Fête de la jeunesse au Cameroun ou fête de la bière ?

Quels sont les habitudes et discours sur l’alcool de la jeunesse camerounaise actuelle ? Est-il possible de parler d’une fête au Cameroun sans parler de la consommation d’alcool ?

La jeunesse de Biya est-elle une jeunesse d’alcooliques ? Il ne faut pas se leurrer, l’alcoolisme au sein des élèves des lycées et collèges voire les institutions supérieures et universitaires prend des proportions inquiétantes dans nos grandes cités. Elèves, étudiants, enseignants, chacun se saoule la gueule, et arrivent même parfois à l’école paumées, tout ceci sous le regard impuissant de certaines autorités scolaires.

"Taxi, université de Douala”. La voix du client, la vingtaine alerte, est nasillante. Il est ni assis, ni debout sur une poutre abandonnée à côté du cimetière de Deido à Douala, et éprouve de sérieuses difficultés pour monter à bord de la voiture jaune. Les autres passagers compatissent à sa peine avant de se rendre compte de l’évidence. Le jeune homme pue l’alcool à 08 h du matin. Il s’efforce à parler avec une voix dormante et réussit tout de même à préciser sa destination: "Université de Douala “. Les yeux sont rouges, ses poches remplies des capsules de bière gagnantes. Du coup, il devient une curiosité dans le taxi. .

Plus loin au niveau de Camtel, c’est une jeune étudiante qui à son tour, regard fatigué interpelle le taximan en lui proposant de la déposer au campus dit Poulailler à Ndog Mbong de l’université de Douala. 

Les trois autres passagers tentent de la dévisager. Elle a pour tout vêtement, moins que ce qu’il faut pour couvrir la nudité: Un démembré collant et transparent, qui laisse entrevoir des mamelles flasques et sans soutien-gorge. Son pantalon "50 cents” est à la mode, un pantalon, tout aussi collant avec un trou au niveau de l’entre jambe. Un accoutrement jeune, qui laisse supposer que la dame est à la conquête d’une jeunesse qu’elle n’estime pas perdue. Il est à peu près 8h 15 ce mardi 02 février 2016.

Le reste du parcours est silencieux dans le taxi. Personne n’ose dire le moindre mot. L’air y est pollué. L’embouteillage et cette mauvaise atmosphère rendent les destinations plus longues et éprouvantes. La lenteur de la circulation endort le jeune homme et la jeune fille. 

A l'arrivée au lit dit université de Douala, le chauffeur du taxi est obligé de recourir aux étudiants assis dans un débit de boisson ( Chez Thierry) pour déposer forcément les deux occupants devenus gênants avec leur parfum . Thierry le tenancier du débit de boisson lance dans un ton moqueur: “C’est la même scène tous les jours”.

Le taxi reprend le voyage qui s’anime soudain. A travers le rétroviseur, on aperçoit le jeune homme en train de vomir. Dans le langage du coin, on dit là bas qu'il est en train de vomir son cerveau. 

Les jours où les étudiants ont réunion, il est impossible qu’ils retournent dans les amphis lucide. Nombreuses sont les étudiantes ivrognes qui se font « sauter » sans difficulté nous affirme Maurice Djeuga de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’université de Douala.

A la vérité, tout autour de nos établissements scolaires, que ce soit du primaire, secondaire ou supérieure, on rencontre plusieurs débits de boisson. On y rencontre les enseignants, les élèves étudiants etc.  

Les étudiants nous confient une source, achètent toujours leurs bières avec des capsules gagnantes et plus l’ambiance est folle, plus on en redemande. ” Théo “, un barman situé en face de l’université de Douala, affirme qu’il y a “des étudiants qui boivent comme des tuyaux, “. Pour Dr MP, 43 ans, enseignant de philosophie au Lycée de Bonamoussadi, il lui faut d’abord deux bouteilles de grande Guiness ” tous les matins  pour voir clair”.

Pour Mbonteh Akum, Enseignant psychologue à l’université de Buéa, l’alcoolisme est quelque chose d’inadmissible. Il pense qu’il faut interdire l’ouverture des débits de boissons devant les établissements scolaires et universitaires car, ces jeunes commencent par l’alcool, continuent par la cigarette et d’autres drogues. Il est difficile de les contenir lors des fêtes ajoute t-il. 

Alors que l’eau et l’électricité sont devenus rares dans certains quartiers de nos grandes cités, l’alcool est à portée de main de tous. Coïncidence ou hasard ? On ne sait pas trop. Il n’est pas rare d’apercevoir dans nos villes ces panneaux publicitaires placés dans les meilleurs endroits et qui vous montrent ‘les bienfaits de la bière’ et le "charme des fêtent organisées autour de la bière".

Selon une source administrative qui a requis l'anonymat, depuis quelques années, la consommation des alcools chez les jeunes n'est plus simplement festive, c'est pour beaucoup de jeunes (et moins jeunes) un mode de vie, un refuge contre les difficultés du quotidien. Une thèse réfutée par plusieurs jeunes rencontrés qui pour leur part, pensent qu'il vaut mieux "soulever le coude"(1) pour que l'on sache qu'une fête a réussi. Pour ces derniers,, une fête réussie est celle qui a donné l'occasion à tous de se "bourrer".

A l'approche des fêtes , les tenanciers des débits de boissons se frottent les mains. La consommation d'alcool grimpe dans tout le pays et les profits suivront de manière proportionnelle.

Et vous, jeunes allez vous boire le 11 février prochain?

(1) Lever le coude signifie boire

NB: This picture was captured by Penjo Baba in Cameroon. In his facebook post, he stated " I just took this picture in Melong, a camion driver drinking excess beer/alcohol to the point of sleeping over it in the bar. I now see every reason why some of them are reckless are on our highway and even useless in their lives."

 

Camer.be

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