Crise en RCA: Des camerounais racontent les horreurs de Bangui

Le gouvernement camerounais les évacue à Douala grâce à un pont aérien établi entre la capitale économique du Cameroun et Bangui. Le Boeing 767 de Camair-CO fera autant de tours que possible. Aéroport international de Douala ce vendredi 13 décembre 2013.

Il est 21h 10 lorsque le Boeing 767 de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-CO) se pose sur le tarmac. Le temps des manœuvres de l'appareil, le gouverneur de la Région du Littoral et les éléments des forces sécuritaires sont déjà en place pour accueillir les Camerounais basés en République Centrafricaine et qui ont volontairement accepté de rentrer au bercail. Leur pays d'accueil, étant profondément en crise. Les manœuvres terminées, le Dja, le Boeing 767 de la compagnie aérienne ouvre ses entrailles. De l'extérieur, on entend déjà des voix qui entonnent énergiquement l'hymne national.

Le volume du chant patriotique entonné va crescendo à mesure qu'on avance vers le cockpit. Et puis, tout à coup, c'est le délire total. Les passagers s'embrassent entre eux, certains tombent dans les bras du gouverneur qui effectue un tour complet le long de l'espace occupé par des sièges. Un trait de satisfaction se dessine sur son visage. Le premier vol aller et retour entre Bangui et Douala vient d'être effectué avec succès. Les cris de joie des passagers pincent l'oreille. Mais un message ne passe pas inaudible: « Merci. Merci. Mille fois merci au Président de la République Paul Biya. Il vient de nous sortir d'une boucherie. C'est de la barbarie à visage humain.

Un homme qui découpe un autre homme à la machette. Horrible. J'en ai vu ! C'est vraiment... Je ne sais pas si ces gens connaissent le mot amour. C'est... non ! Ça fait mal !», raconte le jeune Salomon Kamga, visiblement très ému. L'étudiant en deuxième année médecine à Bangui se souvient des derniers instants dans le pays de M. Michel Djotodia: « nous traitions entre 200 et 300 malades par jour. De la chair humaine découpée à la machette, vous n'aurez plus envie d'aller chez votre boucher si vous voyez cela. Non. Raison de plus pour nous de remercier de tout cœur notre Président Paul Biya», révèle l'étudiant.

La situation à Bangui est donc chaotique. «Pour que nous arrivions à l'ambassade partant de nos quartiers, c'est Médecins sans frontière qui nous a couvert pour plus de sécurité. Je ne vous parle pas du transport. Quand vous avez réussi à avoir une occasion, il faut payer 500 000 FCFA pour qu'on vous transporte sur 5 kilomètres », déclare un autre passager. Le Président de la République a donc eu une idée ingénieuse de voler au secours de ses compatriotes. A en juger par les témoignages qui laissent transpirer la gravité de la situation : « ce que nous avons vécu ce soir (13 décembre 2013 : Ndlr), on se rend compte que vivre en paix comme au Cameroun, ça n'a pas de prix. Et il faut tout faire pour maintenir cette paix-là. Ce qu'on voit là-bas, on se rend compte qu'on est dans un havre de paix.

C’est une expérience très douloureuse. On vient de loin. Ceux qui y ont vécu, c'est un vrai martyr », relate, tout en trahissant son émotion, le commandant Gouadjé, pilote de Camair-CO. A Bangui, l'ambassadeur garde dans les locaux de la chancellerie plus de 850 Camerounais. La ration alimentaire est quotidienne. Trois repas sont servis par jour. Tous ceux qui voudront regagner le pays sont libres de le faire: «Il faut dire que l'opération est appelée à se poursuivre.

Toutes ces personnes sont reconnaissantes à l'endroit du Chef de l'Etat. Notre travail au niveau de la cellule de crise régionale va consister à l'identification des compatriotes qui sont arrivés. Et puis, une petite enquête sur l'histoire de chacun à Bangui et nous allons nous occuper de leur transfert de Douala jusqu'à leur nouveau domicile. Ça peut être des villes ou villages d'origine. Nous ne voulons pas un camp de réfugiés à Douala.

"On n'est pas réfugié chez soi. Le Chef de l'Etat a décidé de les faire rentrer au bercail. Bien entendu, ils ne seront pas abandonnés à eux-mêmes », déclare et rassure le gouverneur du Littoral, M. Joseph Béti Assomo.

© Aloys Onana | Repères

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