Cameroun - Yaoundé: Une capitale en mutations

Jadis réputée pour ses rues défoncées avec des poubelles partout, Yaoundé subit une véritable cure de jouvence qui lui donne un nouvel éclat. Enquête sur une métamorphose.

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Olembe, entrée nord de Yaoundé. Un automobiliste imprudent vient de se faire prendre pour excès de vitesse par la police. Pendant qu’il se fait sermonner par l’agent, d’autres véhicules passent à grande vitesse. «C’est toujours ainsi depuis l’ouverture de cette autoroute, il y a trois ans, soupire un gendarme de la brigade mixte, installée à l’entrée de cette autoroute pour discipliner les conducteurs. Il y a quelques années, avant la construction de cet ouvrage, les véhicules en provenance de l’ouest pouvaient trainer deux heures dans l’embouteillage à cette entrée de la capitale. Mais depuis que cette autoroute a été ouverte, dix minutes suffisent désormais pour rallier le centre ville, et les conducteurs ont tendance à oublier les limitations de vitesse. Ils oublient que cette route est large et fluide, mais qu’elle est en pleine agglomération».

Il y a effectivement à cette entrée nord de la ville, un ouvrage colossal dont le coût est évalué à environ 17 milliards de Francs CFA reliant l'ensemble du Tronçon «Etoudi-Messassi-Olembé», sur une longueur de 5,4km avec une chaussée de 2x3 voies, dotée des bandes de stationnement, de trottoirs aménagés, d'un terre-plein central à bordure haute et d'un réseau d'éclairage public. La tendance est quasiment la même dans les principaux quartiers de Yaoundé qui, il y a quelques années encore, sous équipées en routes viables: plusieurs ouvrage neuf ont été construits pour améliorer la circulation dans la capitale et les rues défoncées ont été refaites, avec des accotements, l’éclairage, les feux tricolores et les signalisations verticales horizontales.

Outre la construction en profil autoroutier de cette pénétrante Nord, la ville a ainsi accueilli la construction de la Voie de contournement Est de Yaoundé, l’aménagement des abords du Palais des Sports de Warda, l’achèvement des travaux de réhabilitation de la Station d’épuration de la Cité SIC Grand Messa qui ouvre la voie à la réhabilitation définitive du Lac Municipal situé en pleine centre du quartier administratif.

Une véritable renaissance pour qui a visité la cité il y a dix ans! Pour en arriver à ce sursaut, vu l’état de délabrement de certaines infrastructures de la ville, le gouvernement a dû mettre de la main à la pâte, en plus de la contribution du Feicom (Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunal) impôts locaux, pour stimuler la remise à neuf de la voirie et des équipements sociaux collectifs. La plupart des programmes ont ainsi été exécutés à partir des ressources issues de la remise de la dette publique de l’Etat dans le cadre de l’initiative PPTE, des fonds du Contrats de désendettement pour de développement mis à disposition par la France, du Budget d’Investissement Public, du Fonds Routier ou d’autres financements. Ainsi, plus de 30 milliards Fcfa issus de l’initiative PPTE ont permis de réhabiliter 18 km de voirie dans les quartiers très peuplés, mais enclavés ou mal desservis.

Aujourd’hui, témoigne un cadre du ministère en charge du développement Urbain, nous constatons que la réhabilitation d’une grande partie de ces voies a largement contribué à désenclaver le pôle sud-ouest de la ville de Yaoundé. Le Budget d’Investissement Public et les ressources du Fonds Routier ont, quant à eux, permis de financer l’entretien de 60 km de voies dans différents quartiers de la ville, pour un montant global de 7 milliards Fcfa. Pour ce qui est du programme français du C2D, il a financé un ensemble d’opérations pour près de 21 milliards Fcfa en deux composantes, dont la première vise à améliorer les conditions de circulation et de mobilité urbaine, et la seconde à désenclaver les quartiers d’habitat populaire.

