Comptes bancaires supposés de certaines personnalités : Quand Abah Abah interpellait Amadou Ali

"vous avez affirmé, selon Madame Garvey, que M. Dooh Colins a aidé le Gouvernement de la République du Cameroun à identifier et localiser un compte bancaire m'appartenant dans les livres de la SWISS UBS BANK au Luxembourg, affichant un solde créditeur à mon profit de francs suisses 1.200.000"

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Yaoundé, le 9 septembre 2011

A MONSIEUR AMADOU ALI

Vice-Premier Ministre, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux Yaoundé

Objet: Diffamation et dénonciations calomnieuses auprès de l'Ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique au Cameroun.

Monsieur le Vice-Premier Ministre,

A travers des câbles diplomatiques disponibles sur le site web www.wikileaks.org dont ci-joint copies, l'ancienne Ambassadrice des Etats-Unis d'Amérique au Cameroun, Madame Janet Garvey, rend compte d'une réunion ayant regroupé autour de vous, le 17 décembre 2008, outre l'auteur des câbles diplomatiques en question, le Haut-Commissaire du Royaume Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord au Cameroun, le Chargé d'Affaires du Royaume des Pays-Bas au Cameroun et l'Ambassadeur de la République d'Italie.

Au cours de cette réunion, vous avez affirmé, selon Madame Garvey, que M. Dooh Colins a aidé le Gouvernement de la République du Cameroun à identifier et localiser un compte bancaire m'appartenant dans les livres de la SWISS UBS BANK au Luxembourg, affichant un solde créditeur à mon profit de francs suisses 1.200.000.

D'emblée, je m'inscris en faux contre cette information qui procède tout simplement de fantasmes et d'allégations dénuées de tout fondement, visant à jeter l'opprobre sur moi, et à monter le Chef de l'Etat ainsi que le peuple camerounais contre moi.

Vos autres affirmations, toujours auprès des autorités américaines, m'attribuant des comptes à centaines de milliards à l'étranger, alimentés par des détournements que j'aurais effectués dans les caisses de l'Etat, procèdent de la même démarche.

Vous savez bien que ces comptes à milliards n'existent pas et qu'ils n'ont jamais existé.

Vous savez bien également, qu'aucun rapport d'enquête, ni des services du Contrôle Supérieur de l'Etat, ni de la Chambre des Comptes, encore moins de la CONAC ou de I'ANIF, organes institutionnels chargés du contrôle de la gestion des finances publiques, ne m'impute quelque détournement de deniers publics que ce soit; il en est de même des rapports des experts du Fonds Monétaire International qui auditaient, de manière systématique et approfondie, tous les comptes de l'Etat quand j'étais en poste.

Par ailleurs, vous n'êtes pas sans ignorer que les deux procédures judiciaires dont je fais actuellement l'objet ne m'imputent aucun enrichissement à titre personnel au détriment de l'Etat; d'autre part, les montants querellés dans ces deux affaires sont, de très loin, inférieurs aux centaines de milliards de francs CFA annoncés aux représentants des pays amis.

Dois-je le rappeler, dans l'affaire communément appelée «Crédit Foncier», il m'est reproché, non pas d'avoir empoché ou reversé dans mes comptes bancaires les contributions destinées à cet organisme, portées artificiellement, par souci d'effet d'annonce à 4,9 milliards francs CFA par vous contre 2,6 milliards de francs CFA retenus par le Juge d'instruction ; mais, tout au plus, il m'est reproché, et à tort, de ne les avoir pas transférées au Crédit Foncier du Cameroun, mais plutôt au règlement partiel des dépenses de fonctionnement de le Direction des Impôts (salaires du personnel temporaire, primes diverses, frais de mission, etc. ...). Pas un franc de ces sommes ne m'a été imputé à titre personnel. (cf. ordonnance de renvoi du Juge d'instruction Frédéric Placide Michel BATOUM).

Directeur des Impôts que j'étais au moment des faits, avais-je la capacité juridique de reverser lesdites sommes au Crédit Foncier du Cameroun sans l'accord préalable de ma hiérarchie, à savoir, le Ministre des Finances et du Budget de l'époque ? Etais-je légalement ou réglementairement contraint de le faire ? Des fonds étaient-ils disponibles pour cela ? Mon patron de l'époque, le Ministre Michel MEVA'A m'Eboutou m'avait-il instruit de procéder à ces reversements ?

