CEMAC: Les coulisses du sommet de Libreville - Philémon Yang, le Représentant de Paul Biya, ignoré

Les travaux des Chefs d'Etat ont pris des allures d'un examen de passage, sous la barbe du représentant ignoré du Président Paul Biya, Philémon Yang.

philemon-yang-002-012-thn-475.jpg

Il fallait être du secret des dieux pour identifier desquelles des personnalités ayant pris place dans la somptueuse salle des cérémonies du stade de l'Amitié au quartier Angondje à Libreville, étaient venues pour le sommet extraordinaire des Chefs d'Etat de la Cemac, ou pour prendre part à la deuxième édition du «Forum New York Africa» que le charmeur franco-marocain, Richard Attias organisait pour la deuxième fois avec l'implication du Président gabonais, Ali Bongo Ondimba. Les programmes des deux manifestations jumelées dans une même salle, se chevauchaient par moment, la confusion était possible.

Le Président Bongo, le maître d'œuvre s'y était naturellement préparé. Il se veut de donner une légitimité à son initiative; la faire accepter par sa population et par la communauté économique internationale. Le sommet des Chefs d'Etat de la Cemac et d'ailleurs, offrait à sa manifestation un public dont rêverait tout événements: au premier rang des personnalités, se trouvaient les Présidents Macky Sall du Sénégal, Denis Sassou Nguesso du Congo, Idriss Deby du Tchad, Theodoro Obiang Nguema de Guinée Equatoriale Michel Djotodia de la République centrafricaine.

Le Premier Ministre Philémon Yang du Cameroun qu'on ne citera protocolairement qu'une fois, représentait Paul Biya. Le Président de la Commission de la Cemac, Pierre Moussa, Ali Bongo qui assume la présidence de la conférence des Chefs d'Etat et le représentant du Secrétaire Général des Nations Unies prendront la parole chacun pour 10 mn chronométrées, pour délivrer son message, avant que Christine Ockrent, cette journaliste française la réputation établie, désignée pour la circonstance modératrice, ne commence à passer la parole au panel des Chefs d'Etat présents. Chacun est positionné sur une thématique donnée, qu'il exposera comme si public sélecte et les journalistes attentifs étaient transformés en jury impitoyable, Macky Sall, plafonnant au dessus de tous, donne un avant-goût de ce qu'il ira dire au nom de l'Afrique au sommet du G8 qui se tient en Irlande depuis hier.

Ali Bongo Ondimba se rendra aussi au Royaume Uni pour les mêmes raisons. Le premier se dit mandaté par l'Union africaine, le second l'est en sa qualité de Président en exercice de la Cemac. A cette deuxième annonce, les journalistes se regardent et s'interrogent dans leur «Media Center», si cela n'était pas un mandataire de trop? Un confrère de la radio télé d'Ethiopie ironise: «Ici, il ne manque que Paul Kagamé. Les trois Chefs d'Etat africains sont au départ de culture francophone; mais ils n'échangent qu'en anglais lorsqu'ils se retrouvent. En Irlande, Macky Sall et Ali Bongo démontreront au Premier Ministre britannique Denis Cameron, qu'il ne parle pas mieux qu'eux, la langue de son compatriote Shakespeare...».

Autant Denis Sassou Nguesso semblait avoir mal compris le sens de la question à lui posée par Christine Ockrent, tellement sa réponse fut éloignée des attentes de l'assistance médusée, autant Idriss Deby Itno du Tchad donnera la mesure d'un parfait orateur, maîtrisant non seulement son domaine de prédilection (la sécurité), mais allant jusqu'à combiner la diplomatie et l'économie pour conclure que les deux ne peuvent pas produire des effets positifs dans un environnement insécurisé. C'est ce qui expliquerait son immixtion en Centrafrique, et sa présence au Mali «afin que règne la paix partout sur le continent et que le développement suive», conclura t-il sous les ovations du public.

De quoi avait traité Obiang Nguema? A défaut de traduction simultanée pour les non hispanophones, ceux qui maîtrisent la langue de Don Quichotte, observèrent que le Président équato-guinéen n'avait pas varié de discours: il faut que les cartes soient redistribuées dans la sous région, en tenant compte de la place et des apports des uns et des autres, semblait-il redire, les dents serrées et le visage froncé.

Elles ne furent pas nombreuses, des personnes qui acceptèrent que, venu le tour de Michel Djotodia de la Rca de prendre la parole en dernier, Christine Ockrent lui signifia qu'il «soit bref parce que le temps se faisait court». Le Président centrafricain ne se laissa pas démonter. Il répliqua: «Non, j'ai encore à dire; laissez-moi parler Madame». Il parla, pour dire qu'étant parti prier à Djeddah, il reçut là-bas un appel le mettant en garde que s'il tentait de rentrer à Bangui, il se ferait tuer. «Je suis rentré et me voici, la sécurité est revenue à Bangui», s'exclama-t-il sans arracher le moindre applaudissement.

© XAVIER MESSE | source: mutations

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau