Fonction publique: Manigances autour de l’attribution des matricules aux 25000 recrues

Près de 2 ans après avoir été sélectionnés dans le cadre du recrutement spécial de 25000 jeunes diplômés dans la fonction publique camerounaise, certains présélectionnés ne sont toujours pas pris en charge.

Pour cause de non disponibilité de matricule dont la publication a été par ailleurs suspendue. On soupçonne alors des magouilles pour être servis. Passée l’euphorie due à sa présélection dans le cadre du recrutement des 25 000 jeunes diplômés dans la Fonction publique camerounaise, S. A. -pour des raisons évidentes, nous ne révèlerons pas son identité- doit faire face à la réalité. Une réalité qu’il n’imaginait pas aussi angoissante «même dans mes pires cauchemars», confie-t-il aux abois. Les raisons de son anxiété: depuis qu’il a été retenu en octobre 2011, le jeune homme n’a toujours pas de matricule.

Jusque là, il ne s’en inquiétait pas outre mesure parce que « les choses semblaient se passer dans la transparence avec notamment la publication des listes portant les noms et les matricules des personnels pris en charge ». Cette publication a été arrêtée sans aucune explication. Un tour dans les différents points d’affichage du ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative le démontre. Aucune trace de liste de cette nature n’est en effet visible et cela depuis…bientôt trois mois. Et S.A et plusieurs autres centaines de présélectionnés ont le malheur de ne pas connaître leur matricule, lequel permet leur prise en charge financière par le ministère des Finances, au moment de cette interruption impromptue.

Faisant confiance à l’administration, ces derniers observent. Jusqu’à ce que certains parmi eux leur fassent savoir que leur situation est résolue. Selon la formule consacrée, «ils ont marché » pour obtenir leur matricule. Cela signifie qu’ils ont soudoyé des agents d’administration pour ce faire. « Mais ils ne disent pas qui, il faut voir. Aussi nous autres qui ne connaissons personnes sommes perdus », se plaint Bertrand, un autre présélectionné dans la même situation. Ce dernier indexe lui aussi la suspension de la publication des matricules qui permettait la transparence.

A ce sujet, il avait été convenu justement dans le souci de transparence, la publication tous les mois de la liste des nouveaux matricules à consulter entre autres sur les babillards devant le ministère. Ce procédé permettait aux uns et aux autres de suivre le processus. Où le bât blesse également, c’est qu’aucune communication n’a été faite à ce sujet, dénoncent les présélectionnés aux abois, qui soupçonnent à travers cette suspension, un moyen de « vouloir faire en sorte que rien ne se sache. En profiter pour remplacer des noms par les leurs ». Surtout cette suspension a été précédée par la sortie informelle des matricules. « Il y a certains parmi nous à qui on a annoncé que le dossier était perdu. Mais personne ne leur conseille quoi faire ». Certains suggèrent de négocier en coulisse. « Encore faut-il savoir à quelle porte toquer », rétorque SA visiblement prêt à tout pour voir sa situation régularisée.

Explications

«Ils sont inquiets et ils ne savent pas tout le travail qui se fait. On continue de prendre en charge », assure un cadre au ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative (Minfopra). Lequel conseille la patience. « Qu’ils se tranquillisent et qu’ils ne donnent pas d’argent aux intermédiaires. Leur dossier est pris en charge. En cas de préoccupation, qu’ils saisissent les voies officielles. Notamment leur administration utilisatrice qui met un point d’honneur à régler ce problème». En outre affirme cette source proche du Minfopra, « ils auront leur rappel comme les autres une fois que tout sera en ordre ». Au fait, que se passe-t-il exactement ? Au Minfopra, l’on reconnaît l’existence des dossiers « en instance ». Cependant, selon notre source, 95% des dossiers ont déjà été traités.

Pour ce qui est du reste, « c’est à cause de petits problèmes. Mais on se dit qu’ils sont déjà dans l’administration, ils travaillent… ». En effet, ces petits problèmes concernent des dossiers dont on a sollicité une seconde authentification (environ 800) à cause des doutes qui subsistent dans les diplômes (on parle alors de présentation de faux diplômes (300), absence de présence dans les procès-verbaux selon les institutions approchées…) Egalement, des positions d’absence irrégulière dans ce cas, certains ont pris service et ont disparu, il y a des cas de doubles affectations ou de nominations. Il est recommandé dans ces derniers cas de produire un justificatif.

Des dysfonctionnements enregistrés dans le cadre de l’opération antilope auraient aussi eu un impact sur le processus de prise en charge de certains des 25 000. « Dès que les dossiers sont en état, le ministre signe et les finances les prend en charge ». L’arrêt de la publication des listes est dû, explique-t-on au Minfopra, « au regard de la quantité infime, ils ont pensé qu’on peut regrouper et publier après 3 mois ».

© Nadège Christelle BOWA | Le Messager

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