Gabon : «Tout le monde sait qu'Ali Bongo n'a pas pu gagner cette élection»

​INTERVIEW Marc Ona, figure de proue de la société civile au Gabon, n'a pas voté à la présidentielle pour ne pas participer à ce qu'il qualifie de «mascarade» électorale...

Des partisans d'un des candidats à l'élection présidentielle au Gabon, Pierre Mamboundou, manifestent à Libreville le 2 septembre 2009, dans l'attente des résultats.

Des partisans d'un des candidats à l'élection présidentielle au Gabon, Pierre Mamboundou, manifestent  I. SANOGO / AFP

Etes-vous surpris par le résultat de l’élection et par la réaction de la population?

Non, aucun des deux ne me surprend. C’est une véritable monarchie: après quarante-et-un ans de papa, on va avoir le fils… Ce scrutin est une imposture, c’est pour cela que la population se réveille. Ce qui m’étonne, en revanche, c’est à quel point on a sous-estimé la réaction des Gabonais. Y compris la France. Tout le pays est en train de s’embraser parce que tout le monde sait qu’en réalité Ali Bongo ne peut pas gagner cette élection. Il est trop impopulaire. D’après les procès-verbaux des votes collectés par les représentants de chaque candidat, il a perdu à Libreville (qui regroupe 40% de l'électorat), à Port-Gentil et à Oyem (3e ville du pays), ce qui le place en troisième position. Comment a-t-il pu finalement arriver premier?

Ses principaux adversaires comptent introduire un recours pour contester les résultats devant la Cour constitutionnelle. Cela peut-il aboutir?

Non, il ne faut pas rêver. Le Parti démocratique du Gabon (PDG), le parti d’Ali Bongo, possède toutes les institutions. La Cour constitutionnelle a fait campagne pour lui. Les gens le savent. C’est pour ça qu’ils protestent aujourd’hui, pour dire que ça suffit. 

La rue est donc leur seul recours possible, selon vous?

Oui. C’est la seule façon de régler la situation.

Quel avenir pour le Gabon, maintenant?

Le clan Bongo a pillé le pays, aujourd’hui sinistré. La misère est partout. Et le fait qu’Ali Bongo s’accroche à tout prix à la victoire n’augure pas de lendemains meilleurs. Ça va être une dictature. Les communications Internet et les SMS ont été coupés. Ça donne une image de l’homme. Il compte s’imposer par la force armée. Mais je ne sais même pas si l’armée pourra calmer la situation. A Port-Gentil, Total a été visé alors que la présence policière et militaire est partout. C’est le signe que la situation est incontrôlée. Même s’il a de nombreux moyens à disposition, Ali Bongo n’en aura jamais assez en cas d’explosion généralisée.

Omar Bongo, qui avait les mêmes moyens, tenait la population. Pourquoi son fils ne le pourrait-il pas?

Omar Bongo n’est pas Ali Bongo. Il connaissait très bien son peuple. Il n’aurait jamais envoyé l’armée contre ses opposants comme son fils est en train de le faire. 

Le consulat de France à Port-Gentil a été incendié, et Total a été visé. Nicolas Sarkozy, qui a répété que la France n’avait «pas de candidat» pour l’élection, aurait-il échoué à convaincre la population?

La France est soupçonnée d’avoir soutenu Ali Bongo. Ce n’est un secret pour personne. Ça l’est d’autant moins que (l’avocat) Robert Bourgi, qui est l’homme de l’Elysée, a déclaré avant le scrutin qu’il soutenait sa candidature. Il disait tout haut ce que Paris pense tout bas. Je lance un avertissement à la France: les stratèges de l’Elysée se trompent, il faut en finir avec cette politique ambiguë et le soutien à un système politique qui appauvrit les gens, parce qu’ils ne le toléreront plus.

Propos recueillis par Faustine Vincent

Cameroun-online.com 

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