Enseignement secondaire: Les dossiers noirs du Collège de la Retraite

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Longtemps considéré comme une référence nationale en matière d'encadrement, le Collège de la Retraite est entrain de perdre sa place d'antan.

La situation de ce collège catholique devient de plus en plus inquiétante. Selon des témoignages, le départ anticipé de la sœur Joséphine Julie Ntsama de la Direction et surtout l'arrivée de l'actuel principal l'abbé Abraham Ndongo Minkala ont plongé l'établissement scolaire dans la léthargie.

Les choses ne sont plus comme avant souligne un parent. A longueur de journée, on voit les élèves investir les buvettes et les salles de jeux de la cité capitale. Des sources attribuent ces dérives à l'incompétence du principal l'abbé Abraham Ndongo Minkala.

Comment en est-on arrivé là?

La nomination du prélat à la tête du Collège de la Retraite en juillet 2011 n'a pas été bien accueillie par les fidèles catholiques: Des gens lui reprochent son esprit mercantile et surtout son attachement au luxe. Lors de son passage au Sanctuaire Marial de Nsimalen, ses rapports avec l'argent ont laissé transparaître en lui des allures de chasseur de primes. Le prêtre s'est illustré par d'autres dérives que la morale nous commande de ne pas évoquer. Au moment la prise de fonctions du nouveau mettre du Collège de la Retraite, toutes les classes affichaient des effectifs complets. Sous le prétexte de donner la chance à tout le monde, un concours d'entrée a été organisé.

Fraude

Des centaines de candidatures ont été déposées et chaque parent a débloqué une somme de 5000 FCFA représentant les frais de concours. A l'issue des corrections, la tradition a été foulée au pied. La phase de délibération au lieu de se dérouler en équipe de direction comme à l'accoutumée, s'est tenu plutôt dans le bureau de l'Abbé Abraham. Des sources indiquent que le Pasteur s'est enfermé pour délibérer et signer les procès verbaux. Au terme de cette opération exécrable, il a retenu quelques élèves parmi lesquels les moins performants et ceux n'ayant pas pris part au concours. De nombreux cas de fraude ont été relevés. Maimounatou Najiminé Hamadou qui devait occuper le 25ème rang avec 00 /20, a été propulsé à la 12ème position sur la liste des admis en classe de Première C. Odette Messina s'est retrouvée dans la même situation en Terminale A Espagnol. En Première A Espagnol, Germaine Ondoa Belobe a été reçue avec une moyenne de 06,75/20 pendant que Karl Bella Zibi trébuchait avec 11,38/20.

Egoïsme

Les manigances de l'homme de Dieu ont fait germer la colère dans les cœurs, les parents d'élèves ont crié au scandale et exigé le remboursement. Ils n'ont jamais remboursés malgré le fait que les frais de concours aient généré des entrées estimées à 1.775.000 Francs CFA. Dans ce gâteau, le principal a taillé une somme de 450.000 FCFA et l'a balancée dans sa poche. Pendant ce temps, les enseignants, les agents d'appui et les autres collaborateurs se sont tapés chacun 20.000 FCFA en moyenne pour tout le travail abattu. Il faut relever que pour une entrée en matière, le bilan se passe de tout commentaire.

Tensions entre le Comptable et le Principal

La moisson abondante et les maladresses de l'abbé Abraham ont mis le feu dans la maison. André Manga Bikélé, dans une correspondance datant du 16 janvier 2012 a attiré l'attention de l'Archevêque de Yaoundé. L'Agent comptable du Collège de la Retraite, a sollicité l'arbitrage de Monseigneur Victor Tonyé Mbakot et dénoncé des sorties de fonds injustifiés. Un jour, le Comptable a demandé au Principal de justifier la sortie d'un montant de 7 millions de nos francs pour l'achat du matériel de sport. Précisons que l'argent avait été dégagé avant un voyage de l'Abbé en Espagne, d'où II en est revenu avec un matériel de qualité douteuse. Au lieu de s'expliquer, l'homme en soutane a piqué une vive colère et a suspendu Manga Bikélé tout en le couvrant d'invectives.

L'apôtre du Christ ne s'est pas arrêté là, puisqu'il a mis son collaborateur à la disposition de Monseigneur Tonyé Mbakot pour carence en matière de collaboration. Au cours d'une concertation tenue à la Centrale Diocésaine des œuvres, l'Archevêque de Yaoundé a recadré le Vicaire général chargé de l'éducation. Cette réaction de l'Archevêque a été considérée comme un affront par le Principal. Actuellement tous les parents, élèves et enseignants qui osent se plaindre, ne récoltent que des menaces et des volées de bois vert. Les réunions de directions qui se tenaient d'habitude tous les jeudis, pendant lesquelles toutes les activités du collège étaient planifiées et discutées sont transformées en rencontre informative dans le bureau de l'Abbé. Le divorce entre le Principal et ses proches a été consommé le jour où ce dernier, a annoncé que l'Archevêque demandait 20 millions de Francs CFA à titre d'aide au diocèse. Tout le personnel a répondu que c'est plutôt 5 millions qu'il faut verser chaque année. Débité l'Abbé Abraham Ndongo Minkala a déclaré: «Je pensais pouvoir compter sur vous dans ce genre de démarche, hélas vous ne servez à rien et je ne pense pas que nous pouvons cheminer ensemble».

