FOUMBAN : DIFFICILE RÉCONCILIATION ENTRE NDAM NJOYA ET LE SULTAN

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Le président de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) et maire de Foumban, Adamou Ndam Njoya, a rompu le silence, 16 janvier 2013, en conviant la presse à Foumban. L’objectif étant de donner sa version des faits au sujet des événements qui ont secoué le chef-lieu du département du Noun ces derniers jours. Une sortie qui n’est pas de nature à faire des concessions aux partisans du sultanat bamoun ou au sultan. A en croire les déclarations d’Adamou Ndam Njoya, d’abord à un point de presse donné à la mairie à Foumban, et, ensuite au siège de l’Udc, situé à côté de sa résidence au quartier Njinka.

« Ils nous ont amené [le sultan et ses proches, Ndlr] à prendre conscience que ce que nous pensions être résolu ne l’est pas encore », s’indigne Adamou Ndam Njoya. En d’autres termes, le président de l’Udc a estimé que la hache de guerre était déjà enterrée entre lui et son principal rival, Ibrahim Mbombo Njoya. Que non. Tout au long de son intervention, le président-maire, n’a pas prononcé une seule fois le nom du sultan. Au contraire, il a insisté sur l’ « autre », sur « celui par qui le malheur est arrivé ».

Parlant d’Ibrahim Mbombo Njoya. Le public, constitué des militants et sympathisants de l’Udc a applaudi à tout rompre. Surtout quand Ndam Njoya a démenti la rumeur selon laquelle son passeport a été retiré, suite aux échauffourées entre ses partisans et ceux du sultan : « J’ai un passeport diplomatique qui est à Yaoundé. Il vient de recevoir un visa pour une rencontre que nous avons au Gabon, le 29 janvier prochain, après une note verbale du ministre des Relations extérieures », précise-t-il. La foule fond en liesse.

L’héritier de la famille Nji Monkouop persiste et signe sur la différence à établir entre la tradition -qui renvoie au respect des chefs- et les valeurs traditionnelles qu’il faut respecter, l’exemple des droits humains. Il a également plaidé pour le respect de la Constitution et la promotion des valeurs républicaines. Parce que, pense-t-il, « certaines personnes sont encore accrochées aux traditions où le roi et ses hommes pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. Nous sommes dans une République ». Ce qui implique le respect des institutions. Une manière de dire que personne n’est au-dessus des lois établies.

Sur un tout autre plan, Ndam Njoya n’a pas caché sa surprise quant à sa volonté de s’approprier le sultanat bamoun : « Cela ne m’est jamais venu à l’esprit. Vous le savez, chez nous, l’oncle [famille Nji Monkouop] ne peut pas succéder au neveu [descendance royale] ». Reste que, le 1er janvier dernier, le torchon a brûlé. Un carnaval organisé par le maire de Foumban a tourné en échauffourées. Le bilan fait état de nombreux blessés et de dégâts matériels. Aussi bien du côté de Ndam Njoya que du sultan.

Actuellement, deux élus de l’Udc sont placés sous mandat de dépôt à la prison de Foumban. Il s’agit du premier adjoint au maire, Zachari Lamé et de Mama Tapon, conseiller municipal. Le premier procès s’ouvre le 7 février prochain au tribunal à Foumban.

Les acteurs

Ibrahim Mbombo Njoya, L’artificier

Presque toutes les décisions administratives sont prises après consultation du sultan. Le sultan des Bamoun, parle peu. Il ne parle même qu’à certains médias triés sur le volet. Mais, n’empêche qu’il soit le mieux renseigné sur tout ce qui se prépare ou se passe autour de lui, dans son royaume. Il n’est pas également ceux qui s’affichent publiquement pour bomber leur torse. La sagesse voulant que le chef ne pointe jamais du doigt sa couronne ou ses oripeaux. S’il est vrai qu’il est craint, de par sa notoriété traditionnelle et son implication au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) où il est membre du bureau politique, Ibrahim Mbombo Njoya reste maître du jeu. Quel préfet ou sous-préfet peut s’arroger le pouvoir de prendre une décision sans le consulter. Il ne serait pas exagéré de dire qu’à l’annonce du carnaval de Ndam Njoya, son avis a été déterminant dans le changement de l’itinéraire à suivre. Le roi est toujours fort, même dans les coulisses.

Adamou Ndam Njoya, Le résistant

Le président de l’Udc et maire de Foumban continue de souffrir de l’ouverture démocratique. Il a cru passer un début d’année paisible, ignorant que sa prééminence sur le champ politique dans le département du Noun, lui commande de ne pas dormir sur les deux oreilles. Adamou Ndam Njoya a une fois de plus fait face à l’adversité, presque récurrente de ses contradicteurs politiques locaux, lesquels ont gardé la veille. L’organisateur principal du carnaval ensanglanté du 1er janvier dernier, s’étonne tout de même de ce que, subitement, à Foumban ou dans le Noun, on lui prête des intensions de division : « Non. Si chacun peut jouer son rôle dans le respect des lois de la République, il n’y aura pas ce que nous avons vécu l’autre jour ». A l’entendre, il y a lieu de dire que certains acteurs n’ont pas appliqué une dérogation à la loi de 1990 sur le régime de manifestation publique, concernant les « manifestations d’usage ». L’exemple du 1er janvier 2013.

Mefiro Oumarou, Sapeur-pompier

L’élite du Noun et ministre délégué au Transport intervient après les dégâts. Il fait partie de ceux des fils du Noun, regroupés dans le cercle dit des élites, ayant commis une motion de soutien, en début de semaine dernière. Traduction : condamner les oiseaux de mauvaise augure et réaffirmer un soutien indéfectible au président de la République, Paul Biya, en passant par le sultan Mbombo Njoya. Ce qui ne surprend pas, quand on imagine que dans une pareille situation, il est difficile pour des ‘‘partisans’’ ou ‘‘alliés’’ de tenir un discours équitable. La sortie de ces élites serait intervenue plus tôt, qu’on aurait sans doute évité les débordements du jour de l’an. En tout cas, dans ce genre de jeu, chacun ne peut tirer la couverture que de son côté.

Zachari Lamé, Bras séculier derrière les barreaux

Le premier adjoint au maire de Foumban est un fidèle qu’on veut déstabiliser. Parlant d’expérience au sein de l’Udc, Zachari Lamé en a une. Son engagement est d’ailleurs connu de tous, puisqu’il est l’un des rares adjoints au maire a n’avoir pas quitté la barque. Aujourd’hui et suite aux événements du 1er, Zachari Lamé, presque 60 ans, croupi à la prison de production à Foumban. Motif : vol de deux chevaux du sultanat, de samaras et autres. Autant de faits qui ont obligé les enquêteurs à procéder à une perquisition à son domicile. En vain. On a pensé qu’il a emporté des objets subtilisés dans des boutiques voisines du sultanat. Tant qu’on est fidèle à Ndam Njoya, il faut s’attendre à tout.

Mama Tapon, Victime collatérale

Le simple conseiller municipal, écope d’une sanction en lieu et place du maître. L’argument de son mandat de dépôt trouve son fondement dans un acte qu’il a signé. Puisque, c’est lui qui a saisi le sous-préfet de Foumban dans sa posture de président départemental du ‘‘Noun I B’’ de l’Udc pour demander à obtenir une autorisation de manifestation publique relative au carnaval indiqué. Et comme l’indique la contrainte, en cas de grabuge, le demandeur en est civilement responsable. A défaut d’attraper Ndam Njoya, il fallait quand même mettre le grappin sur l’un de ses hommes-liges. Mama Tapon, 50 ans, en fait les frais. Le pauvre.

© Mutations : Michel Ferdinand

Commentaires (1)

1. bouki 03/03/2016

Ndam njoya et mbombo njoya ne veulent pas la reussite du noun

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