Depuis vendredi…: 200 passagers d’Air France cloués au sol à Douala. Une émeute évitée de justesse à l’aéroport

Ils accusent la compagnie de mutisme.

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«Pour qui nous prend-on ? Il est 16h et les bureaux sont toujours fermés. Qu’est-ce que tout ceci veut dire ? Normalement nous ne devrions plus être au Cameroun maintenant». Ces morceaux de phrases sont des passagers de la compagnie française Air France. Dimanche 24 février 2013, ils arrivent au fur à mesure devant les bureaux de la compagnie, à l’aéroport international de Douala. Ces passagers, beaucoup plus les Européens se plaignent. Ils devraient en fait quitter le pays depuis vendredi. Deux jours après, ils sont toujours à terre. «Pour un vol prévu vendredi, que nous soyons encore ici aujourd’hui c’est énervant.

Je vis en France et j’ai déjà laissé plusieurs affaires me filer entre les mains du fait de cette situation», se plaint Ghislain. Sa colère est d’autant plus forte quand il constate que la compagnie aérienne n’ouvre toujours pas ses bureaux. «Généralement, à 15h, les bureaux sont déjà ouverts. Comment se fait-il qu’aujourd’hui tout soit encore fermé alors qu’il est plus de 16h ? Je ne peux pas dire concrètement tout ce que j’ai déjà perdu. Il y a des rendez-vous que j’ai ratés, des affaires qui m’attendent en Europe mais je suis cloué ici. J’espère vraiment rentrer ce dimanche.» Pour Isabelle Boulain, «c’est louche. Air France ouvre ses portes à 15h, je viens d’ailleurs d’avoir confirmation auprès des hôtesses de l’aéroport. Pourquoi ne sont-ils pas là ? Je suis furieuse. Nous devrions partir depuis vendredi.» Ce qui se passe vendredi ?

Ce jour, des passagers, plus de deux cents selon des sources attendaient le départ du vol Af 0953 du 22 février 2013 à destination de Paris-Charles de Gaulles. L’embarquement était prévu à 22h30, et 23h30 le départ. Dans le vol, il y avait des personnalités comme Olivier Behle, ancien président du Groupement inter patronal du Cameroun, Semme Noungou, opérateur économique bien connu. Il est plus de 22h. «Les passagers étaient déjà dans l’avion, quand on leur demande de redescendre parce que l’appareil a une panne», raconte un vigile en service aux Adc. Et de poursuivre, «il y avait de la tension dans l’air, beaucoup ne digérant pas le fait qu’ils doivent reporter leur voyage.» Parmi eux, Isabelle. «On nous a traîné dans tous les sens pendant des heures. C’est à 2h qu’on dit qu’il n’y a plus d’avion et que nous devons revenir samedi.» Entre temps, la société envoie les passagers dans des hôtels de la place.

Samedi, «rebelote. Nous attendons pendant des heures pour enregistrer nos bagages et pour qu’on nous demande par la suite de rentrer.» Les tentatives via les coups de fil ou les navettes à la compagnie pour rencontrer un responsable ont été vaines. Toutes choses qui provoquent une fois de plus l’ire des passagers. Hier, chacun avait le téléphone accroché à l’oreille, dans l’espoir de joindre un responsable. «Quel est ce silence ? Même pas un coup de fil ? Elle se fout de nous. Depuis que j’essaie de les joindre, aucun numéro ne passe», gronde Isabelle. L’une des conséquences du mutisme de la compagnie est que «certains arrivent avec leurs bagages, d’autres pas, parce qu’on ne sait pas ce qui va encore se passer. On n’a aucune information, même pas sur l’heure du potentiel voyage.»

Couché sur un escalier en face des guichets d’Air France, Logan est là depuis le matin. Il veut maximiser ses chances pour voyager. «Je comptais partir hier (samedi), mais quand je suis arrivé, il y avait du monde. Je n’ai pas eu de place. Comme l’entreprise ne communique pas, j’ai été contraint de sortir de bonne heure. Je dois rentrer aujourd’hui.» De l’autre côté, Ghislain dénonce l’attitude de la société qui a «préféré transporter d’autres personnes samedi, alors qu’elle avait dit que les passagers du vol raté de vendredi serons privilégiés dans les prochains vols». Dans le déroulé des évènements, une question quand même taraude l’esprit. Pourquoi Air France n’a-t-elle pas sollicité l’aide des autres compagnies pour transporter les passagers, ce d’autant plus qu’il existe plus de quatre ? En attendant une éventuelle réponse, quand nous allions sous presse, le vol de vendredi était encore cloué au sol. Il était également prévu que les passagers repartent par un autre vol, prévu à 23h. Pour la fin de leur calvaire. Pourvu que ce soit la bonne, cette fois-là.

Valgadine TONGA (Stagiaire)

Focal: Ce que dit la réglementation…

En cas de refus, annulation ou retard d’un vol, la réglementation du transport aérien prévoie entre autres : donner la possibilité aux passagers d’effectuer deux appels, question d’informer les proches sur la situation. Il faut offrir aux passagers un repas et un rafraîchissement quand le retard est supérieur ou égal à deux heures. En cas d’annulation du vol, un hébergement dans des hôtels et une trousse de premières nécessités doivent être fournis par la compagnie.

V.T. (Stg) Isabelle Boulain (Passagère):

«On nous prend pour du bétail» Vendredi soir, on nous a annoncé qu’il y avait une panne et qu’on attendait un mécanicien pour vérifier ce qui se passe. On a eu très peu d’informations. On est resté pendant des heures dans la salle d’embarquement. Au bout d’un moment, on nous a dit qu’il fallait une pièce qui allait venir avec l’avion du lendemain. Nous avons pris des heures pour récupérer nos bagages. Il fallait commencer à fouiller les hôtels à 2h du matin, ce qui n’a pas été facile. Hier, on est revenu à 20h, sans autre information. On n’a jamais été connecté par Air France, on a attendu deux heures pour enregistrer nos bagages. C’était l’horreur. Toute cette salle était pleine. Nous sommes quatre en famille à voyager, mais nous avons été dispersés dans l’avion. Malgré tout ça, rebelote.

A 2h, on nous fait comprendre qu’il faut descendre. Air France nous fait marcher pendant toute la nuit, un coup on a trouvé la panne, un coup on ne l’a pas trouvée, puis on demande de venir récupérer nos bagages. J’ai appris des amis qu’il y a cinq à six personnes qui ont réussi à être mis sur le vol régulier qui est parti samedi. En contre-partie la compagnie nous propose de nous répartir sur le vol de ce soir (dimanche), mais on ne sait pas combien de places seront disponibles. Je suis absolument furieuse après Air France. Je n’ai pas de problème d’hôtel, mais je vis au Cameroun et j’ai une semaine de vacances. Deux jours de perdu dans une semaine c’est énorme. Je trouve que les conditions dans lesquelles nous sommes sont inadmissibles. L’aéroport n’est pas assez grand, la salle d’embarquement n’est pas confortable, il n’y a pas de place assise pour tout le monde. On est à peine informé, on nous prend pour du bétail. Je vais envoyer une plainte à Air France.

Recueillis par Valgadine TONGA (Stagiaire

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