Garde présidentielle: Manipulation - Qui est derrière les «soldats patriotes»?

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C’est un bien curieux communiqué qui circule, depuis mardi dernier, dans certaines rédactions du Cameroun. Signé d'un certain «adjudant chef L. Mbida», qui se présente comme son porte-parole, il émane des «Soldats patriotes de la Gp [Garde présidentielle, Ndlr] et de la Dsp [Direction de la sécurité présidentielle, NdIr]» et même «du Bataillon d'intervention rapide (Bir).» Et ses accents n'ont rien d'un message de vœux de joyeuses fêtes de fin d'année. Bien au contraire. Tous grades confondus, ses auteurs appellent la population au soulèvement afin de les soutenir dans leur «volonté à la libérer du joug de la dictature».

Le communiqué ambitionne de faire l'inventaire des maux qui minent notre pays. Au premier rang desquels la corruption généralisée, le tribalisme, la concussion, l'inertie ou encore le manque d'eau potable et d'énergie dans les ménages. «Sur l'ensemble du territoire en général et surtout à Yaoundé la capitale à deux pas du palais d'Etoudi, les populations sont confrontées chaque jour à cette réalité de dénuement basique qui, au 21e siècle, demeure encore un réel problème de gouvernance au Cameroun (...).» Les «soldats patriotes» s'étonnent de ce qu'un élément de la protection d'un chef d'Etat, de sa famille et des institutions «soit amené à déféquer en pleine nature parce qu'il manque d'eau», que leurs enfants et épouses soient privés d'eau et d'électricité alors que ceux du président Biya et des officiers supérieurs «vivent dans l'opulence et suivent leurs études à l'étranger, sans soucis».

Les «soldats patriotes» se disent «dans une situation avilissante, misérable», leurs enfants et épouses en proie au choléra et au paludisme, la population et les familles des militaires restant exsangues et fragilisées. «Car nos chefs, au lieu de s'occuper de cette situation ubuesque qui dure des mois, qui sape le moral des troupes, s'adonnent plutôt à leurs affaires, détournent le carburant, les PGA et frais de missions des soldats pour l'entretien de leurs progénitures», peut-on lire. Alors que c'est Paul Biya lui-même qui nomme à ces postes, les «Soldats patriotes» concluent étrangement leur tirade en exigeant «impérativement» et en même temps, les limogeages du colonel Amougou, chef d'état-major particulier de la présidence, du général Ivo Desancio Yenwo, directeur de la Dsp, du colonel Etoundi, commandant de la Gp et des officiers qu'ils estiment coupables d'affairisme avéré et d'irresponsabilité outrancière.

Ils demandent le rétablissement immédiat de l'eau potable et de meilleures conditions de vie pour leurs familles, la libération immédiate et sans conditions de leurs camarades aux arrêts, la réintégration au sein des armées des officiers de la Gp rayés des rangs à cause de leur solidarité avec les soldats aux arrêts. Et de menacer: «Si ces revendications ne sont pas satisfaites, que ce soit désormais clair pour tous que nous ne ferons l'économie d'aucune arme, énergie ou sacrifice suprême pour la satisfaction de nos revendications légitimes et pour la victoire de notre peuple.»

Garde présidentielle: Manipulation

Cet avertissement sans frais vient s'ajouter à d'autres menaces du même type, déjà relayées par les quotidiens Le Messager et Mutations dans leurs éditions de lundi et mardi derniers. Cet avertissement sans frais vient s'ajouter à d'autres menaces du même type, déjà relayées par les quotidiens Le Messager et Mutations dans leurs éditions de lundi et mardi derniers.

Dans les colonnes de ces publications, il est fait état de la furie d'un soldat de la Gp ayant, de peu, manqué d'attenter à la vie du président de la République qui, vendredi dernier, revenait du 7è sommet des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Acp) à Malabo. «Le libérateur» mais aussi d'autres apprentis mutins seraient, depuis lors, détenus au secret en même temps que le Bir prendrait, peu à peu, position pour assurer la sécurité de Paul Biya.

Quel crédit apporter à ce genre de document? Vraisemblablement, il s'agirait du fruit de la manipulation de la part d'esprits retors, tapis dans l'ombre et qui veulent utiliser la couverture de la grande muette pour déstabiliser les institutions et créer la psychose au sein des populations. Ce n'est pas là l'image de l'armée camerounaise que l'on sait loyale, fidèle et patriote. Menacer de son arme un pouvoir démocratique n'est pas de cette armée qui, des indépendances à nos jours, s'est distinguée et se distingue par son sens de la discipline, son patriotisme, sa loyauté aux institutions républicaines. Honneur et fidélité n'est-il pas le leitmotiv qu'elle s'est donnée?

D'ailleurs, une description minutieuse du curieux communiqué renseigne sur son caractère farfelu et grotesque. Une plaisanterie de mauvais goût lancé dans le public par un esprit dérangé, certainement manipulé par un esprit plus dérangé que le sien. Depuis quand des militaires sollicitent-ils l'appui du peuple dans un projet de soulèvement. Généralement, ils mettent le peuple devant le fait accompli et de façon démagogique fabriquent un discours social à dessein de s'allier ce peuple. Il y a fort à parier que les vrais auteurs du curieux communiqué se trouveraient ailleurs, mais pas surtout au sein de ces forces d'élite.

Série.

La loi des séries, pourrait-on également penser. Car, il n'est plus un secret pour personne que le sérail et même quelques chancelleries occidentales bruissent, depuis quelque temps, de rumeurs les plus folles sur la stabilité du pouvoir de Yaoundé. Bien évidemment, les médias, trop friands de sensationnel, se délectent de ces «vrais faux scandales» et «retournements de situation» sans la moindre retenue.

En effet, depuis quelques jours, les évènements semblent indiquer, de manière claire, l'existence d'un complot tendant à mettre la tête de l'exécutif camerounais en difficulté. Ayant, vainement, fouillé dans la vie de Paul Biya, c'est désormais à travers son fils éponyme, Franck Emmanuel, qu'ils se sont tournés pour atteindre le chef de l'Etat. Leurs initiatives n'ont certes pas véritablement prospéré, mais appellent, plus que jamais, à la plus grande vigilance des citoyens épris de paix et de progrès pour le pays.

Le Cameroun est depuis des lustres l'un des rares pays stables dans un monde aujourd'hui en ébullition. Aucun patriote, où qu'il soit et quel qu'il soit, n'acceptera à aucun moment, que le Cameroun et son chef, actuellement en plein dans l'exécution du programme des grandes réalisations, fassent l'objet de quelque attaque ou distraction. De toutes les manières, personne n'est dupe. Et ne l'oublions pas. C'est quand même lui, Paul Biya, qui aura globalement fait de notre brave et dynamique armée (à travers des salaires et autres avantages importants), le corps le mieux traité et forcément, le plus envié de ceux qui émargent au budget de l'Etat.

© Mamouda Labaran | La Météo

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Date de dernière mise à jour : 25/12/2012