Ainsi, les investissements du C2D incluant l’approche Himo (haute intensité de main d’œuvre) a pu conduire le désenclavement de certains quartiers populaires par la création de rues pavées. Alors que l’autoroute partant de l’aéroport de Nsimalen dans la banlieue sud de la capitale va se prolonger dans sa partie urbaine depuis quartier Nsam jusqu’au boulevard Jean Paul II qui longe le palais des congrès pour s’achever à l’entrée du palais présidentiel d’Etoudi, la population s’attend à une nouvelle métamorphose de la ville. Car si le boulevard du 20 mai qui accueille chaque année la parade militaire et civile de la fête nationale reste une des plus belles avenues du pays, il manquait encore à la capitale un ouvrage de grande taille qui lui donnerait une allure plus fière.

Cette autoroute de deux fois trois voies avec un large terre plein central, va assurément changer le visage de la ville en lui donnant une touche encore plus moderne. Il viendrait ainsi compléter un autre ouvrage de grande envergure construit il y a deux ans au carrefour préfecture, tout près des services du gouverneur de la région du centre, et du ministère de l’Emploi : un giratoire plan, avec passage souterrain, qui en plus de fluidifier le trafic, donne une allure futuriste à ce site situé non loin des services du gouverneur, de la délégation générale à la sureté nationale, et du ministère des affaires extérieures. Un ouvrage colossal qui facilite l’accessibilité de ces administration, et qui aura couté 11 milliards Fcfa, financés, à hauteur de 3,9 milliards sur fonds C2D de la France et sur des ressources issues du PPTE multilatéral pour 7,1 milliards Fcfa.

Au total donc, ce sont plus de 100 milliards Fcfa, tous financements confondus, qui ont été investis au profit de la capitale. Concomitamment à la réalisation des ces projets, le canal du Mfoundi, fleuve qui traverse la ville, qui donne son nom à tout le département et qui draine plus de 70% des eaux de pluie arrosant Yaoundé a été refait. Une première phase avait consisté à curer le lit du cours d’eau et de deux de ses affluents, afin d'atténuer, à défaut de l'éradiquer, le phénomène des inondations au cœur de la capitale et surtout, selon le gouvernement, de «redonner au Mfoundi ses eaux limpides et de redorer le blason de notre Cité-capitale».

Une seconde étape des travaux a consisté à aménager, pour 22 milliards Fcfa, le tronçon «Poste Centrale/ Dépôt SCDP», sur une longueur de 3,8km. Ces travaux ont fait de cette rivière répugnante qui traversait la ville avec ses immondices, un lieu d’évasion pour les promeneurs. Le canal, désormais encadré de deux digues de pierre, des balustres de protection pour les piétons et des ouvrages de traversées, est bordée de chaque coté par une voie bitumée. «Au plan économique, nous attendons de l'aménagement des parcours que nous créerons sur les berges du Mfoundi et de leur animation, qu'ils favorisent le développement des loisirs, la création d'activités artisanales ou de services et qu'il génère des emplois viables et adaptés aux populations riveraines.

Il va de soi que nous encouragerons, de toutes les manières possibles, la création des équipements propres au «Réseau vert» ainsi constitué, qu'il s'agisse des kiosques de presse, de restauration ou des points de services aux particuliers tels que les magasins de mode, de dépannage, de communication, d'artisanat, etc.», s’en réjouit le ministre du développement Urbain. Au delà de la gestion des crues, les travaux d'aménagement du Mfoundi qui doivent encore se prolonger jusqu’à Nsimalen auront, à terme, un impact décisif sur la restructuration des quartiers spontanés et sur l'évacuation progressive des zones à risque dont les occupants illégaux mettent en jeu quotidiennement la vie de leur famille. Plusieurs familles installées au bord de ce cours d’eau, et qui subissaient régulièrement des crues dévastatrices ont ainsi pu être identifiées, déguerpies et recasées. «En clarifiant la situation foncière des zones riveraines, nous pourrons procéder à un traitement équitable des constructions illégales ou irrégulières, à une évacuation douce des zones non constructibles et nous encouragerons la mise en conformité des constructions qui le méritent», confie un responsable technique de la communauté urbaine de Yaoundé.

© François Bambou | La Nouvelle Expression

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