Enjeux sécuritaires: Les européens veulent pacifier le Golfe de Guinée

L’objectif avoué de ce nouveau programme est d’aider les gouvernements d'Afrique centrale et occidentale à rendre les principales routes maritimes plus sûres. Sur le terrain, l’Union européenne se propose de former les gardes-côtes des États de la région. A côté de ce volet consacré au renforcement des capacités, le programme s’étend en plus sur la mise en place d’un réseau afin de coordonner et d’échanger des informations entre les différents pays et les agences de la région. En outre du Cameroun, six autres pays vont bénéficier des 4,5 millions d’euro alloué au programme Grimgo. Il s’agit du Bénin, de la Guinée équatoriale, du Gabon, du Nigéria, de São Tomé-et-­Principe et du Togo.

Officiellement, l’UE s’inquiète des risques que la piraterie et d’autres menaces font peser sur le développement économique des pays du Golfe de Guinée. Pour preuve, c’est le commissaire au Développement Andris Piebalgs qui s’est chargé de lancer Grimgo le 10 janvier à Bruxelles. Il considère que« Sans sécurité, le développement ne peut jamais vraiment atteindre les populations qu'il vise. C’est pourquoi notre nouveau projet, qui contribuera à améliorer la sécurité des transports en Afrique occidentale, est si important. En rendant les eaux plus sûres, nous contribuerons à dynamiser les échanges et la croissance et offrirons à ces populations davantage de possibilités d'assurer leur subsistance, ce dont elles ont si désespérément besoin ».

Enjeux stratégiques

Les populations africaines vont désormais avoir des nuits plus paisibles grâce à ce dispositif, semble en substance dire M. Piebalgs. Une certitude qui ne doit toutefois pas occulter l’intérêt stratégique pour l’UE d’être présente dans la région. Les Européens se positionnent précisément comme des partenaires sur des questions de sécurité et de défense dans les eaux territoriales des pays du Golfe de Guinée. Un nouveau statut qui règle un complexe à la fois domestique et global pour les 27. Il y a quelques mois le Capitaine de frégate Nicolas Rossignol insistait sur cet aspect dans les colonnes du quotidien français Le Monde.

À son avis, «il serait opportun d'élargir [aux] partenaires européens les actions de coopération entreprises en Afrique de l'Ouest afin qu'ils se rallient à la bannière étoilée de l'Union Européenne plutôt qu'à celle du programme de l'Africa Partnership Station mis en place depuis 2007 par les États-Unis, auquel ont contribué plusieurs pays européens». Or dans le cadre du Grimgo seuls sept États européens participent. Sur le plan global, l’officier français propose à l’UE de mettre l’accent sur une approche participative différente de la logique verticale des Américains. L’un des chantiers les plus immédiats serait la réactivation de l’Organisation maritime de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (OMEAC), pour faire le lien entre la CEEAC et la CEDEAO sur les enjeux sécuritaires.

En guise de rappel, le programme Grimgo intègre deux initiatives stratégiques européennes: le programme des routes maritimes critiques et l’instrument de stabilité. Ce dernier met particulièrement l’accent sur les questions de développement. Si on s’en tient aux propositions de divers comités d’experts, de tels programmes devraient se multiplier dans les prochaines années. Le Vieux continent aurait en effet besoin de "reprendre l'initiative dans un contexte très concurrentiel et relancer son partenariat stratégique avec l'Afrique, en s'appuyant sur les domaines de la sécurité et de la sûreté maritime".

© William Bayiha, stagiaire | La Nouvelle Expression

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