Rupture

Constatant que personne ne voulait l'accompagner dans sa logique de pillage systématique du Collège de la Retraite, le Principal a signé le 12 mars 2012 un texte démettant toute l'équipe de direction. Il a nommé à la place une nouvelle équipe, pourtant seul le Secrétaire à l'éducation de l'archidiocèse de Yaoundé peut prendre une telle décision. L'acte du Principal a été posé dans l'ignorance puisque l'équipe en place détient un contrat validé, par le Secrétariat à l'Education de l'archidiocèse de Yaoundé (SEDY) pour une période de 4 ans. Après que toutes les démarches menées auprès du SEDY, l'affaire est au Tribunal de Grande Instance du Mfoundi.

Pillage systématique

Pour mieux distraire les fonds, un secrétariat des examens a été mis sur pied par le Principal. Pendant que les vacations des enseignants liés à leur participation aux examens blancs diminuent, le patron du Collège de la Retraite émarge pour près de 500.000 FCFA par examen. La Coordinatrice du secrétariat des examens se frotte également les mains. La prime de rendement correspondant à 20% du salaire annuel des enseignants est bloquée depuis l'arrivée du nouveau Principal. Il faut souligner que la prime de rendement est payée par les parents d'élèves aux fins d'améliorer les conditions de travail des enseignants. Elle représente un pactole de 24 millions qui prennent chaque fois à en croire Monsieur l'Abbé, la route de la CDO pour les besoins domestiques de la hiérarchie.

Le Principal du Collège de la Retraite a commencé à revendiquer 20 millions l'an passé. Cette année, la hiérarchie est passée à la vitesse supérieure en exigeant que le Principal expédie 60 millions. La construction de quatre salles de classes a suscité en son temps une joie immense dans la communauté éducative du collège. Trois ans durant, l'amicale des parents présidée par l'actuel Délégué régional de l'Agence de Régulation des Télécommunications (ART) du Littoral, Jean Marie Noah a mis de côté 15 millions pour un projet devant coûter 76 millions au total. La réalisation de ce projet a été attribuée aux ETS RITHER et le contrat paraphé. Les travaux ont démarré dès le mois de juin 2012. La dernière tranche que devait recevoir la société RITHER est bloquée. L'entreprise a saisi les tribunaux et si nos informations sont exactes, le Collège de la Retraite doit lui verser 38 millions au lieu de 15.

Dégradation de la pédagogie

La vocation première d'un établissement scolaire est de réaliser des résultats concrets aux plans de la pédagogie, de l'instruction et de l'éducation surtout si c'est une structure confessionnelle. Cette préoccupation est le cadet des soucis du principal. Dès son arrivée le dirigeant a déclaré qu'il n'est pas venu pour les résultats scolaires. Il a commencé par interdire les rassemblements et la levée des couleurs qui avaient lieu tous les lundis matin, arguant que cet exercice perdait du temps et que cela relève de l'époque coloniale. La DRES du Centre a d'ailleurs fait une descente au collège pour s'enquérir de la situation. Après ce passage, l'Abbé a décidé de choisir une classe pour faire ce boulot pendant que les autres élèves suivent normalement les cours.

Contraint par la réglementation d'organiser la levée des couleurs, cette cérémonie s'est transformée en messe d'insultes et d'humiliations de toutes sortes à l'endroit de la communauté. Il ne faut donc pas s'étonner de voir des centaines d'élèves faire grève. En réalité ceux-ci ne font qu’exprimer leur ras le bol. Les élèves disent en avoir marre de voir leur collège dont ils étaient fiers naguère moissonner des railleries de la part de leurs camarades d'autres établissements. Le système d'évaluation du Collège de la Retraite est des plus moribonds. Le Chef d'établissement a commencé par mettre à la tête du Secrétariat aux Examens une jeune femme inexpérimentée, arrivée avec lui en septembre 2012 dans ses bagages pour dispenser des cours d'histoire et géographie dont elle avait beaucoup de mal à assurer. Le Principal l'a relevé à plusieurs reprises. Dès les premiers examens blancs, on a observé tellement d'incongruités si bien qu'on se demande pourquoi ils n'ont pas été simplement et purement annulés. Des élèves ayant composé se sont retrouvés sans notes, pendant que ceux qui n'avaient pas pris part aux évaluations se voyaient attribuer des points.

