Fêtes de fin d'année: Noël à Kondengui

La prison centrale de Yaoundé s'est déjà parée aux couleurs des fêtes de fin d'année. Certes, l'arbre de Noël n'est pas encore visible à la plus grande prison de la capitale camerounaise, ni le commerce de jouets. Mais, dès que l'on franchit la grande barrière qui donne sur la pré-cour du pénitencier, l'ambiance des fêtes est déjà dans l'air. Une forte animation musicale accueille le visiteur. «Vous savez que les détenus sont déjà dans la semaine de Noël», annonce un gardien de prison.

Effectivement, la prison centrale de Yaoundé a prévu un programme spécial pour les fêtes de fin d'année. Médard Bomotoliga Koalang, le régisseur de cette maison d'arrêt est au four et au moulin. «Du 15 au 28 décembre, nous organiserons plusieurs activités», reconnaît le régisseur L'administrateur principal des prisons, entre deux paraphes, explique que pour cette année, l'administration pénitentiaire a «prévu des causeries éducatives sur les thèmes divers tels que la lutte contre le VIH, sida, les évasions,... ». Sur le plan sportif, les détenus de la prison centrale ont organisé un tournoi de football, apprend-on.

Prisonniers VIP M. Bomotoliga commence par une précision: «il n'y a pas un programme spécial pour ceux que vous appelez les prisonniers VIP. Ici, nous parlons de prisonniers au sens général», Inoni Ephraïm, Jean-Marie Atangana Mebara, Urbain Olanguena Awono, Jérôme Mendouga, etc. devront se conformer au programme des fêtes homologué par le régisseur de Kondengui.

Selon une source interne à la maison d'arrêt de Kondengui, «Les prisonniers VIP ne jouent pas au football. Ils ont leur sport préféré qui est le tennis», ajoute notre informateur Urbain Olanguena Awono par exemple préfère le jogging. Ces derniers jours, Otélé Essamba s'illustre par une intense activité sportive. Pour égayer le quotidien des détenus pendant la fête de Noël et de nouvel an, plusieurs sommités de la culture camerounaise qui ont été conviées. Le régisseur Botemoliga confirme par exemple le concert de Wes Madiko à Kondengui le 23 décembre prochain.

Pour mieux coordonner les activités de fin d'année, l'administration pénitentiaire dit avoir travaillé en collégialité avec les détenus. «C'est eux qui ont proposé les thèmes. Certes, nous avons éliminé ceux qui ne correspondaient pas les règles de fonctionnement de la prison, ainsi que des mesures de sécurité». Côté animation, une équipe de stagiaires de l'Institut national de Jeunesse et de sports (INJS) appuient les détenus pour un succès des fêtes de fin d'année.

Olivier A. Ndenkop

Au SED: Entre mélancolie et gaieté

Les détenus qui répondent à différents régimes mûrissent encore la réflexion sur la célébration des fêtes en prison. Dans 72h, les chrétiens du monde vont célébrer la nativité du Christ, un début de semaine qui va déboucher sur le nouvel an. Si dans tes magasins l'effervescence a gagné les populations, dans les prisons, ce jour spécial est fort attendu par certains détenus. Pour d'autres, ce sera un jour ordinaire. «Un jour comme tous les autres que je vais passer dans la prière, la prière et encore la prière», soutient Polycarpe Abah Abah, ex ministre de l'Economie et des Finances (Minéfi), détenu à la prison secondaire de Yaoundé, sise dans les locaux du Secrétariat d'Etat à la défense (Sed).

En effet, ce 25 décembre 2012 sera le premier noël d'Abah Abah dans cette maison de détention, lui qui a passé quatre années et demie à la prison centrale de ' Yaoundé Kondengui, avant d'être transféré le 26 mai dernier au Sed. Et parce que la tradition voudrait que Noël se célèbre en famille, l'ex Minfi attend ses enfants, demain samedi, pour arrêter ensemble un-programme de la dense semaine à venir. «Ils viendront me dire s’ils seront là où s'ils vont rester chacun, chez lui». Un embarras qui contraste avec la certitude des cinq dernières années à cette même période. «Ils [enfants] venaient après le culte, on mangeait ensemble. Ceux qui ne pouvaient pas être là le 25 décembre, venaient la veille le 24», raconte-t-il un brin mélancolique.

A Kondengui, chaque prisonnier Vip passe la journée du 25 décembre en famille et le nouvel an est un petit réveillon dans les quartiers où on danse jusqu'à une heure très avancée de la nuit «ce sera la première fois ici (au Sed). Je ne sais pas comment ça va se passer» poursuit Abah Abah. Petite indiscrétion, les responsables de la prison secondaire envisageraient des mesures spéciales pour les prisonniers à régime spécial tels que Polycarpe Abah Abah, Yves Miche Fotso et Marafa Hamidou Yaya.

Ils pourraient recevoir leur famille ce 25 décembre (et peut-être même le jour de l'an), de 9h à 18h, au lieu des horaires rigides des jours ordinaires. Ce qui n'est pas le cas pour Gilles Roger Bélinga, joseph Edou, ou encore Emmanuel Gérard Ondo Ndong. Ce dernier, qui séjourne depuis six ans au Sed, connait, presqu’au détail près, ce qu'il fera de ces deux jours de fêtes, voire même comment il les passera. Même si l'ancien directeur général du Feicom n'a lâché que quelques bribes d'informations au reporter de L'Actu.

Le sexagénaire nous apprend qu'il a demandé... qu'on lui apporte «cinq poulets braisés avec une bonne entrée le 25 décembre». Un repas qu'il compte partager avec ses codétenus, étant entendu que «le gros de la famille restera à la maison. Seuls quelques-uns viendront (au Sed)». Ce moment de libre échange ne dure cependant pas longtemps. Puisque le visage de l'homme s'assombrit aussitôt: «ce ne sont pas des moments que nous voulons passer indéfiniment ici», dit-il avant de se ressaisir. «Mais contre mauvaise fortune, il faut faire bon cœur».

Bertille Missi Bikoun

© Olivier A. Ndenkop, Bertille Missi Bikou | L'Actu

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