espoir veut espérer en voyant de nouveaux visages dans ce gouvernement restreint en écoutant de belles et nouvelles promesses de nouveau venu. La classe politique veut s’inspirer de ce parti pour renouveler son offre et ses critiques. Et pourtant, rien toujours ne bouge. Les camerounais s’attendaient aussi que le chef de l’Etat, qui le 31décembre dernier dénonçait le manque de coordination de son gouvernement, réunisse dès ce mois de janvier quelques conseils ministériels pour donner du rythme à son équipe, comprendre personnellement les points de blocages, orienter le travail de ses hommes et donner plus de cohérence au travail dans l’ensemble.

Non seulement il n’a pas désigné une nouvelle équipe, mais de surcroit, il ne sacrifie pas à cette tradition républicaine du conseil ministériel qui, dans tous les autres pays est hebdomadaire et donne des résultats palpables. Par exemple, si la Côte d’Ivoire atteint un taux de croissance de 9% en deux ans, c’est bien par ce que le chef de l’Etat Alassane Ouattara est personnellement au front et réunit son gouvernement tous les mercredis en conseil de ministre au palais, pour savoir personnellement et en temps réel où en est chaque grand dossier. Paul Biya qui soulève régulièrement ce problème de coordination dans les activités de la nation semble de ce point de vue être le problème. Car il aurait pu, dans l’ambiance actuelle d’attente qui bloque les activités, montrer que l’Etat ne doit pas s’arrêter parce qu’un nouveau gouvernement est attendu. opposants, même parmi les plus compréhensifs.

Pour Vincent-Sosthène Fouda, président du Mouvement Camerounais pour la social-démocratie [M.C.P.S.D] Biya aurait dû, dans l’urgence faire ce gouvernement pour à la fois réduire le nombre de ministres et mieux s`ouvrir à l`opposition significative : «Depuis la dernière consultation électorale, beaucoup de temps s’est écoulé… Cette période pouvait être considérée comme un temps de réflexion, mais aujourd’hui nous pouvons parler d’inertie et de pourrissement ! Au Cameroun, tout est arrêté. (…) Il est de notre point de vue temps de former un nouveau gouvernement resserré, gouvernement de large ouverture cependant, uni autour de deux objectifs essentiels et vitaux pour notre pays, la restauration de notre souveraineté nationale qui suppose le contrôle et la maîtrise de nos frontières mais également, la prise en mains véritable de la construction de notre pays ! »

Ces appels à l’urgence ne sont malheureusement pas entendus par le prince qui a manifestement tout un autre agenda politique, sans aucun rapport avec la prise en charge des urgences qu’il a soulevées dans son réquisitoire du 31 décembre : «Nos priorités à court terme sont connues, à savoir : redresser la courbe de notre croissance en créant des emplois et maintenir un niveau élevé de performances sur plusieurs années d’affilée. Nous devons pour cela fixer, à partir des feuilles de route, des échéances à respecter absolument. Sans doute faudra-t-il impérativement s’attaquer aux causes de nos insuffisances en supprimant les points de blocage, les zones de dispersion et les doublons».

Ceux qui avaient cru lire dans ce discours l’annonce d’un tsunami imminent qui emporterait tous les facteurs de blocage de la marche en avant du Cameroun en ont déjà pour leurs frais, mais devront encore attendre. Dans l’entourage présidentiel, on évoque de plus en plus d’un remaniement qui n’interviendrait qu’en mars au plus tôt, concomitamment avec la tenue de la session parlementaire de mars, avec la réélection d’un nouveau bureau de la chambre basse. Ceci permettrait alors au président la République (qui dans les faits désigne le président de la chambre au moyen de l’investiture au parti), de pouvoir à la fois changer la région d’affectation du poste de premier ministre (retour du poste au grand nord par exemple) et de changer enfin de président de l’Assemblée nationale.

Un tout petit calcul politicien qui, s’il était avéré, montrerait que pour le chef de l’Etat, il y a toujours loin de la coupe aux lèvres, et que ses promesses, comme disait le politicien Français n’engagent que ceux qui y croient. Car l’enthousiasme soulevé par le discours présidentiel est déjà retombé, et les sceptiques qu’il était sur le point de convertir ont déjà eu, en un mois, le temps de se réinstaller dans leurs certitudes. A savoir que certains discours prétendument musclés de Paul Biya servent plus à endormir et à duper la population, qu’à traduire sa pensée profonde

François Bambou / La nouvelle expression

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Date de dernière mise à jour : 21/01/2014