ENLÈVEMENTS DE KOLOFATA: Des ex-otages de Boko Haram parlent

Confidences sur leur détention et sur l’attaque meurtrière perpétrée par la secte terroriste contre Amchidé la semaine dernière

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Les ex-otages au perron du Palais de l'Unite Photo: (c) P. R. C.

Le lamido de Kolofata et sa famille n’ont toujours pas regagné leur village natal. En fin de semaine dernière, ils séjournaient toujours à l’hôpital général de Yaoundé. Pour des examens et des soins de santé complémentaires. Les attentions à l’endroit du lamido de Kolofata et de sa famille seraient diligentées par la présidence de la République. Selon toute vraisemblance, le lamido et ses proches sont les hôtes du chef de l’Etat Paul Biya. Un privilège qui n’est pas donné. Un privilège à ne pas bouder, après deux mois de détention dans des conditions parfois pénibles.

Selon des témoignages concordants, les otages enlevés à Kolofata étaient séparés en deux groupes distincts. D’un côté les femmes et les enfants. De l’autre côté les hommes. Les otages avaient la possibilité de se dégourdir les jambes à certaines heures de la journée, mais dans un rayon très réduit et hautement surveillé. Ils avaient à leur disposition une importante documentation sur l’enseignement de l’islam: des livres, des films documentaires, etc. Il n’y avait rien d’autre que ça.

Les otages n’étaient pas autorisés à prendre des notes. Il leur était interdit de poser des questions ou de conserver quelque souvenir en relation avec le cadre de vie. Selon nos informations, madame Ali était très frileuse. L’épouse du vice‐premier ministre était renfermée sur elle‐même. Elle refusait par exemple de sortir aux heures de «récréation». Elle boudait certaines activités communautaires telles que faire la cuisine, s’occuper des enfants ou prier ensemble.

Les Boko Haram, quant à eux, semblaient considérer les otages comme un colis encombrant. Aussi, se montraient‐ils ouverts aux négociations. La partie camerounaise en était‐elle consciente? En effet, les négociateurs camerounais auraient boycotté une vingtaine de fois des rendez‐vous fermes. Ce qui a fini par exaspérer les plénipotentiaires de la secte islamique. Au cours d’un entretien téléphonique avec le vice‐premier Amadou Ali, les Boko Haram menaçaient d’exécuter les otages, «pour passer à autre chose».

A signaler que c’est l’entregent du lamido de Kolofata qui avait rendu cet échange téléphonique possible. Dans la foulée, le vice‐premier ministre était reçu en audience par le chef des armées. La suite sera l’heureux dénouement salué par toute la communauté nationale et internationale.

Les failles du commandement militaire

Les islamistes de Boko Haram, auteurs de l’attaque de Kolofata, parlaient les langues locales, puisque le lamido de Kolofata réussissait à suivre leurs conversations. C’est ainsi qu’il est informé des difficultés logistiques de la secte islamique en matière d’approvisionnement en produits de première nécessité. Etablie sur un territoire déserté par les populations, épiées de part et d’autre par les armées camerounaise et nigériane, la secte éprouve de grosses difficultés d’approvisionnement en produits de première nécessité. Pour desserrer l’étau, elle planifiait un coup de force dont était au courant le lamido de Kolofata. Après leur libération, et malgré les cérémonies organisées pour célébrer les ex‐otages, le lamido de Kolofata n’a pas omis de prévenir le commandement militaire de l’imminence d’une attaque de Boko Haram dans l’une des localités du département Mayo Sava. Il aurait reçu des assurances de qui de droit. Malheureusement, les dispositions nécessaires prises au niveau du haut commandement n’ont pas permis d’éviter, au courant de la semaine dernière, des exactions de Boko Haram dans la localité d’Amchidé. Où des pillages et des massacres ont été enregistrés. Le bilan officiel fait état d’une dizaine de soldats camerounais tués, alors qu’une centaine d’assaillants Boko Haram sont restés sur le carreau. L’armée camerounaise aurait également confisqué des arsenaux de la secte islamiste.

© Thierry Ndong | Intégration

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