Aurais-je désobéi aux instructions de mon supérieur hiérarchique? Autant de questions auxquelles réponses seront données devant le Tribunal. Dans le cadre de l'affaire dite «Me EYOUM» (1 milliard de francs CFA), le Juge d'instruction David DONHOU n'a non plus établi un encaissement ou une rétrocession à mon profit des sommes prétendument détournées (cf. Ordonnance de renvoi).

A la lumière de ce qui précède, d'où vient-il que l'on parle de centaines de milliards de francs CFA décaissés par moi et transférés dans des comptes bancaires domiciliés à l'étranger ? Ces décaissements auraient été effectués à partir de quel compte de l'Etat ?

Vous n'avez pas donné cette précision ni au Chef de l'Etat, ni aux représentants des missions diplomatiques concernés, dans le but de maintenir le flou autour de ces prétendus détournements. J'ai toujours été, et demeure, respectueux des institutions de la République, ainsi que des personnes qui les incarnent. Par respect pour vous et des fonctions que vous occupez, par pudeur, je m'interdis de dire que vous avez menti, aux représentants des pays amis du Cameroun et probablement au Président de la République S.E Paul BIYA et au Peuple Camerounais.

Mais je ne puis m'empêcher de constater, avec amertume, qu'à des fins de manipulation et pour des raisons autrefois inavouées et qui sont désormais connues, vous ne leur avez pas dit la vérité à mon sujet. Si je me trompe, je me permets d'emprunter une expression qui vous est familière en vous mettant au défi de rendre publics :

•les documents bancaires prouvant que des comptes bancaires à milliards de francs CFA m'appartenant, existent ou ont jamais existé ;

•les comptes et/ou caisses de l'Etat à partir desquels j'aurais effectué des décaissements non justifiés de fonds publics à mon profit ;

•le (s) rapport (s) d'enquêtes des Institutions, chargées du contrôle de la gestion des fonds publics dans lesquels je serais accusé de corruption ou de détournement de deniers publics.

Le Peuple Camerounais et les pays amis ont soif de vérité.

Je vous prie de dire la Vérité. Compte tenu de la gravité des propos qui vous sont attribués et qui sont probablement à l'origine de mon arrestation sans enquête préalable, et de mon incarcération depuis 42 (quarante-deux) mois sans jugement, je me trouve dans la pénible obligation de donner une suite judiciaire à toutes vos dénonciations calomnieuses et autres diffamations, dans un avenir proche, devant les juridictions nationales ou d'ailleurs.

Pour ne pas cependant donner l'impression de vouloir en rajouter dans un contexte politique marqué par des révélations de toutes sortes, je m'abstiens, pour l'instant, de rendre cette affaire publique.

Je fais néanmoins tenir copie de la présente correspondance au Chef de l'Etat S.E. Paul BIYA,au Sous-secrétaire d'Etat chargé des Affaires Africaines (Département d'Etat, USA) ainsi qu'aux Chefs des missions diplomatiques des pays ayant participé à la réunion sus-évoquée.

Veuillez agréer, Monsieur le Vice-Premier Ministre, l'assurance de ma parfaite considération.

Copies:

S.E Paul BIYA, Président de la République

S.E Monsieur le Sous-secrétaire d'Etat, chargé des Affaires Africaines (USA)

S.E M. l'Ambassadeur des Etats Unis d'Amérique

S.E Monsieur le Haut-Commissaire du Royaume Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord

S.E Mme l'Ambassadrice des Pays Bas S.E Monsieur le Haut-commissaire du Canada

S.E M. l'Ambassadeur de la République d'Italie

S.E M. l'Ambassadeur de la République Française

S.E M. l'Ambassadeur de la République Fédérale d'Allemagne

S.E M. le Représentant Résident du FMI au Cameroun

S.E M. le Représentant Résident de la Banque Mondiale au Cameroun

S.E M. le Chef de la Délégation de l'union Européenne au Cameroun

S.E M. NIELS MARQUART Ancien Ambassadeur des Etats Unis d'Amérique

S.E M. Janet GARVEY, Ancien Ambassadeur des Etats Unis d'Amérique Pj: Copie câ

ble diplomatique de S.E Madame Janet. GARVEY.

(é) Polycarpe ABAH ABAH

© Raoul GUIVANDA | L'Oeil du Sahel

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