On a constaté une véritable pagaille. Des copies de mathématique sont tombées entre les mains des enseignants de philosophie et vice versa. Pour parachever l'œuvre de destruction, les évaluations qui avaient jadis lieu tous les samedis pour maintenir les élèves en éveil sont désormais organisées à la fin de la séquence pendant une période bloquée et toutes les matières ne sont pas programmées. Après avoir détourné la prime de rendement offerte par les parents, l'Abbé Abraham s'est attaqué au système de rémunération des enseignants. Les vacations concernant les cours de Noël et de Pâques de congé sont passées de 3000 FCFA à 1800 F l'heure, la prime d'animation pour les chefs de département a été supprimée. Conséquence logique, on compte des démissions en cascade des enseignants les plus chevronnés. Ces laissés pour compte préfèrent aller voir ailleurs, au lieu de continuer à subir les misères de toutes sortes. Le règlement intérieur est mis entre parenthèses. La réglementation sur le retard prévoit 15 minutes. Mais au Collège de la Retraite depuis l'atterrissage du nouveau patron, le portail est fermé à 7h 30, les retardataires sont obligés de passer toute la journée dans les bars et les salles de jeu en attendant l'heure de sortie. Les élèves qui ne veulent pas suivre les enseignements, font exprès de se présenter à l'entrée après le début des cours. Ce sont ces élèves indisciplinés qu'on retrouve constamment à l'extérieur de l'établissement.

Corruption généralisée

L'actuel principal s'est présenté à son arrivée comme celui qui a été envoyé pour éradiquer les mauvaises pratiques. Grande a été la surprise des enseignants de retrouver dans les salles de classe, la plupart des élèves exclus au cours des conseils de discipline. On peut citer entre autres, Treye Alamine de la 2nde B pour insolence caractérisée et absentéisme. Ndassa Mouiche de la 2nde C1 pour indiscipline, insolence envers son professeur de français et absentéisme. Akagou de la 2nde C pour consommation de stupéfiants en milieu scolaire et violence envers ses camarades. Atangana Henri de la 2nde B pour vol de téléphone et vol de livre à la bibliothèque. Many Ekobena de la 2nde C2 pour bagarre.

Des élèves renvoyés en fin d'année sont revenus dans les effectifs du collège en payant une caution de 100.000 FCFA. Le guichet serait d’après nos sources, placé au niveau des différentes préfectures des études. Dans ce registre, on peut citer l'élève Nemangou de la Première A qui était en première C l'année précédente. On l'a obligée à rentrer en seconde C pour mauvais résultats. Cette décision l'a amenée à quitter l’établissement. Lorsqu'elle est revenue s'inscrire en classe de Première A, ses bourreaux ont refait surface en lui demandant de payer 100.000 FCFA. Le bureau du Principal du Collège de la Retraite servirait de plaque tournante à certaines pratiques qui froissent la pudeur. Pour éviter d'être perturber par les usagers, l'Abbé Abraham Ndongo Minkala a fait installer un système électrique qui commande l'ouverture de la porté de son cabinet à partir de son siège. Il se dit qu’en réalité, l'économe du collège qui a subi une agression récemment, de la part du Chef de protocole du MINDEF est une victime collatérale. Ce n'est pas lui qui était visé. Les parents d'élèves se sentent profondément humiliés.

Gestion calamiteuse du personnel

Le Principal du Collège de la Retraite ne supporte aucune contradiction et ses paroles sont parole d'évangile. Tous les enseignants qui ont eu le courage d'affirmer leur indépendance d'opinion ont été balancés dans la broyeuse. Le moment privilégié pour régler ses comptes est la séance d'évaluation du personnel, où il n'hésite pas attribuer la note de 01 /20 à ses contradicteurs. On peut évoquer quelques cas. Le cas de Zambo Essissima, enseignant émérite de français renvoyé en complément d'effectif au bureau d'orientation scolaire. Amougui, professeur de SVT devenu agent d'entretien. Abena Marcelin Clotaire qui a obtenu la note de 1,5/20 et Enguéné 6,5/20. Après les ETS RITHER qui auraient obtenu 38 millions pour préjudice subi, la plus grosse affaire reste celle de l'ancienne équipe de direction.

Les 7 personnes limogées en mars 2012 ont saisi le Tribunal de Grande Instance de Yaoundé. Au regard du procès verbal dressé par l'Inspection du Travail, chacun revendique en moyenne 30 millions au collège pour les primes dues et le préjudice moral subi. Il faut ajouter à cela, le cas de Mbida Ndongo. D'autres procédures sont en cours au niveau de l'Inspection du Travail sans compter la menace persistance de grève. L'incertitude plane lourdement sur les jours qui viennent. En tant qu'humain, nous avons un devoir de justice et vérité. Chaque chrétien de par son baptême est prêtre, roi et prophète à l'image du Christ lui-même. Le Fils de l'homme étant lumière, tous ceux qui prennent l'initiative de servir son peuple doivent enfiler la tunique de la pureté. Nous pensons que si rien n'est fait, le Collège de la Retraite va connaître plus de problèmes. Nous prions le Dieu de miséricorde de donner un souffle nouveau à cet établissement qui a toujours fait la fierté de l'enseignement privé confessionnel au Cameroun.

© Lucien EMBOM | Le Soir

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