Mafia dans le secteur forestier au Cameroun

A qui profite la déforestation au Cameroun

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Mafia dans le secteur forestier au Cameroun

Nassar Bou Hadir a donné une conférence de presse pour décrier et dénoncer des personnalités publiques qui auraient, selon lui, instauré une véritable mafia dans le secteur forestier au Cameroun. A la base de cette sortie médiatique, le fait que le ministre de l'Administration territoriale et de la décentralisation ait joué de ses réseaux pour pousser le ministre des Forêts et de la faune à lui retirer un agrément d'exploitation dans la localité de Yoko. Très en colère! Le directeur général de Cana Bois l'était lundi 30 avril 2012, lors d'une conférence de presse qu'il a donnée au siège de son entreprise basée à Ahala (axe lourd Yaoundé - Douala).

Entouré de ses plus proches collaborateurs et d'une partie des employés, Mikhael Bou Hadir Nassar n'a pas décoléré durant les trois heures qu'ont duré la rencontre. Et pour cause: depuis le 10 avril 2012, le ministre des Forêts et de la faune a décidé de retirer à son entreprise l'agrément de récupération de bois dans la localité de Yoko, ville située dans le département du Mbam et Kim, région du Centre. Et il l'a dit ouvertement à la presse: l'entreprise n'est pas là seulement pour dénoncer, mais pour décrier la mafia dans laquelle sont impliquées de hautes personnalités du Cameroun dans le secteur forestier. Mikhael Bou Hadir Nassar explique, avec des documents à l'appui, comment des personnalités comme René Emmanuel Sadi (ministre de l'Administration territoriale et de la décentralisation), Amadou Ali (ancien ministre de la Justice) et bien d'autres hauts commis de l'Etat font jouer leur influence pour «favoriser» des entreprises exploitantes de bois au Cameroun. «M. Sadi, et ses affidés ne cachent pas, sans honte aucune, leur appartenance à la société Sim (Société industrielle de Mbang, ndlr)», accuse le Dg de Cana Bois.

Ce sont ces réseaux, selon lui, qui sont à l'origine de la situation de son entreprise qui va se sentir dans l'obligation de licencier une bonne partie des 600 employés qu'elle emploie. Réseaux mafieux Le Dg de Cana Bois, dans un historique non exhaustif, revient sur certains faits qui démontrent que ce sont les réseaux mafieux qui ont causé la ruine de l'entreprise. Et selon lui, tout démontre que la Société industrielle de Mbang (Sim) a le soutien de René Emmanuel Sadi et d'autres personnalités. Le Minatd est par exemple intervenu à plusieurs reprises pour faire comprendre au Dg de Cana Bois son mécontentement chaque fois que l'entreprise obtenait gain de cause dans les nombreux heurts avec la Sim, ou encore lorsqu’il allait influencer une décision du ministère des Forêts et de la faune. C'est encore lui et ses acolytes qui, selon le Dg de Cana Bois, auraient influencé le Minfof pour qu'il prenne la décision n° 06842 du 10 avril dernier de l'annulation de l'agrément de récupération de bois. «Une décision qui du reste ne fait pas ressortir le motif de l'annulation pour chaque entreprise. Ce qui est une grande première dans l'administration forestière», dénonce l'entreprise.

René Emmanuel Sadi aurait donc remporté la bataille contre Mikhael Bou Hadir Nassar. «Il y a un vaste réseau derrière tout cela, qui peut s'étendre jusqu'à Pékin, en passant par l'Elysée et autres personnalités comme les ambassadeurs affectés à Yaoundé», décrie le Dg de Cana Bois pour rappeler ce dont ses adversaires sont capables. Pour ce Camerounais d'origine libanaise, le Minfof ressemble à la cave d'Ali baba et les quarante voleurs. «Le Minfof n'est rien, il n'est qu'une photo qu'on a planté là. C'est René Emmanuel Sadi qui est le ministre des Forêts par procuration », martèle le Dg de Cana Bois. Qui se dit prêt à aller jusqu'au bout. «La guerre ne fait que commencer. Mais, moi, j'attends l'enquête et la Justice. J'ai posé cet acte au nom du peuple camerounais car la mafia ne peut pas continuer comme ça», souligne Mikhael Bou Hadir Nassar. Il avait porté plainte contre le ministre Philip Ngole Ngwese, pour diffamation au tribunal de grande instance de Yaoundé - Centre administratif. L'affaire suit son cours. «Et je lui promets qu'il va venir à la barre pour s'expliquer. Il va dire sur quelle base légale sa décision a été prise», promet le Dg de Cana Bois.

En attendant l'entreprise va, après avoir payé les salaires lundi dernier, engager une procédure de conciliation avec ses employés pour définir les contours de la séparation afin de leur payer leurs droits. Société-affaire Cana bois: L'entourage du ministre René Sadi dément «le ministre n'a aucune réaction à donner aux médias sur les allégations de ce monsieur Nasser, qu'il ne connaît pas personnellement. Mais ce qu'on peut vous dire est que tout ce que ce monsieur à dit est un tissu de mensonges et d'amalgames». Hier matin, mercredi 3 mai 2012, nous sommes entrés en contact avec un membre du cabinet du ministre de l'Administration territoriale et de la décentralisation, René Emmanuel Sadi que l'homme d'affaire Nasser Bou Hadir Mikhael accuse d'avoir exercé un trafic d'influence sur le ministre des Forêts et de la faune pour que ce dernier annule son titre d'exploitation forestière dans le Mbam et Kim, au profit d'une société forestière avec qui l'actuel Minatd aurait des relations de partenariat. Il était question d'avoir la version des faits du ministre René Emmanuel Sadi qui a personnellement été longuement cité par le directeur général de Cana bois au cours de la conférence de presse que ce dernier à donnée lé 30 avril dernier. Après une longue attente d'une journée, ce membre du cabinet du Mintad que nous avons joint à nouveau au téléphone nous a fait dire que «le ministre n'a aucune réaction à donner aux médias sur les allégations de ce monsieur Nasser, qu'il ne connaît pas personnellement. Mais ce qu'on peut vous dire est que tout ce que ce monsieur à dit est un tissu de mensonges et d'amalgames».

Par contre, le maire de Yoko, Monsieur Annir Tina Dieudonné, un proche du ministre René Sadi, que le Dg de Cana Bois a également cité et que Le Messager a pu rencontrer, a tenu à faire des précisions utiles. «Ce que je peux vous dire en tant que maire de Yoko, mais aussi en tant que délégué départemental des travaux publics, est que l'affaire Cana Bois, est une affaire de travaux routiers et non d'exploitation forestière. En 2006, la société Cana Bois a bénéficié sous mon prédécesseur, feu le maire Noptiné, d'un permis de récupération de bois comme compensation après une construction de routes. Il était question d'ouvrir une route dans la zone Est de l'arrondissement de Yoko. Il s'agissait d'un marché annuel régulièrement budgétisé. Mais la société Cana Bois n'a pas fait ce travail à temps. Elle a attendu six ans pour descendre sur le terrain. Le temps d'apprendre que le ministère des Forêts avait attribué cette zone forestière à une autre société qui était déjà sur le terrain. Il s'en est suivi des heurts entre les deux sociétés. Et là c'est la première affaire.» Et de poursuivre: «La deuxième affaire est celle d'une vente de coupe que la société Cana Bois aurait bénéficiée et qui lui a été retiré par le ministre des Forêts.

En fait, Cana Bois dit avoir construit une route après avoir récupéré le bois. Ce que le directeur général de cette société ne dit pas est qu'une route ne se construit pas au hasard. Il y a des normes. Il y a notamment des détails estimatifs, des calages et de projets d'exécutions qu'il faudrait au préalable réaliser. J'ai pris soin de rappeler tout cela au directeur général de Cana Bois qui est d'ailleurs un ami. Mais en vain. Par contre, il a pu couper avec ce permis de récupération de bois, plus de 3000m3 de bois sans aucune compensation. Il faillait bien que les élites du Mbam et Kim dénoncent cette situation lorsqu'il devait à nouveau repartir sur le terrain pour exploiter la vente de coupe qui lui a été attribuée. C'est dans ce cadre là certainement que l'attention du ministre René Sadi a été attirée. Et en tant qu' élite il a agit.» Alors, qu'en est il des activités forestières supposées du ministre René Emmanuel Sadi et de son secrétaire particulier, tel que révélé à la presse par le Dg de Cana Bois? Apparemment un peu embarrassé, le maire Annir Tina Dieudonné répond avec véhémence: «Il ne faut pas faire d'amalgames.

Le ministre Sadi qui est une de nos élites importantes a voulu s'informer comme toutes les élites de Yoko, sur les activités des forestiers qui sont installés dans l'arrondissement. Et puis, il n'est pas interdit à une personnalité de suivre une activité forestière dans sa région. Beaucoup d'autres le font dans leur contrée. Je pense que le ministre Sadi a le droit de regarder ce qui se passe chez lui, si les populations sont bien traitées par les forestiers par exemple. Et pour ce qui est du cas de Cana Bois, rien n'a été fait sur le terrain. Pas de respect du cahier de charges. C'est pour cela que cette société a vu le retrait de son titre. Les allégations sur le ministre Sadi sont non fondées.» Au final, dans cette affaire, il y a deux plaintes de Cana Bois au pénal. La première est celle qui cite l'ancien préfet du Mbam et Kim, Awa Augustine, (entre temps promu gouverneur de l'Extrême Nord) pour destruction des biens. Alors que la seconde est contre le ministre des Forêts et de la faune qui a retiré «illégalement» selon Nassir Bou Hadir le titre d'exploitation à Cana Bois. Affaire à suivre donc.

Alain NOAH AWANA | Le Messager

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Date de dernière mise à jour : 10/05/2012