Folie des grandeurs : Amba Salla se déshabille en public

Le ministre des Travaux publics (Mintp) s’offre une demeure princière avec héliport à Ayos, dans le Nyong et Mfoumou.

Amba salla

«Je ne connais pas les patrons d’entreprises, je ne prends pas leur argent parce que je n’ai pas de problème.En effet, ce que je reçois comme membre du gouvernement me suffit largement pour m’entretenir, venir en aide à ma famille et aux gens qui m’entourent ou que je rencontre au long de mon parcours sur terre. Je ne suis pas encore adepte de la religion de l’accumulation».

De qui ces vertueuses déclamations ? Il y a deux années, c’est un Patrice Amba Salla, bourru qui se bombait ainsi le torse dans les colonnes de Mutations. Un homme exemplaire, donc, au-dessus de toute tentative d’atteinte à la fortune publique. Blanc comme neige. Soucieux de l’éthique et obnubilé par l’ambition de marquer de son empreinte particulière son passage à la tête de ce département réputé être celui de toutes les tentations et prévarications… Ceux qui, ces dernières semaines, ont fait le détour par la ville d’Ayos, où l’intéressé était encore maire jusqu’au 31 mars 2012, peuvent en effet témoigner de l’austérité dans laquelle l’homme végète dans son fief. Le Mintp, à voir la férocité avec laquelle il bétonne, fait partie des nouveaux riches atteints par la folie des grandeurs. Il ne se prive pas, tient à montrer qu’il est «arrivé» bien plus vite qu’on l’eût imaginé.

Qui a organisé !

Juste derrière la sous-préfecture de la localité, au bord du Nyong, le Mintp a entrepris, depuis quelques mois, de s’offrir un domaine de rêve comme on en voit dans les séries brésiliennes ou les émirats du Golfe. Il y a d’abord deux colonnes qui montent vers le ciel, perceptibles à bonne distance. De près, la demeure princière, encore en chantier et qui s’étend sur près de 1000 mètres carrés, prend la forme d’un quadruplex ou quelque chose d’approchant. Aux alentours, des dizaines d’ouvriers s’affairent au soleil. Quelques uns, approchés mais méfiants, ne cachent pas leur fierté bien traités par «Son Excellence».

À quelques mètres du très imposant chantier (qui défie celui du couple présidentiel qui peine à s’achever à Yaoundé depuis des années, à coté de l’ambassade des États-Unis, au lieu dit Rond point Bastos), un autre ouvrage sort de terre : un héliport. Oui ! Patrice Amba Salla ne peut pas se payer une telle lubie s’il n’avait pas l’ambition de s’acheter un giravion. «Dans un an au plus tard, tout ceci devrait être livré surtout que le patron (Amba Salla, Ndlr) va entamer d’autres chantiers ici à Ayos et ailleurs», souffle un ouvrier qui n’écarte pas la prolongation du projet en cours d’exécution portant, cette fois, sur la construction d’étangs, de chalets et, peut-être, de courts de tennis et d’un terrain de golf. Dans la ville, les résidents vantent eux aussi les prouesses immobilières du fils du village, grâce à qui Ayos prendra bientôt les allures d’une cité du 3ème millénaire. Celui qui refusait «d’être adepte de la religion de l’accumulation» est pris la main dans le sac.

En l’état actuel des choses, ce sont des centaines de millions de Cfa qui ont été engloutis dans cet imposant chantier, qui en appellera d’autres encore. Patrice Amba Salla, devenu fou d’un argent aux origines plus que suspectes, bétonne comme un fou à Ayos.

Abonné aux soupçons

Parce que le problème, justement, réside dans l’origine des fonds investis dans ces «grandes réalisations» à la première personne du singulier. Par ces temps d’assainissement des mœurs publiques, le Mintp, dans son gigantisme ostentatoire et à qui on ne connaît aucune activité dans l’industrie, les affaires ou la finance, aura beaucoup de mal à justifier l’origine des milliards de Cfa qui lui permettent de s’offrir de telles follies. Inspecteur des douanes passé par l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam) de Yaoundé, le ci-devant vice-président du Syndicat national des footballeurs du Cameroun (ex-Afc), issu d’une famille modeste, n’est, nulle part et jusqu’à preuve du contraire, classé parmi les grandes fortunes du pays. Notre curiosité sur le sujet n’a malheureusement pas pu être assouvie, le téléphone portable du Mintp, que La Météo aura à plusieurs reprises tenté de joindre hier dimanche, sonnant désespérément dans le vide.

Toujours est-il que la gouvernance de Patrice Amba Salla questionne. Surtout lorsqu’on s’appuie sur le décret présidentiel du 27 juillet 2000 portant réaménagement de la rémunération mensuelle des membres du gouvernement et assimilés. Ce texte dispose en effet qu’un ministre, du rang de celui des Travaux publics, gagne officiellement et mensuellement 679.297 Fcfa représentant le traitement de base, les indemnités de sujétion et les charges particulières. En poste depuis le 9 décembre 2011, et en 31 mois de service, il doit donc avoir touché un total de 21.058.207 Fcfa. Même pas de quoi réaliser le centième de ce qui est actuellement érigé à Ayos. A la tête de la plus grosse enveloppe budgétaire de l’État, M. Amba Salla a régulièrement été soupçonné de pratiques au moins soupçonnables. L’une des plus grosses tuiles, dans laquelle il n’a jamais réussi à se dépatouiller totalement, reste l’attribution du juteux marché de construction du deuxième pont sur le Wouri.

À plusieurs reprises, le Mintp a dû être rappelé à l’ordre alors qu’il avait jeté son dévolu sur un des postulants, avec à la clé d’importantes irrégularités quant à la composition et au fonctionnement du jury et de la sous-commission technique d’évaluation, la conformité technique, l’appréciation qualitative ainsi que le processus d’évaluation des offres. Le Cameroun étant le Cameroun, M. Amba Salla dont ses anciens collaborateurs de l’administration des Douanes n’arrêtent pas de se souvenir de ses dribbles déroutant (suivez notre regard), droit dans ses bottes, s’est cramponné à son poste en dépit de ce cinglant désaveu public des services compétents de la présidence de la République. Le nouveau bétonneur d’Ayos pourrait, un jour, être appelé à répondre de cette imposture, et de bien d’autres encore, devant les tribunaux. Sans oublier des questions embarrassantes sur son enrichissement fulgurant et qui fait déjà des gorges chaudes dans les salons huppés de Yaoundé.

© Source : La Météo

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau