Echos du Palais: Comment Simon Bikélé a failli être limogé

Le comportement licencieux du Directeur du Protocole d'Etat vis-à-vis du Ministre Edgard Alain Mebe Ngo'o, n'a pas été du tout apprécié par la hiérarchie.

La nature voulant qu'on ne récolte que ce qu'on a semé, Simon Bikélé a failli perdre son poste. Après avoir consommé toutes les situations regrettables dans son entourage, le Chef de l'Etat a pris la résolution de faire le ménage. Désormais toutes les maladresses sont payées cash, peu importe le capital de sympathie dont on jouit auprès du Président de la République. Les derniers ajustements opérés illustrent à suffisance la volonté de changement qui anime les arcanes du pouvoir au Cameroun. La rumeur du limogeage de Bikélé a fortement enflé, puis a insidieusement circulé dans les couloirs d'Etoudi, sur l'imminence d'une disgrâce et sur l'urgence d'un renvoi au Cameroun de Simon Pierre Bikélé. Tout ce vacarme a eu cours l'an dernier pendant que Paul Biya se trouvait à Genève en Suisse pour un court séjour privé. Le Directeur du Protocole d'Etat qui était bien parti pour une mise en quarantaine présidentielle, a été in extremis admis dans la délégation officielle. Le baron aurait frôlé le pire suite à un excès de zèle observé dans la conduite de ses charges protocolaires. Au cours des déplacements de Paul Biya qui l'ont conduit tour à tour à Memve'ele et Lom Pangar, des insuffisances ont été détectées au niveau du protocole.

Mebe Ngo’o et les hauts gradés ignorés

Ce constat, c'est le Ministre délégué à la Présidence de la République qui l'a fait avec beaucoup de regret. Pour Edgar Alain Mebe Ngo'o, le dispositif protocolaire d'accueil n'a pas bien fonctionné. Il n'a pas manqué de le faire savoir à Simon Bikélé. Selon nos sources, le Directeur du Protocole au lieu de reconnaître que certaines choses n'ont pas bien fonctionné, a ouvertement manifesté son dépit. En fait, le Ministre Mebe Ngo'o et les généraux de l'armée camerounaise qui l'accompagnaient n'ont pas été bien accueillis. On leur a même signifié qu'ils ne faisaient pas partie de la délégation officielle de l'homme du 06 novembre 82. On se souvient que nombre de dignitaires du régime actuel n'ont pas pu intégrer la noble sphère nonobstant leur proximité avec le chef de l'exécutif camerounais. Il y a eu des pleurs et des grincements de dents à cette occasion. La sécurité est le premier maillon qu'on met en valeur en temps normal, chaque fois que le locataire d'Etoudi se déploie. Qui a pris l'initiative d'extraire les seigneurs de la sécurité des rangs de la délégation présidentielle? Et pourquoi a-t-on fait cela? Des informations indiquent que Simon Bikélé n'a fait qu'appliquer les consignes. Qui lui a donc donné ces consignes?

Contre-offensive de Mebe Ngo'o

Le Ministre délégué chargé de la Défense se sentant profondément humilié devant ses collaborateurs, a exprimé sa désolation dans une correspondance adressée au Nnom Ngii. Cette situation ne pouvait pas être négligée d'autant plus qu'en cas de défaillance au niveau sécuritaire, tous les regards devaient se tourner vers les hommes en tenue et leur patron Mebe Ngo'o. Le Chef de l'Etat en bon père de famille serait rentré dans une colère noire en apprenant ce qui était arrivé. Il parait que dans les couloirs du Palais de l'Unité, Simon Bikélé n'a pas bonne presse. On reproche à l'homme d'entretenir des relations conflictuelles avec ses proches. Pour la majorité de ses collègues, il est de la race des responsables qui se croient au-dessus de tout le monde. Des gens le trouvent arrogant, narcissique, paranoïaque et envahissant. Le Directeur veut toujours donner l'image d'un travailleur hors pair. Des témoins affirment que monsieur Bikélé ne dispose pas de toutes les qualités nécessaires pour assumer ses fonctions. Là n'est sûrement pas le principal problème.

Regard dans le rétroviseur

Ses devanciers sont considérés comme étant des modèles parce qu'ils ont su mettre les choses à leur place, nous apprend-on dans les milieux du pouvoir. A l'exception de Jean Baptiste Béléoken, qui a remplacé Gabriel Happy Tina, qui fut Ministre plénipotentiaire et tout premier Directeur du Protocole d'Etat, tous les autres cadres de la République se sont parfaitement illustrés. Martin Belinga Eboutou et Dominique Awana Essama, ministres plénipotentiaires, auraient d'après les dires de leurs camarades, laissé une bonne impression au milieu de la communauté du palais présidentiel. Le neveu de Monseigneur Jean Zoa et frère cadet d'Odile Ngaska, aurait passé des moments d'effroi devant la plus haute autorité de l'Etat. Celui-ci aurait été fortement tancé sur l'accrochage entre le Ministre Alain Mebe Ngo'o et le Directeur du Protocole Simon Bikélé. Cet épisode couvert d'un vernis dramatique a fini par faire planer la menace d'une mise à l'écart du Directeur du Protocole.

Marque de confiance

Paul Biya aura donc pris fait et cause pour son Ministre de la Défense, le chef en second des armées. Signalons que les correspondances d'Edgar Alain Mebe Ngo'o, dit-on, retiennent singulièrement et en priorité l'attention de Biya. Le magistrat suprême prêterait également au garant de sa sécurité une oreille particulièrement attentive, contrairement aux invectives et autres élucubrations lues et entendues de ci de là. Ayant cependant occupé des postes de haute responsabilité dans les structures névralgiques au sommet de l'Etat, d'où il est parti en tant que Directeur du Cabinet Civil, Mebe Ngo’o maîtrise tous les mécanismes s'attachant à la fonction protocolaire. Il aurait alors usé de cela auprès du prince pour donner un signal fort, à celui qui à ses yeux aura fait preuve d'impertinence vis-à-vis de sa personne.

Simon Pierre Bikélé a été mis à la disposition du Cabinet Civil de la Présidence de la République en 1998, au terme d'un passage au Ministère des Relations Extérieures. Ce diplomate de carrière titulaire d'un doctorat de troisième cycle obtenu à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), a rôdé sa mécanique aux côtés de Dominique Awana Essama. C'est le 16 mars 2009 que Bikélé a été promu au poste de chef de protocole d'Etat. Jusqu'à preuve du contraire, nous croyons que les questions de défense et de sécurité ne peuvent être confiées qu'aux spécialistes. L'amateurisme n'a pas sa place surtout quand la vie du Chef de l'Etat est en jeu. Dans aucun pays au monde, on ne saurait constituer une délégation officielle devant accompagner un souverain sans penser aux services de sécurité. Rendez alors à César ce qui est à César.

© Lucien Embom | Le Soir

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